En Belgique: «On respecte ces gens qui écrivent»

Mélanie Dufour reçoit et trie les manuscrits pour la maison d’édition belge indépendante Les Impressions nouvelles à Bruxelles.

Combien de manuscrits recevez-vous chaque jour ?

Un ou deux par jour ouvrable. Ils viennent de France, de Belgique, de Suisse… Dès mon arrivée il y a 8 ans, Benoît Peeters m’a conseillé de lire les manuscrits le jour où ils arrivent. Notre avantage en tant que maison plus petite que Gallimard, c’est que si on tombe sur un texte qui en vaut la peine, nous allons être plus réactifs. La destination première des manuscrits, c’est d’être refusés. Environ un manuscrit par an est publié.

Qu’est-ce que vous dites à ceux que vous refusez ?

Trier les manuscrits n’est qu’une petite partie de notre activité. On n’a pas la place ni la vocation à donner des conseils à des auteurs qu’on ne publie pas. On donne toute cette énergie de conseils, et de retravail d’un texte, aux auteurs retenus. On ne peut pas se permettre de répondre personnellement à chacun. Pour les jeunes auteurs ou les premiers romans, quand je vois que le texte n’est pas complètement abouti, je prends la peine d’envoyer une réponse encourageante et personnalisée. On respecte ces gens qui écrivent. Même s’ils n’ont pas les qualités littéraires, ils ont cru à ce qu’ils faisaient. Ce sont des individus, des gens qui rêvent. Quand on envoie un manuscrit à une maison d’édition, on ne peut pas s’empêcher de penser qu’il va être publié, etc. Il y a toujours ce fantasme du livre, d’être lu et de devenir un écrivain.

Une tendance ces derniers mois ?

J’ai reçu des textes très sensibles, beaux et humanistes sur les migrants, mais ils étaient un peu courts. On publie des essais faits par des universitaires et pas des billets d’humeur.