Avec Peter Sagan, c’est le cyclisme qui gagne

Le nouveau champion du monde est un plus qu’un arc-en-ciel, c’est un énorme rayon de soleil pour le cyclisme à qui le Slovaque fait un bien fou.

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Les Américains ont beaucoup aimé, comme si l’intéressé avait préparé son show qu’aucune star d’un autre sport ou du spectacle n’aurait pu égaler. Après avoir attaqué dans la dernière difficulté du circuit que les Belges avaient baptisé le Paterberg, Sagan s’est même autorisé une descente aérodynamique, les fesses sur le cadre. Une fois passé la ligne d’arrivée, il descendit de vélo, ôta son casque et jeta tous les accessoires dans la foule, dévoilant une coiffure hip-hop, son look inimitable et son sourire ravageur. En trois minutes, Sagan a fait aimer un sport que les Américains ne connaissaient, ou presque, que par l’entremise d’Armstrong, métronome sans fard, sans sourire et dopé jusqu’aux oreilles.

Si le dopage ne rattrape pas ce phénomène du cyclisme moderne, on peut attendre un effet boomerang sensationnel sur le vélo. Car tout le monde aime Sagan et chacun lui pardonne ses frasques de gamin échevelé. La dernière image qu’il avait laissée avant qu’on le retrouve aux Etats-Unis était celle d’un jet de vélo au Tour d’Espagne, une engueulade exceptionnelle et justifiée avec un motard de l’organisation qui l’avait renversé. Son équipe Tinkoff avait d’ailleurs menacé de se retirer de la Vuelta après cette manœuvre insensée. Puis il disparut de la circulation avant de réapparaître en Virginie à la tête de la sélection slovaque composé de trois éléments : son frère aîné Juraj et le dénommé Michal Kolar, des noms qu’on pourrait retrouver dans une série B ou dans un film comique des années 70 signé Audiard. Trois semaines de silence total au cours desquelles il ne rencontra manifestement aucun coiffeur.

Mais le public féminin ne s’y trompa pas en lui pardonnant cet oubli esthétique. Il semblait au contraire l’anesthésier de bonheur car au-delà de son flamboyant succès que nul ne put contester, Sagan a offert tout le panel de son personnage, tantôt acteur, tantôt mannequin, tantôt fou du roi, Pierrot éperdu au pays de Peter Pan, tantôt coureur, tout de même aussi ! Quel champion que celui-là, confiné dans ses habitudes verdâtres au Tour de France, roi du classement par points sans gagner. Quinze deuxièmes places cette saison ! Poulidor et Zoetemelk pensaient avoir trouvé un successeur définitif à leur souffrance et c’est précisément 30 ans après le titre du Néerlandais que le Slovaque a offert à son petit pays le premier titre arc-en-ciel de son histoire récente puisque, d’un plan géopolitique, la Slovaquie est un jeune état.

Dire que c’est mérité, c’est perdre son temps. Peter Sagan est, depuis ses débuts professionnels, « le » phénomène du peloton. Pas un des phénomènes. Il trouva d’ailleurs rapidement son surnom dans son équipe italienne Liquigas, « Il Fenomeno ». Ses wheelings (soulever la roue avant du vélo) ont fait le tour du monde. Incorrigible, inclassable, pinçant les fesses des miss du Grand Prix de l’E3, il ne pouvait évidemment jamais éviter de croiser la route d’un autre homme extravagant, l’oligarque russe Oleg Tinkov, qui lui offrit un pont d’or pour l’engager l’an dernier dans sa formation. On prétend, mais nul ne peut l’affirmer, que Sagan est le coureur le mieux payé au monde. Aujourd’hui, cela n’offusque personne car il n’a pas volé sa réputation.

Chacun a salué sa victoire sans exception. Ses adversaires ont ôté leur casque pour lui tirer un coup de chapeau, à commencer par les Belges, pourtant à neuf et auteurs d’une très belle course mais impuissants, comme les Allemands ou les Australiens derrière « Hulk » parti à toute vapeur. On avait tout de même fini par se demander si Sagan, capable de remporter toutes les classiques, on dit bien toutes les classiques, n’était pas coincé dans le piège qu’il s’était lui-même tissé, à force de montrer à tousqu’il était le plus fort. Sa manière de toiser l’opposition pouvait apparaître comme de la provocation, un trop-plein d’assurance mais elle masquait une timidité bien réelle. Sagan, peu à l’aise avec les langues étrangères, n’aime pas s’exprimer et dès lors qu’il doit le faire, il choisit l’humour, il devient clown pour apaiser son angoisse de parler à la presse.

Il n’a pas dérogé à la règle dimanche à Richmond où tout était bien sauf sérieux dans ses déclarations. Car l’homme n’aime pas parler tactique, jeu d’équipe : il s’en fout. « J’ai vu que tout le monde était fatigué, j’étais fatigué aussi mais peut-être moins que les autres. Alors, je suis parti. » Et c’est tout ce qu’il faut retenir de sa conférence de presse où il passa le plus clair de son temps à plaisanter…

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