Dossier seniors maison 2 Le Jardin du Béguinage Habitat groupé à la Cité Jouët-Rey Entre entraide et autonomie

Le jardin est ouvert

La Cité Jouët-Rey, bâtie en 1910 pour accueillir un hospice pour personnes âgées, occupe une partie d’îlot ouvert sur deux rues. Au centre de cet îlot, un parc arboré est traversé de chemins qui desservent de petites cours privées à l’arrière des logements. Un large passage axé de manière centrale relie les rues entre elles. Chacune d’elles présente deux groupes de huit maisons jointives en briques rouges devant laquelle les habitants entretiennent un petit jardin, pour le plaisir de tous. Les quatre groupes sont occupés par de l’habitat groupé pour personnes âgées, de l’habitat kangourou et un centre d’hébergement provisoire pour patients en soins palliatifs. Dans le parc ouvert officiellement de 7 h à 19 h, les enfants jouent et apprennent à faire des dérapages à vélo. Des arbres fruitiers et des buissons de houx poussent ça et là, un compost a trouvé une place de choix et une maison communautaire est en cours de restauration.

En communauté

Le Jardin du Béguinage occupe 8 des 32 maisons de la cité. Derrière ce nom associé à l’expérience des béguines, qui étaient des femmes libres et pieuses, on retrouve une typologie de logement particulier. Ce style d’habitat est né dans les Flandres au Moyen Âge. L’architecture de l’ensemble d’un béguinage exprime dans ses volumes, sa cour commune et centrale une dimension collective. Ici, nous sommes témoins d’une version moderne : le concept s’est doucement laïcisé et les hommes sont admis, même plus que bienvenus ! L’inspiration religieuse reste présente, mais les huit résidants ont des pratiques élastiques.

Bon équilibre

Antoine et Michel, la gent masculine, ainsi que Marie-Thérèse, Anny, les deux Monique, Thérèse et Gisèle ont trouvé un certain équilibre tous ensemble. Ils ont entre 70 et 90 ans, sont retraités, mais bien occupés, solidaires mais autonomes. Ils continuent à se réaliser, à entreprendre de nouveaux projets. Chaque mardi matin pour le petit-déjeuner, ils se retrouvent officiellement, chez l’un ou l’autre en alternance. Seul bémol à leur lieu de vie : ils n’ont pas de local commun. Lors de cette rencontre animée par l’hôte du jour, les habitants font part de leur semaine, règlent des questions administratives, leurs différends ou la date et l’heure d’un rendez-vous avec « Victoire » entre autres. Le tour de table est un moment d’échange enrichissant autour de leur vie. L’entraide règne en maître, parmi des valeurs humaines d’écoute, d’attention réciproque et de démocratie. Les décisions doivent être « cooptées » !, insiste Antoine.

Architecture typée

La symétrie des groupes de maisons est quasi parfaite. Une seule et longue toiture à deux versants lie l’ensemble du bâti et des lucarnes surplombent la corniche saillante. Les façades-pignons se font face et les logements à ces extrémités sont aménagés différemment. La totalité de la cité s’est rénovée par étapes à partir de 1996. Les trois associations (Le Jardin du Béguinage, Les Trois Pommiers, La Cité Sérine) ont dû trouver les finances et les partenaires pour ce projet de rénovation. Leur initiative privée a profité à la Ville de Bruxelles, qui est la digne propriétaire de cette cité. Les trois ASBL ont signé un bail emphytéotique avec la commune d’Etterbeek. Le parc rénové par l’IBGE est géré par des jardiniers communaux. La Cité Jouët-Rey est un réel micmac de gestion, mais la cohabitation paraît se vivre dans la simplicité et un respect mutuel.

Mises à niveau

Les maisons de 47 m2 au sol comptent au rez-de-chaussée un salon côté rue, une cuisine-salle à manger et un point d’eau avec toilette. Un hall d’entrée avec un escalier étroit à deux volées mène aux combles. Ils ont été aménagés selon différents cas de figure : une grande chambre, deux plus petites, une chambre et une bibliothèque, toujours avec une salle de bains attenante. Avoir deux points d’eau était un élément important. Une cave sous la moitié de la maison sert de garde-manger, de rangement en tous genres et de buanderie. Les courettes des logements couplés sont en lien direct avec le petit parc, la plupart sont fleuries et bien entretenues. Le mobilier parfois semble encore en place après un goûter pris au soleil… Lors de la rénovation, les façades ont été sablées, les toitures entièrement nettoyées et les fenêtres comportent, depuis, du double vitrage.

Tous les résidents habitent seuls. Certains font remarquer que l’espace serait bien trop exigu pour un couple, à moins que celui ne soit encore très fusionnel… La modernité des résidents (tous possédant un ordinateur et connectés à la Toile) est belle à voir. Ils vivent leur vie, portés par des énergies positives communicatives.