100 ANS D'AIDE AUX ENFANTS MARTYRS

Des orphelins mendiants aux fugueurs toxicomanes

Cent ans d'aide aux enfants martyrs

Les chiens et les chats perdus ou maltraités provoquent souvent plus de compassion que les enfants mendiants... Ce constat désabusé, certains l'ont fait, il y a cent ans déjà. En 1892 en effet, les associations de défense animalière existaient mais les belles âmes sensibles de l'époque ne s'émouvaient guère du sort des enfants battus et abandonnés. C'est dans cet esprit un peu paternaliste et charitable qu'un jeune officier gendarme, le lieutenant Loppens, a mobilisé les bonnes volontés pour créer la société royale des enfants martyrs de Bruxelles, la première association du genre en Belgique.

La même année, le ministre de la Justice, Jules Lejeune, établit la première circulaire ministérielle sur la protection de l'enfance. C'est lui qui sera aussi à l'origine de la première loi sur la protection de la jeunesse, votée vingt ans plus tard en 1912.

La société royale des enfants martyrs de Bruxelles est devenue, depuis lors, la société royale protectrice de l'enfance. Elle fête, ces jours-ci, son centième anniversaire par un concert qui aura lieu au Théâtre royal du Parc à Bruxelles le 13 juin prochain (1).

La société royale protectrice de l'enfance, c'est aussi trois institutions: le pensionnat Jules Lejeune, le pensionnat Henri Jaspar et le home «Les Bruyères» qui accueillent une centaine de jeunes soit en hébergement, soit en chambres d'étudiants, soit encore en suivi au sein de la famille.

Au bout d'un siècle d'existence, le vocabulaire a changé (le mot «protectrice» lui-même est obsolète) mais les réalités demeurent, constate l'ASBL.

Le paupérisme, l'alcoolisme et la mendicité ont fait place au quart-monde, à la toxicomanie, à l'exclusion...

Nous accueillons des «cas difficiles» explique Henri Jaspar, administrateur de la société royale protectrice de l'enfance. Le pensionnat Jules Lejeune, en particulier, est confronté à des adolescents qui ont parfois subi de graves sévices. Comme Patrick, qui à 13 ans, est resté attaché pendant deux nuits avec des menottes aux tuyaux du radiateur. Le fait pour l'institution d'accueillir davantage d'adolescents placés pour une courte période, pour des problèmes qui touchent autant la «maltraitance» que la délinquance, entraîne de sérieuses difficultés d'encadrement.

Nous devons engager des éducateurs spécialisés pour les adolescents, constate Henri Jaspar. Mais l'entreprise est loin d'être aisée. Et de préciser: Il y a manifestement un manque de formation aux problèmes très spécifiques des adolescents d'aujourd'hui.

Autre difficulté à laquelle est confrontée la SRPE: la nouvelle loi sur la majorité à 18 ans. Les trois institutions hébergent des jeunes de trois à 21 ans. De 18 à 21 ans, les adolescents vivaient un régime de semi-autonomie dans des studios individuels. Nous allons devoir maintenant y installer les jeunes dès l'âge de 16 ans mais nous voulons continuer à les soutenir jusqu'à 21 ans (en payant leurs études par exemple) pour leur donner les mêmes chances qu'aux plus favorisés.

Conclusion logique: la société royale protectrice de l'enfance compte beaucoup sur la fête de son centenaire pour récolter de nouveaux appuis. À cette occasion, elle a édité une petite brochure pleine de «bons conseils» pour les enfants et d'informations sur l'association pour les parents.

M. Vdm

Un concert de gala aura lieu à 14 h 30, donné par Lola Bobesco et son ensemble orchestral. Renseignements:02-640.63.90. de 9 à 13 h.