«Pasopo» disent les «ketjes» de Lubumbashi

«Pasopo» disent les «ketjes» de Lubumbashi

Raymond Buren est magistrat honoraire, mais surtout un grand épicurien devant l'Eternel.Un amoureux inconditionnel de la vie et de toutes ces belles et bonnes choses que l'on croque à pleines dents. Ancien premier substitut du procureur du Roi de Neufchâteau, à une époque où cet arrondissement judiciaire n'était pas encore sous les feux d'une actualité tragique, il défraya, avec bonheur, la chronique... culinaire avec ses livres sur les trappistes - les bières plus que les moines, encore que -, sur le cochon et le jambon, ce qui lui valut même les honneurs du plateau d'«Apostrophes», où il fit goûter «son» boudin maison à une belle brochette de gastronomes.

Mais l'ex-magistrat a une autre passion: l'Afrique noire. Normal puisque cet «Ardennais d'outre-mer», comme il aime à se qualifier lui-même, a vu le jour près de l'Equateur, à une époque où le Congo était encore belge.

Né natif du Katanga, celui qui ajouta à son diplôme de juriste un parchemin de licencié en Sciences politiques et coloniales se mit déjà au service de Thémis au Burundi, puis au Katanga, avant de devenir substitut de l'Auditeur militaire en campagne à Léopoldville. Chestrolais depuis 1966, Buren a laissé une partie de son coeur sous les tropiques, et il a décidé de coucher sur papier son attachement à ses frères d'Afrique et à leur grande verve orale. C'est que notre homme, grand amoureux de la langue française, a l'habitude de nommer un chat un chat. Ce en quoi il n'est finalement pas loin de s'identifier aux «pikinini» ou «batotos» mal lavés de Lubumbashi, les cousins des «ketjes» et des «poulbots», aux jeux desquels il participa dans sa plus tendre enfance.

Son opuscule intitulé «Les gros mots de Lubumbashi» (1) ravira tous les swahiliphones ou assimilés. Et évoquera des heures radieuses et moins radieuses chez tous ceux qui ont vécu l'aventure africaine sur le terrain. Mais pisse-vinaigre et bégueules s'abstenir: sans verser dans la vulgarité, Raymond Buren invite à un joyeux périple dans la cité du cuivre, où l'on découvre non seulement les finesses de la langue verte, souvent mâtinée de pittoresques expressions françaises, mais aussi une étonnante description des Lushoises félines et fuselées .

Une véritable ode à la femme, qu'elle fasse ou non ouvrir sa bourse à qui veut l'honorer, de préférence «chaussé» (entendez: couvert). D'emblée, gare au «climatiseur» (une chemise légère et transparente) et au «serre-corps» (pull qui moule la poitrine jusqu'à l'étouffer), car avec le «ndombolo» (un pantalon hyperserrant), ce sont les atouts des filles «vrai zélé» (belles à croquer). Si, par malheur, un soupirant plus permanent s'approche, la donzelle lance un «topo-topo» préventif: «Attention, il y a de la boue». A moins d'opter pour un plus flandrien «Pasopo». Merci, les bons Pères...

CHRISTIAN LAPORTE

(1) Chez l'auteur, tél. et fax: 061-27.77.10.