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ONPC: Laurent Ruquier, prêt à tout pour le buzz?

En offrant une tribune à des invités classés dans la catégorie des « réactionnaires », Ruquier est accusé de faire le lit du Front National. Analyse de ses motivations.

Journaliste au service Politique

Par Maxime Biermé

Temps de lecture: 4 min

L a France est un pays de race blanche !  » Au royaume des petites phrases, Nadine Morano a décroché le jackpot médiatique dans « On n’est pas couché », le talk-show de Laurent Ruquier diffusé sur France 2, il y a dix jours. Les propos de Morano et la question de la « race » revenaient d’ailleurs en écho tout au long de l’interview d’Alain Finkielkraut, qui lui succédait dans le fauteuil bleu cette semaine. Un philosophe apeuré par l’arrivée massive de réfugiés dont de nombreuses idées percolent avec celles du Front National. Morano, Finkielkraut, Onfray et Houellebecq ont tous ce point commun, même si c’est (parfois) malgré eux. Ils partagent aussi le fait d’avoir tous été invités par Ruquier depuis la rentrée. Qu’est-ce qui pousse l’animateur, plutôt ancré à gauche, à laisser s’exprimer les idées du camp de Marine Le Pen ?

1 Sauver l’audience. L’une des plus grosses audiences de l’histoire d’« On n’est pas couché » reste celle du 18 février 2012. Ce soir-là, en pleine campagne présidentielle, la candidate Marine Le Pen bat un record en attirant 2,4 millions de téléspectateurs, soit près d’un Français sur trois qui regardait la télé cette nuit-là. Ces dernières années, l’émission ne dépasse plus que rarement 1,5 million de fidèles. Les séries américaines de TF1 ont souvent dominé les audiences.

Sauf que, depuis septembre, la présence de Nadine Morano ou d’Alain Finkielkraut a permis à Ruquier d’être à nouveau leader avec respectivement 1,4 million et 1,6 million de Français (chez nous, l’émission est généralement suivie par moins de 100.000 personnes). « L’émission est à bout de souffle, peut-être dans sa dernière année, et ceci probablement de l’avis du principal animateur lui-même  », analyse Frédéric Saint Clair, consultant en stratégie politique pour Le Figaro. « C’est vrai qu’on sait que Ruquier pense à l’audience, complète Philippe Marion, professeur de communication à l’UCL. Il s’enfonce de plus en plus du côté de la provocation. Le fait de susciter les dérapages des politiques qui vont un peu trop loin et énoncent des choses qui font le buzz est une des manières de redorer son blason. »

2 Faire le buzz. Conséquence des audiences déclinantes ces dernières années et d’une certaine usure du programme, qui en est déjà à sa dixième saison, « On n’est pas couché » miserait plus que jamais sur le buzz. « Ruquier n’a pour objet que son autopromotion, celle de l’émission et de ses chroniqueurs, tranche Saint Clair, tout en déconseillant aux hommes politiques de se rendre sur le plateau. Rien d’utile à l’opinion ne peut en émaner. »

Une analyse qui revient souvent et a pour don d’agacer Catherine Barma, la productrice d’« On n’est pas couché ». C’est d’ailleurs elle qui tire réellement les ficelles du programme en choisissant les invités. «  Il y a à peine une dizaine de clashs chaque saison, alors qu’il y a quarante émissions par an, ça ne fait pas 10 % !, s’est-elle énervée sur Canal+. Mon ambition est avant tout de montrer que la culture à la télévision peut être un lien social.  »

Pour Jérôme Colin, qui anime le rendez-vous culturel de la Première « Entrez sans frapper », elle joue tout de même un jeu dangereux. « L’émission donne aux internautes chaque semaine du lard pour les cochons. De quoi partager des séquences courtes, hyperfortes, où les gens s’engueulent. On amène sur le plateau des gens soit pour les crucifier, comme Onfray et Francis Lalanne, soit pour les laisser faire leur spectacle, comme Nadine Morano. Il n’y a pas de cordon sanitaire dans les médias français et, pour faire de l’audience, ils se donnent la liberté d’inviter n’importe quoi. »

3 Un équilibre politique difficile à respecter. « La parole de gauche est entendue dans les médias, continue Colin. Celle de droite choque et crée des polémiques. Peut-être qu’il y a une tendance à donner la parole à la droite car on sait qu’on va en parler plus. »

#YEnAMarre: le degré zéro de la politique française!

Philippe Marion, va plus loin. «  Ruquier sait ce qu’il fait. On pourrait même le taxer d’une certaine complaisance. Voire d’être un peu réactionnaire. Il aime bien avoir des coups de gueule sur les thèmes du racisme, de la nationalité française, parce qu’il sait que ça fait du buzz.  »

4 Un mal nécessaire ? Obligé de se justifier sur l’invitation de Nadine Morano, se sentant même « un peu coupable  », Laurent Ruquier n’en reste pas moins le seul à pouvoir attirer une large audience vers une émission culturelle, en seconde partie de soirée, où le débat peut s’installer durant de longues minutes. « Cela reste un rendez-vous très pertinent, glisse Jérôme Colin. La culture, la société, la politique, tout est lié. Il faut décloisonner pour que la culture arrête de faire peur aux gens. Seul Ruquier y arrive tout en faisant de l’audience. »

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