Reynaldo et Armenteros: tiens, comme on se retrouve…

Victimes d’un classement vertical sans état d’âme à Neerpede, les dossiers de Reymaldo et d’Armenteros ressurgissent par le fait d’un affrontement en Coupe d’Europe. Armenteros et Reynaldo ont su, un peu contre toute attente, rebondir à l’autre bout de l’Europe du foot.

Chef de service adjoint Sports et chef de la cellule foot Temps de lecture: 5 min

Bon débarras ! Ce qui ne se dit pas crûment et encore moins à haute voix dans une maison de tradition comme l’est le Sporting d’Anderlecht, s’est toutefois chuchoté au moment où Reynaldo Dos Santos Silva, puis par après Samuel Armenteros, ont vidé leur casier pour fourrer leurs effets personnels à l’emporte-pièce dans une malle de voyage. L’image se veut volontairement anachronique mais elle traduit bien la longueur de l’expédition qu’ils ont tout deux choisi d’entreprendre à deux années d’intervalle. Même s’il se modernise pratiquement de jour en jour à coup d’exportation de pétrole, l’Azerbaïdjan n’est pas à proprement parler une destination de villégiature, y compris pour des footballeurs qui appartiennent en quelque sorte, et à leur manière, à la grande famille des gens du voyage.

Premier arrivé, premier servi dans le récit d’une aventure peu commune : Reynaldo. Repéré par le scout anderlechtois Werner Deraeve puis screené sous toutes les coutures de son beau maillot rouge de Nautico, l’un des clubs de D2 qu’abrite la ville de Recife, l’attaquant brésilien avait été mis sous contrat au parc Astrid au début de la saison 2008-09. Ariël Jacobs venait de prendre la succession de Franky Vercauteren quelques mois plus tôt et ne voyait, pour tout dire, pas l’utilité qu’il ferait d’un talent encore mal dégrossi à ses yeux. Après une saison et demie d’acclimatation (réussie puisqu’il maîtrisait déjà le français après quelques mois), Reynaldo mais aussi la direction anderlechtoise durent se rendre à l’évidence. La solution d’un prêt s’imposait et, pendant 18 mois, le Cercle de Glen De Boeck fut tout heureux de pouvoir bénéficier de ses qualités d’infiltration depuis les deux flancs (11 buts en 47 matchs).

Retour à la case départ, mais pas retour à la raison de la part de Jacobs, toujours en place. L’entraîneur bruxellois ne voulait toujours pas entendre parler de ce Brésilien jugé physiquement trop léger pour son système. Avec, au bout de cette réflexion ayant valeur de sentence, un nouveau prêt, mais à Westerlo cette fois. « Une galère dans une équipe qui est descendue vers la D2 marche par marche », dira le Brésilien par la suite.

Toujours sous contrat à Anderlecht, il fallait donc bien qu’il y retourne. L’avènement de John van den Brom aurait pu lui procurer une respiration sous forme d’une nouvelle chance à saisir, mais les blessures mirent un terme définitif à ses espoirs d’un jour conquérir le parc Astrid. « J’en veux moins au Néerlandais qu’à Jacobs, expliquait-il à la presse belge au moment de s’embarquer à destination de l’Azerbaïdjan, en janvier 2013. Van den Brom ne m’avait rien promis et il a dû effectuer des choix alors que j’étais à l’infirmerie. Rien d’illogique à ce que je n’entre plus en ligne de compte. Jacobs, en revanche, c’est autre chose : mes performances au Cercle de Bruges ne sont jamais entrées en ligne de compte dans son jugement. Mon profil ne l’intéressait pas et je ne faisais donc pas dans ses plans. Sans que jamais, il ne me le dise… »

Ce que Reynaldo évitait soigneusement de préciser à l’époque, c’est que ses difficultés à assurer la transition entre le statut d’un footballeur de plage à la sortie des favelas où il avait grandi et celui d’un professionnel dans le plus grand club de Belgique, ont eu raison de son début de carrière. Une hygiène de vie pas toujours des plus adéquates de la part de cet oiseau de nuit qui a fini par trop croquer dans son bonheur du jour et entamer de manière irrémédiable son crédit à Anderlecht. Lequel finit d’ailleurs par le laisser filer gratuitement mais à condition qu’il s’en aille sans demander son reste.

Exit Reynaldo et bon vent à lui. Emmené au gré de ses contacts bien au delà des horizons concevables pour un joueur rêvant de faire son trou en Europe, Reynaldo finit par atterrir là où personne ne l’attendait,. « Quarabag est le projet qui tient le mieux la route : je vais tenter » disait-il encore quelques heures avant le début de son interminable voyage sans billet retour.

Car, après bientôt l’équivalent de trois saisons passées dans le club phare de la Premyer Liqasi, avec le Neftçi Bakou dont il partage le stade, le FK Qarabag Agdam s’avère être un plan de relance parfait pour Reynaldo, deux fois champion d’affilée et surtout meilleur buteur du championnat il y a un an. Avec un bilan de 38 buts en 69 rencontres disputées, le Brésilien est non seulement devenu la coqueluche de son club mais aussi l’une des stars de la ligue locale. Son contrat de 550.000 euros (net d’impôt par saison) en fait l’un des joueurs les mieux rétribués de son pays d’adoption. Mais la clause particulièrement dissuasive (l’Eintracht Francfort et Salzbourg s’y sont récemment cassés les dents) l’enferme toutefois dans une sorte de cage dorée dans un pays où le régime n’a de présidentiel que le nom. Certaines petites habitudes que l’on qualifiera prosaïquement d’ultra-directives, ont ainsi tendance à déteindre sur le mode de fonctionnement du pays jusque dans ses plus petites structures, étatiques ou privées comme peut l’être un club de foot. L’aspiration de Reynaldo à reprendre sa liberté contractuelle, cet hiver ou au plus tard au printemps prochain, a-t-elle participé à son refus poli au téléphone, de nous commenter sa nouvelle vie azérie et de revenir sur l’épisode anderlechtois, au risque de déraper ? Pas impossible…

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