L’homosexualité mène en prison en Tunisie

La Tunisie resterait-elle très conservatrice en matière de mœurs ? En tout cas, un jeune gay a été condamné à un an de prison ferme pour « sodomie », après un examen anal…

Journaliste au service Monde Temps de lecture: 3 min

Un pays moderne, la Tunisie ? Avancé sur le plan des droits de l’homme et surtout de la femme ? C’est sa réputation, méritée à certains points de vue, surtout en comparaison avec le reste du monde arabe. Mais, pour ce qui est de l’homosexualité, pas de miracle. Un jeune homme de Sousse peut en attester depuis sa prison, où il croupit depuis sa condamnation à un an de prison ferme le 22 septembre dernier.

Interpellé le 6 septembre puis interrogé dans le cadre d’une enquête sur un meurtre, cette personne, un étudiant dont le nom n’a pas été divulgué, a finalement été disculpée dans cette affaire mais poursuivie pour homosexualité. Qui plus est, la juge s’est fondée sur un examen anal réalisé par un médecin pour condamner le suspect qui a dit avoir subi cet acte contre son gré. La magistrate a ainsi appliqué l’article 230 du code pénal tunisien qui punit la sodomie.

Société conservatrice

Sur les réseaux sociaux tunisiens, l’affaire fait grand bruit. Mais, reflet d’une société souvent conservatrice, les internautes se sont parfois déchaînés, répandant ce qu’une correspondante du site nawaat.org qualifie de « flots de haine ». Ceci ne constitue pas une surprise. Comme l’expliquait en mai dernier le site inkyfada.com, « le discours homophobe, très présent dans la société tunisienne, est le premier problème à combattre. Depuis la révolution, la liberté d’expression a permis une plus grande liberté de parole. Dans les médias, un discours homophobe émerge aussi ».

Et d’expliquer qu’entre 2011 (la révolution) et 2014, « la communauté compte près d’une quinzaine de cas d’homicides homophobes dans tout le pays »… Des gens tués pour leur homosexualité, donc, même s’il faut préciser que ces chiffres sont invérifiables et concernent peut-être plutôt des agressions et non des assassinats.

Changer la loi : le ministre ose en parler

Le ministre de la Justice, l’universitaire Mohamed Salah Ben Aïssa, a en tout cas osé se situer à l’encontre d’une bonne partie de l’opinion en expliquant qu’il fallait « réfléchir afin de savoir comment écarter et éliminer cet article (230) de la loi (tunisienne) en se basant sur les libertés individuelles et la vie privée. Mon problème c’est l’article 230 (…) Rien ne peut justifier l’atteinte à la vie privée ».

Pour le reste, si des ONG ont exprimé leur indignation, la classe politique dans son ensemble s’est plutôt figée dans le silence, à quelques exceptions près, dont Moncef Marzouki, l’ancien président (entre 2011 et 2014), incendié par des commentaires sur son compte Facebook pour avoir dénoncé la condamnation du jeune gay.

Surtout ne pas heurter la sensibilité des citoyens

Le site businessnews.com s’en est ému : « Dans un pays normal qui se respecte, pareil comportement de la justice aurait dû provoquer la réaction immédiate du monde politique. L’opposition aurait profité de l’occasion pour crier au scandale et dénoncer le régime autoritaire et dictatorial qui s’immisce dans l’intimité des citoyens et réduit leurs libertés. (…). En Tunisie, rien de tout cela n’a été observé et la raison est connue : l’homosexualité, et la sexualité tout court, sont des sujets des plus tabous en Tunisie. Pouvoir et opposition craignent de heurter la sensibilité des citoyens en évoquant publiquement ces sujets. ».

Le condamné, dans sa prison, s’est fait entendre via son avocat, qui a contacté l’AFP : « Je ne comprends pas pourquoi j’ai été condamné (…) ni pourquoi j’ai été placé en détention durant six jours sans avoir le droit de contacter mon avocat. Je veux sortir et reprendre une vie normale. Je me demande comment je vais faire pour mes études et mon travail. Je ne veux pas être rejeté par la société ».

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