«Le brave Ceulemans est de retour...» Olivier Lamberg n'est pas rouge de peur Ingelmunster, son château, sa bière...

«Le brave Ceulemans est de retour...»

Ingelmunster - Standard, l'affiche inédite du quart de finale de la Coupe. A la tête du petit club flandrien: Jan Ceulemans, futur coach de Westerlo.

Changement de programme. En ce jeudi soir pluvieux, seul le jardinier est autorisé à tester le degré de spongiosité de la pelouse du Forestierstadion. Les amateurs d'Ingelmunster sont déçus: ils espéraient bien fouler quelques heures avant les «Rouches» de Tomislav Ivic, le champ d'une bataille a priori trop inégale de ce samedi soir. Verboden. Les dirigeants de Harelbeke ont été chics avec leurs voisins mais ils entendent préserver leur tapis vert.

C'est donc dans leur fief que les troupes de Jan Ceulemans ont peaufiné la préparation du quart de finale le plus sympathique de la Coupe de Belgique.

Une vingtaine de kilomètres à avaler. Au bout d'un sinueux parcours: Ingelmunster. Son église, son château et puis son stade communal. Une salle omnisports, un stand de tir et plus loin, trois terrains de football.

Devant caméras et journalistes, un retraité passe plusieurs fois ses mains dans ses cheveux. Des fois que les copains du café le reconnaissent dans le poste... Là, un gosse énervé a du mal à faire le dur après qu'un pétard lui a explosé entre les mains. Jan Ceulemans ignore tout de l'agitation inhabituelle qui règne dans le coin. Exceptionnellement, la séance d'entraînement a lieu sur le terrain 1, celui qui fit le malheur de Tilleur-Liège en Coupe et que craignent tous les pensionnaires de la division III A. A part Mons...

LA D 2 OU INGELMUNSTER...

Dix minutes d'échauffement, panne d'électricité! Stoïque dans le rond central, Ceulemans ne bronche pas. Dix minutes d'attente dans le noir sans le moindre mouvement d'humeur... Ingelmunster a beau être le plus professionnel des clubs de D 3, il n'en demeure pas moins à l'abri de ce genre d'incidents.

J'aurai mal au coeur quand je partirai d'ici, confiera plus tard Ceulemans. Ce club m'a permis de relancer ma carrière...

Après quatre ans à Alost (novembre 1992àmars 97) avec lequel il vécut un titre de champion en D 2, deux demi-finales de Coupe et une courte mais forte tournée européenne, le monument du foot belge s'est retrouvé sans emploi. Dur pour un homme qui fut juste devancé par Robert Waseige dans l'attribution du titre d'entraîneur de l'année en 1995... Par la faute de six mois pourris à l'Een- dracht, de quelques attaques d'Edi Krncevic dans un hebdomadaire spécialisé et d'une étiquette de coach mou, pas assez méchant, Jan se retrouva du jour au lendemain grillé pour les écuries de pointe. Il était bardé de titre de gloire en tant que joueur (96 sélections en équipe nationale, 3 «Souliers d'or», 14 saisons au FC Brugeois avec une finale de C 1, trois titres et deux Coupes), mais sa carrière d'entraîneur bifurquait brutalement.

J'ai bien reçu quelques propositions de clubs de division 2, mais cela ne m'intéressait pas , explique-t-il sur ce ton neutre dont il ne se départira sans doute jamais. Lorsque les dirigeants d'Ingelmunster sont venus me voir, ce fut différent. Je prenais un risque en reculant en D 3 mais le club avait de grandes ambitions. J'ai donc accepté la proposition. Il n'y en avait pas beaucoup d'autres...

L'EXEMPLE D'AIMÉ ANTHUENIS

A l'inverse d'Erwin Vandenbergh qui n'a pas su profiter de son nom pour être rapidement propulsé au sommet, Jan Ceulemans n'a pas altéré sa réputation à l'échelon inférieur. Bien au contraire. Au sortir de l'hiver, lorsque le marché des entraîneurs de l'élite s'agita soudainement, Westerlo lui offrit en effet la succession de Jos Heyligen. Jan n'imitera donc pas Kevin Keegan qui s'est juré de ramener Fulham de la D 3 à anglaise à la Premier League...

