Voici venu le temps des biens communs

P etits ou grands, ancrés dans le territoire ou actifs à l’échelle mondiale, les communs ouvrent, à côté de l’action publique et du marché, une autre voie pour construire l'avenir ».

Ils sont là partout, à côté de nous, du jardin participatif au logiciel libre en passant par la cartographie open source et le partage de données : une liste sans fin de biens qui se partagent. Et qui ont aujourd’hui un point commun : le « Temps des communs ». Un festival destiné à mettre en avant toutes ces initiatives citoyennes qui animent et mobilisent les communautés de par le monde.

L’occasion de découvrir, jusqu’au 15 octobre, une kyrielle de projets, présents ou à venir, voire flirtant avec l’utopie. Un sacré ballon d’oxygène dans un univers ou la course au profit et le chacun pour soi ont tristement pris quelques longueurs d’avance. Mais foin de fatalisme, la troisième voie est bel et bien sur les rails, un œil jeté sur le programme suffit à s’en convaincre, 244 événements étant organisés dans 7 pays et 72 villes dont une vingtaine à Bruxelles.

L’initiative a été lancée en France il y a de cela deux ans avec une formule baptisée Villes en biens communs avant de s’élargir aux pays francophones pour devenir le festival Temps des communs. Loïc Géronnez, un des coordinateurs de la plateforme bruxelloise, remonte un peu plus loin dans le passé pour trouver un autre point de départ, américain celui-là.

En 2009, l’économiste et politologue américaine Elinor Ostrom reçoit le prix Nobel d’économie « pour son analyse de la gouvernance économique, et en particulier, des biens communs», peut-on lire sur l’encyclopédie, à partager évidemment, Wikipédia. « Elle part du constat qu’une série de besoins collectifs sont rencontrés en dehors de l’Etat ou d’un système privé. Elle parle entre autres des pêcheries en Turquie. En observant des groupes humains assez importants, elle s’est aperçue que ces communautés se régulaient sans entraîner d’épuisement de la ressource, sans que l’Etat n’intervienne et sans division des parcelles en propriétés privées. Elle a ensuite mis un laboratoire de recherche sur pied pour étudier un tas de cas, dont Wikipédia, avec ces mêmes caractéristiques : une ressource commune qui ne s’épuise pas et ce sans intervention de l’Etat ou du marché.  ».

De quoi susciter visibilité et engouement auprès du grand public. Comme on peut le découvrir aujourd’hui à Bruxelles. « Toute une série d’initiatives se reconnaissent dans cette notion de commun et dans cette philosophie citoyenne. Nous avons donc décidé il y a un peu plus de deux mois d’essayer de monter quelque chose ». Et la sauce a pris. Avec, on l’a dit un registre très large. « Mardi nous avons eu par exemple Neutrinet qui travaille sur les possibilités de stockage de données non-marchand, hors Google et compagnie, poursuit Loïc Géronnez. Il y a aussi le quartier Wiels qui organise une visite de biens communs expliqués aux enfants en mettant sur pied des espaces de don, les give box  (photo)». Cité encore les Commons Josaphat où l’on réfléchit aux manières de réaménager la friche Josaphat en sortant de la gestion « classique ». « Ce qui représente bien évidemment un défi même si cela existe un peu avec les cités-jardins en Angleterre. Une ville qui sortirait du registre du public ou du privé dans sa constitution appelle en tout cas à la réflexion ». Une utopie ?  « Une utopie réaliste on va dire, tout comme l’était le Community land trust avant de devenir réalité à Bruxelles ».