Syrie: l’habileté de Poutine ne doit pas nous leurrer

La grande ambition du président russe passe en Syrie par le maintien et même le renforcement d’un dictateur, Bachar el-Assad. L’édito de Baudouin Loos.

Journaliste au service Monde Temps de lecture: 3 min

Il n’y a plus de bonne solution pour la Syrie. Les « grands » de ce monde le savent, qui se contentent d’y protéger vaille que vaille leurs intérêts. La Russie a lancé les initiatives les plus spectaculaires. Envoi de troupes et de matériel militaire dans l’ouest syrien, appel à une vaste coalition internationale contre l’Etat islamique (EI ou Daesh).

Il n’y a aucun doute que ces djihadistes doivent être neutralisés. Et que cela se passera par le recours aux armes, qui a déjà commencé. Les bombardements n’y suffiront pas. On cherche des candidats pour envoyer des troupes au sol. On ne trouvera pas. L’Afghanistan et l’Irak ont les vertus de repoussoirs.

L’habileté de Vladimir Poutine qui consiste à réclamer une coalition antiterroriste ne doit cependant pas nous leurrer. La grande ambition du président russe, celle de restaurer la puissance russe à hauteur de celle de l’Union soviétique, passe en Syrie par le maintien et même le renforcement d’un dictateur, Bachar el-Assad, grand criminel de guerre.

► Lire notre article: Vladimir Poutine va-t-il relancer Bachar al-Assad?

L’intellectuel palestinien Marwan Bishara l’écrivait récemment sur le site d’Al Jazeera : « Le choix a été clair dès le début : sacrifier Assad pour sauver la Syrie ou sacrifier la Syrie pour sauver Assad. » L’Iran, le Hezbollah libanais et la Russie ont fait leur choix. Les intérêts, toujours.

Pourtant, tétanisés par Daesh, les Occidentaux se tâtent à propos d’Assad. Et s’il fallait composer avec lui, finalement et malgré tout ? L’idée fait son chemin. Parce que, va l’argument, un sanglant chaos bien pire encore s’imposerait dans tout le pays s’il disparaissait du paysage.

Le « hic », c’est qu’Assad fait bien plus partie du problème que de la solution, comme l’a dit hier François Hollande à l’ONU. Le ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond, l’expliquait dans les colonnes du Monde, le 25 septembre : « Collaborer avec Assad ne fera que pousser l’opposition dans les bras de l’EI (…). Le comportement d’Assad envers sa population est le meilleur recruteur de l’extrémisme »…

En somme, comme le dit le politologue français François Burgat, à l’AFP, « Daesh n’est point la cause mais la conséquence du verrouillage répressif et manipulateur du régime ». Cause et conséquence doivent être traitées, ce qui est plus facile à dire qu’à faire, certes.

Mais l’afflux incessant des réfugiés, qui préoccupe logiquement nos dirigeants, ne tarira de toute façon pas avec l’élimination éventuelle de l’Etat islamique. Ils ne rentreront pas dans une Syrie dont le président prend les civils des zones récalcitrantes pour cibles de bombardements au moyen de barils de TNT largués par hélicoptères.

 

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