Je ne pouvais pas refuser cette proposition. Mon ambition a toujours été d'entraîner en division 1 et j'ai appris que dans le milieu, tout peut changer très vite. Je tiens absolument à amener Ingelmunster en D 2 mais le club pourra-t-il ensuite encore progresser? Westerlo est un bon club. S'il se renforce judicieusement, il pourrait facilement tenir sa place en milieu de classement au sein de l'élite. Et puis, j'habite seulement à 25 kilomètres du Kuipje...

Quand on lui fait remarquer que le FC Brugeois, où il est devenu «Sterk», est toujours à la recherche d'un technicien, Jan sourit. Sept saisons avant Franky Van der Elst, à qui il céda le brassard de capitaine, Ceulemans avait été particulièrement affecté d'avoir dû vider son casier sans avoir été retenu par la «grande famille» blauw en zwart... Reviendra-t-il un jour à l'Olympiapark?

Dans ce milieu, on ne peut jamais dire jamais! Je n'évoque rien du tout mais depuis que j'ai l'assurance de retrouver un club de D 1, mes perspectives sont de nouveaux plus grandes. Qui eût cru voici trois ans qu'Aimé Anthuenis allait un jour entraîner Anderlecht? Est-il meilleur aujourd'hui qu'à l'époque où personne ne parlait de lui à Genk? C'est quoi un bon coach, au juste? Regardez le brave Ceulemans, le gentil, il est de retour! Je crois pourtant que je suis resté le même par rapport à mon époque alostoise...

ALEXANDRE CHARLIER

Olivier Lamberg n'est pas rouge de peur

Comme Ceulemans, il a vécu les moments les plus carnavalesques d'Alost mais, au bout de la fête, une bien mauvaise surprise l'attendait. Fidèle parmi les fidèles de l'Eendracht, Olivier Lamberg apprit en fin de saison dernière qu'il pouvait se chercher un nouveau club. Cruel pour le Bruxellois, grand défenseur de la cause des «Oignons».

J'ai vécu l'enfer à cause d'une blessure au genou qui m'a handicapé durant de très longs mois , explique «Oli» qui espérait autre chose qu'un C 4 après un bail de 8 saisons au stade Cornelis. Alors que j'apercevais enfin le bout du tunnel, Alost m'a signifié qu'il ne comptait plus sur moi, prétextant des craintes sur la guérison de mon genou. J'ai appris que le transfert de Van Hoyweghen de Beveren avait déjà été réalisé bien avant que je fasse le point sur mon futur avec les dirigeants. Ce fut difficile à encaisser...

A 31 ans, Lamberg tourna une page sur les plus belles années de sa carrière de footballeur mais jura, une fois sa rancoeur passée, de revenir à l'Eendracht. En tant que joueur? C'est utopique. Suivant actuellement une formation accélérée d'entraîneur pro, Olivier se verrait bien un jour rejoindre le staff technique du club de son coeur. En attendant, malgré la méfiance à l'égard de ses facultés physiques, notre homme a relancé sa carrière. Grâce à Jan Ceulemans...

Il m'a demandé si cela m'intéressait de le rejoindre à Ingelmunster, explique-t-il. J'ai hésité car je me trouvais encore trop jeune pour descendre d'un échelon. A l'époque des premiers contacts avec les dirigeants, le club était toujours engagé pour la montée en D 2. Ingelmunster a finalement échoué in extremis mais Jan a insisté pour que je vienne tout de même de manière à solidifier les bases pour le futur. J'ai accepté.

Passant sans transition d'un régime de pro à celui d'amateur, Olivier Lamberg a bien vite avalé la pilule. Il a découvert autre chose et cela lui a plu.

A part Daumantas, tous les joueurs du noyau travaillent durant la journée, mais je peux vous certifier qu'aux entraînements, c'est du sérieux! Nous formons un excellent groupe et notre place en tête du classement de la D 3 ne doit rien au hasard. J'espère que le Standard pourra s'en rendre compte samedi à Harelbeke...

