Un manifestant, ça compte!

Petit tour d’horizon de techniques plus ou moins artisanales, et plus ou moins efficaces.

–  Le comptage personne par personne : armé d’un compteur manuel, vous « cliquez » chaque personne qui passe : un manifestant, deux manifestants, trois manifestants… Gare à l’endormissement et à la tendinite au doigt ! Pour gérer une file d’attente dans un parc d’attractions ou à l’entrée d’un bateau de tourisme comme je l’ai observé cet été, c’est très efficace ; mais pour une « bonne grosse » manifestation comme celle de ce jour, je doute… Pour un nombre précis, oubliez donc le comptage personne par personne, à moins bien sûr que vous n’ayez un moyen de contraindre les gens à passer par un portique avec distribution d’un bracelet, comme par exemple dans les festivals ; c’est comme cela également que la Maison des Maths a pu dénombrer les 652 participants à son inauguration il y a juste 10 jours.

–  Le comptage par rang : vous vous placez à un point fixe, en hauteur, à une fenêtre à l’étage d’un bâtiment par exemple (vous serez également à l’abri de la pluie, ce qui est déjà plus agréable pour faire ce boulot ingrat). Vous comptez (une fois) le nombre de personnes qu’il y a dans un rang, ou vous l’estimez en faisant une moyenne sur quelques rangs. Puis, le temps de toute la manifestation, vous comptez le nombre de rangs de manifestants. Evidemment c’est une approximation, car les gens ne défilent jamais de façon militaire, bien rangés en rangs bien équivalents. Votre résultat est croisé avec celui d’autres compteurs, afin d’en améliorer la fiabilité.

–  Le comptage par paquet de 10 : armé de votre petit compteur, et toujours posté en hauteur, vous comptez des groupes de 10 personnes cette fois. On peut également appliquer cette technique sur une vidéo de la manifestation. L’annonce des résultats est alors un peu différée, mais la possibilité des arrêts sur images améliore la fiabilité du comptage.

–  L’estimation via l’aire de la surface occupée : vous multipliez les dimensions de la zone de manifestation (aujourd’hui faciles à obtenir via photo satellite) par le nombre de personnes au mètre carré. Aaaah, nettement moins fastidieux, non ? Une petite multiplication et hop c’est fait, vous pouvez retourner vaquer à vos occupations. Encore faut-il avoir une bonne idée de la densité moyenne de la foule… On comprend aisément la grande variabilité du résultat liée à ce facteur, qui n’est évidemment pas homogène sur l’ensemble de la zone de manifestation.

– Des sociétés privées ont proposé un comptage par des robots qui travaillent via des photos et vidéos prises tout au long du cortège et utilisent ensuite un logiciel de reconnaissance faciale. Apparemment, les nombres qui en ressortent sont en dessous de ceux de la police, donc ils sont contestés par tout le monde.

– La grande nouveauté, les téléphones portables : dans une étude publiée le mercredi 27 mai 2015 dans le journal Royal Society Open Science, trois chercheurs de la Warwick Business School ont présenté des résultats qui« fournissent la preuve que des estimations précises du nombre de personnes dans un lieu donné à un moment donné peuvent être déduites à partir des données des téléphones mobiles et de Twitter ». La marge d’erreur annoncée est de 13 %, ce qui semble correspondre à celles des autres techniques de comptage. La solution d’avenir ? Peut-être, si l’on arrive à réduire les coûts faramineux de l’obtention de ce type d’information…

En tout cas, pour aujourd’hui, la Police fédérale va s’en tenir au comptage par rang, technique officielle toujours d’application. Elle vous paraît désuète à l’heure des technologies de pointe que nous connaissons ? Pourtant, en France, en avril dernier, une commission d’experts a validé sa technique sœur, le comptage par paquet de 10. Elle a par la même occasion rendu de la fiabilité aux chiffres annoncés par la police française, qui, ces dernières années, étaient apparus jusqu’à 7 fois inférieurs à ceux soutenus par les organisateurs des manifestations. Comme quoi, il y a approximation… et approximation !

Pour la Maison des Maths,

C. Mousset

Pour en savoir plus sur l’étude analysant les flux d’informations émanant des téléphones portables : http://rsos.royalsocietypublishing.org/content/2/5/150162