Pharmacie Moncef Slaoui, le successeur de Jean Stéphenne, à la tête de GSK Bio : « La transition sera douce »

Entretien

Dans deux ans, le belgo-marocain Moncef Slaoui (50 ans) va succéder à Jean Stéphenne à la tête de GlaxoSmithkline Biologicals, la division vaccin du numéro deux mondial de la pharmacie. Progressivement, le pouvoir va se transmettre entre ces deux hommes qui se connaissent bien.

Quel est votre parcours ?

Je suis arrivé du Maroc en Belgique en 1976 pour faire mes études à l’ULB. Une fois mon doctorat en immunologie et en biologie moléculaire en poche, j’ai été réaliser un post-doctorat dans plusieurs universités américaines. En 1985, je suis revenu en Belgique pour enseigner l’immunologie à l’ULB et à l’Université de Mons.

Très vite, vous optez pour le secteur privé…

Oui. En 1988, je rejoins Smithkline Rit (ancêtre de GSK bio, à Rixensart) pour introduire dans le département recherche l’immunologie moderne. Je me suis occupé du développement des vaccins viraux puis de tous les vaccins, main dans la main avec Jean Stéphenne. Puis j’ai été chargé du « business development », ce qui consiste à signer des accords avec des tiers (centres de recherche, sociétés, universités…) pour amener des projets de recherche chez GSK. C’est ainsi que j’ai permis à la société de mettre la main sur les projets Cervarix (vaccin contre le cancer du col de l’utérus) et Rotarix (vaccin contre le rotavirus).

Vous quittez ensuite la Belgique pour entamer une carrière internationale…

En 2003, on m’a demandé de m’occuper du « business development » pour tout le groupe GSK, donc plus seulement les vaccins mais aussi les médicaments. Trois ans plus tard, j’ai pris la direction de toute la recherche et développement. Je suis aussi devenu membre du comité exécutif et du conseil d’administration. J’ai passé les quatre dernières années à remanier complètement notre activité recherche pour la rendre plus productive. De 1999 à 2006, nos labos n’ont quasiment rien trouvé – hors vaccins - alors que le budget recherche était de plus de 3 milliards d’euros par an. Il a fallu renverser la tendance. On y est arrivé. En 2006, j’avais 5 projets en phase III (NDLR : dernière phase des essais cliniques). Aujourd’hui, j’en ai 25. Et on le fait avec beaucoup moins de chercheurs. J’ai dû réduire les effectifs de 16.000 à 10.800. Pour redresser la recherche, j’ai appliqué les recettes que j’avais apprises avec Jean : développer l’esprit entrepreneurial et une culture de la responsabilité, prendre des risques mais mesurés, investir dans les talents, écouter les gens qui sont au cœur des projets…

Quelle est votre relation avec Jean Stéphenne ?

C’est mon mentor. J’ai beaucoup d’admiration pour lui. Je lui dois pas mal de choses. La transition va être douce car on s’entend très bien.

Vous allez cumuler la fonction de patron de la recherche mondiale avec celle de directeur général de GSK Bio. C’est beaucoup pour un seul homme.

J’ai créé ces quatre dernières années autour de moi une équipe très forte qui peut prendre plus de responsabilités. Je vais prendre un peu de distance par rapport à certaines choses. Chez GSK Bio, je vais aussi renforcer l’équipe dirigeante. Elle prendra des décisions au jour le jour mais participera aussi à la définition de la stratégie

Allez-vous vous installer en Belgique ?

Non. Pour l’instant, je partage mon temps entre Philadelphie où j’habite et Londres. Je déménagerai peut-être à Londres pour être plus proche de la Belgique où je compte passer plusieurs jours par mois.

Jean Stéphenne a réussi à maintenir un ancrage belge très fort pour les activités vaccins. Allez-vous mener le même combat ?

Je suis Belge. J’ai un lien émotionnel très fort avec le pays. Donc oui. Mais rationnellement parlant, il n’y a pas d’inquiétude à avoir. Je suis convaincu que l’activité vaccin restera toujours en Belgique parce qu’il y a ici les meilleurs experts, l’expérience, les infrastructures… C’est impossible à dupliquer ailleurs. On attire des talents du monde entier à Wavre et Rixensart.

Jean Stéphenne est apprécié pour la façon dont il gère les ressources humaines dans son entreprise. Quel sera votre style ?

J’ai du respect pour les gens et j’accorde beaucoup d’importance au dialogue. J’ai dû prendre des décisions difficiles ces dernières années mais si je dois perdre 10 % de l’effectif pour sauver les 90 % restants, je le fais. Mais une fois encore, il n’y a aucune inquiétude à avoir. GSK Bio connaît un tel succès et le potentiel pour l’avenir est tel qu’une catastrophe sociale est inimaginable.

Quelles sont vos différences avec Jean Stéphenne ?

Je dirais que je suis plus scientifique que lui, qui est ingénieur de formation. Jean est aussi quelqu’un de très tactique, de très opportuniste dans le bon sens du terme. Moi, je suis plus versé dans la stratégie. Mais on a surtout des points communs : être très accessibles et ne pas se prendre au sérieux.