Ne comptez pas sur Olivier, qui a foulé la pelouse du stade olympique de Rome et inscrit un but en Coupe d'Europe contre le Levski Sofia, pour trembler à l'idée d'affronter les Liégeois! Qu'il doive tenir en respect l'un des deux Mpenza ou le stratège portugais Folha, c'est du pareil au même...

Bien sûr que nous pensons l'exploit possible, même si le fait de ne pas pouvoir évoluer à Ingelmunster a tempéré mon enthousiasme, dit-il sans ambages. Je n'aurais pas dit la même chose si nous avions dû affronter le Standard chez lui, mais, à Harelbeke, nous ne serons pas totalement dépaysés et serons donc moins impressionnés par les supporters. Je garde les deux pieds sur terre, mais je sais que notre groupe peut surprendre. Avec Luc Feys, Nico Vanderdonck et quelques autres, nous ne manquons pas de planches. La moyenne d'âge de l'équipe dépasse les 25 ans et nous formons un véritable bloc. Bien sûr, avec André Cruz, un joueur mondial, et la vivacité des Mpenza, le Standard risque de nous faire mal, mais si nous parvenons à préserver le nul en début de partie, la suite pourrait être intéressante...

Jan Ceulemans et Olivier Lamberg improviseront-ils la chenille comme au bon vieux temps alostois, ce samedi soir au Forestierstadion? Même si les stars du Standard sont retournées bredouilles de Harelbeke la saison dernière, il serait surprenant qu'elles n'aient pas entendu le discours d'Ivic qui n'a cessé de crier au piège en semaine...

Al. Ch.

Ingelmunster, son château, sa bière...

Tous les chemins ne mènent pas à Ingelmunster. Aussi, pour ne pas se perdre dans cette région où le textile est roi, il est préférable de pointer Waregem, Courtrai ou Harelbeke sur la carte et de demander de temps en temps son chemin... A Ingelmunster, on est quasiment à la frontière qui sépare les deux Flandres. Par accident, c'est la Flandre-Occidentale.

On est donc un peu proche de tout. Au sud, il y a Mouscron puis le Nord de la France. A l'Est, on se dirige vers Audenarde et, à l'Ouest, on tombe sur l'Yser. Mais c'est sans doute par le sud que ce petit village, qui compte 11.000 habitants, est le plus volontiers attiré.

Lorsqu'il évoque la montée de son club, Willy Lapeire, le président d'Ingelmunster, actif dans la production de tapis, salive déjà à l'idée de rencontrer le SK Roulers à l'occasion de derbys qui promettent d'attirer la grande foule. Roulers est pourtant distant d'une vingtaine de kilomètres mais tout ce qui rapproche de Bruges, chef-lieu de la province, semble avoir un attrait particulier. Ici plus qu'ailleurs, on respecte donc Jan Ceulemans, légende vivante du Club...

Jusqu'il y a peu, Ingelmunster faisait surtout sa réputation grâce à sa bière brassée avec amour dans le château. «Kasteel bier», sponsor principal de l'Eendracht Alost... lorsqu'un certain Ceulemans y était entraîneur, promet d'injecter de l'argent frais si le KSV Ingelmunster, nouveau pôle d'attraction du coin, devait rejoindre la division 2 en fin de saison. Ce sera bien nécessaire car, actuellement, le budget du club qui joue les terreurs en D 3 ne dépasse pas les 20 millions de F.

Nous sommes très fiers de n'avoir aucune dette, mais un éventuel passage en D 2 nous obligerait à fournir un effort supplémentaire, explique Lapeire. La Coupe nous apportera un bonus car si notre déménagement temporaire à Harelbeke pour accueillir dignement le Standard nous pose pas mal de soucis pratiques, il ne nous coûtera presque rien. Nous tablons sur 5.000 personnes samedi. Pour nos supporters, il était important de jouer ce match dans la région. Le Standard a fait une proposition pour que nous nous rendions à Sclessin, mais ce n'était pas l'une de celles qui ne se refusent pas!

Al. Ch.