Catalogne: Madrid ne peut plus refuser de négocier

Ce n’est pas un référendum qui s’est tenu ce dimanche en Catalogne, et encore moins un plébiscite. C’étaient des élections législatives régionales. C’est donc sous cet angle qu’il convient d’en interpréter le résultat. Le premier enseignement est somme toute assez simple : si les indications des sondages et des premiers résultats de dimanche soir se confirment, les forces politiques qui veulent renégocier avec Madrid la relation fondamentale entre la Catalogne et l’Etat central espagnol en ont reçu le mandat par une confortable majorité en sièges. Et les nationalistes ont gagné le droit de mener cette négociation avec la volonté d’indépendance en perspective.

Second constat : le total des voix qui se sont portées vers ceux qui prônent l’indépendance de la Catalogne atteindrait à peine 50 %. Ce résultat contient à son tour deux messages. Le premier est que si la moitié d’un électorat vote en faveur d’indépendantistes, c’est que l’Etat central souffre d’un manque essentiel de légitimité. Quarante ans après la chute du franquisme, c’est un échec au regard de la modernité, en termes d’organisation et de légitimité étatiques. Ces dernières années, le rétrécissement de l’autonomie catalane par des juges madrilènes, le refus d’accéder à un dialogue de fond et la mise hors la loi de tout référendum n’ont pas été des signes de solidité, mais des expressions de faiblesse de l’Etat espagnol.

Mais le second message est que les indépendantistes ne peuvent tirer une carte blanche de ce scrutin : on ne part pas vers la sécession avec le soutien d’une moitié de l’électorat, fût-elle une nation. Le scrutin impose donc à Madrid d’ouvrir une négociation. Mais les nationalistes catalans savent aussi que l’indépendance n’est pas la seule option à négocier.

Comme le référendum écossais, ce scrutin catalan a une résonance particulière en Belgique. On sait que pour la N-VA, un raz-de-marée indépendantiste aurait sans doute pu être présenté comme une rupture de tabou exemplative aux yeux de l’électorat flamand. Mais alors que l’aspiration indépendantiste est partagée par près de la moitié des Catalans, elle reste minoritaire en Flandre. Et on peut poser l’hypothèse suivante : de la même façon que la majorité – de justesse – indépendantiste catalane est le symptôme d’une légitimité insuffisante de l’Etat national, la majorité flamande – et bien sûr francophone – en faveur du maintien de la Belgique reflètent un consensus national qui a réussi à se maintenir. Cela ne s’est pas fait par hasard, mais au fil des négociations et des réformes successives que l’on sait. Avec ce résultat qu’aucune communauté n’a plus le sentiment profond – même si des partis ont tenté de prouver le contraire – que l’Etat central ou que l’une des communautés bafouent allègrement les droits des autres. Peut-être y aura-t-il là de quoi s’inspirer à Madrid.