Le Hezbollah opte pour une stratégie plus défensive

Après deux ans et demi d’intervention militaire en Syrie, le Hezbollah change de stratégie, alors que les Russes souhaitent davantage s’impliquer sur le terrain.

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La trêve qui vient d’être conclue pour une durée de six mois a Zabadani, une ville syrienne de 40.000 âmes proche de la frontière libanaise, pourrait annoncer la fin des opérations offensives d’envergure du Hezbollah en Syrie, estiment des sources diplomatiques à Beyrouth. Jusqu’au coup d’arrêt de Zabadani, la milice chiite avait toujours progressé en territoire syrien, le long de la frontière libanaise, dans la vaste région du Qalamoun, depuis son engagement militaire aux côtés du régime syrien en mai 2013, a Qusayr. Le « Parti de Dieu » espérait conquérir en quelques semaines Zabadani, nœud stratégique situe à proximité de l’autoroute Beyrouth-Damas qui lui servait, avant la guerre en Syrie, de centre logistique pour acheminer les armes iraniennes au Liban. Mais après trois mois de guérilla urbaine contre un millier de combattants salafistes d’Ahrar el Sham et de recrues de l’Armée syrienne libre, ainsi que les attaques répétées des rebelles syriens contre deux villages chiites dans la province d’Idlib (dans le nord ouest syrien), ont contraint le Hezbollah à conclure un cessez-le-feu. Il offre la possibilité aux combattants de Zabadani de se retirer de la ville avec leurs armes légères, en échange de l’évacuation de près de 10.000 civils des deux villages chiites de la région d’Idlib.

Un millier de combattants tués depuis deux ans et demi

La trêve de Zabadani confirme la volonté du Hezbollah de moins s’impliquer militairement sur le sol syrien. «  Depuis quelques mois, le Hezbollah adopte davantage un profil bas, retire progressivement ses combattants des zones plus éloignées de la frontière libanaise. Il entend surtout consolider ses positions sur le front syrien, du sud de Damas au Golan, pour empêcher des avancées de l’opposition pouvant menacer le régime de Bachar el-Assad. Il veut également plus se concentrer sur la frontière sud libanaise avec Israël », affirme Yezid Sayegh, chercheur au centre Carnegie pour le Moyen Orient, basé à Beyrouth. Après deux ans et demi d’intervention militaire, le Hezbollah souhaite aussi limiter les pertes humaines, car il se retrouve de plus en plus sous pression de la communauté chiite, même si elle lui reste encore largement favorable. Les portraits des « martyrs » s’affichent partout, des grandes artères de la banlieue sud de Beyrouth – fief du Hezbollah – aux régions rurales chiites. Le parti ne communique que très peu d’informations sur ses « martyrs », mais leur nombre aurait atteint un millier, selon plusieurs spécialistes de la milice chiite. Un chiffre significatif par rapport aux effectifs de l’aile militaire du Hezbollah, qui compte de huit a dix mille combattants (dont la moitié environ sont engagés sur le territoire syrien). Les récents développements en Syrie, qui indiquent une implication plus grande de la Russie, pourraient enfin inciter le « Parti de Dieu » à moins s’investir en Syrie. «  Dans la configuration militaire régionale actuelle, le Hezbollah ne représente plus une pièce maîtresse prioritaire, étant donné la nature des forces engagées sur le terrain , assure Waddah Charara, auteur de l’ouvrage l’Etat Hezbollah. Le Hezbollah n’a par exemple pas les moyens de reprendre des zones clés à l’est de Damas, comme Jobar ou Douma. Les experts militaires de l’opposition syrienne estiment que seule une intervention russe pourrait changer véritablement la donne », conclut l’analyste.

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