Comment la suédoise veut vous «offrir» 100 euros

Vous allez finir par connaître le refrain par cœur : « 100 euros de salaire poche en plus par mois pour les bas et moyens salaires ». C’était la promesse phare du gouvernement Michel en juillet dernier, lors de la présentation de son tax shift. Et, pour honorer sa parole, Charles Michel a dégagé une enveloppe totale de trois milliards d’euros à l’horizon 2018. Mot d’ordre : doper le pouvoir d’achat des travailleurs en réduisant la taxation sur le travail.

Pour l’instant, une petite moitié de l’enveloppe (1,3 milliard) a déjà été utilisée, principalement via une hausse des frais forfaitaires professionnels déductibles (en 2015 puis en 2016). Les bas salaires ont également obtenu une part du gâteau, via l’augmentation du bonus à l’emploi (une réduction d’impôt ciblée sur les bas salaires, en août 2015 puis en janvier 2016). Au total, les deux mesures précitées permettraient déjà d’augmenter le salaire poche des bas revenus d’une bonne cinquantaine d’euros, selon la suédoise. Un chiffre que confirment nos propres calculs. Mais un chiffre qui ne tient compte que des mesures agréables prises par le gouvernement. D’autres décisions de la suédoise vont en effet rogner ce gain de 100 euros, comme la non-indexation des salaires, l’augmentation de multiples accises ou le relèvement de la TVA sur l’électricité de 6 à 21 %.

Fini la tranche à 30 %

Revenons à cette enveloppe de trois milliards, dans laquelle il reste donc 1,7 milliard à disposition d’ici 2018. Depuis dimanche, on sait précisément ce que le gouvernement Michel a l’intention d’en faire. La moitié de l’enveloppe (850 millions) sera utilisée en 2016, via deux mesures : 425 millions pour une nouvelle hausse des frais forfaitaires déductibles ; et 425 millions pour supprimer la moitié de la tranche à 30 % (remplacée par une extension de la tranche à 25 % sur les 10.940 premiers euros). Deux mesures qui ne ciblent pas les bas et moyens revenus, et qui profiteront donc à l’ensemble des travailleurs.

En 2018, rebelote. 850 nouveaux millions pour achever le travail : la tranche d’imposition à 30 % sera cette fois totalement remplacée par celle de 25 %, et les frais forfaitaires déductibles repartiront à la hausse.

Notons que la suppression de la tranche à 30 % représente un gain mensuel net de 16 euros pour la majorité des travailleurs isolés. Mais ce gain est réduit à 6 euros si le travailleur a deux enfants à charge, et il est même nul à partir de trois enfants. Les familles nombreuses apprécieront.

À un euro près

Ces nouvelles mesures fiscales auront un impact sur les Régions, qui vont voir leur budget amputé de près de 450 millions d’ici 2018. Pour éviter cela, le Fédéral aurait pu, par exemple, procéder à une nouvelle hausse du bonus à l’emploi pour les bas salaires. Mais cette solution n’a pas été retenue.

Enfin, le gouvernement annonce avoir débloqué 150 millions supplémentaires en 2018, toujours pour réduire l’impôt sur le travail. On parle cette fois d’une légère modification de la tranche à 45 % et d’un relèvement de la quotité exemptée pour les bas salaires. En réalité, les estimations de l’administration fiscale de la semaine dernière indiquaient un gain net mensuel de 99 euros par an en 2019 pour les personnes gagnant 2.800 euros brut par mois. Caramba ! Il manque un euro pour arriver à 100 ! L’équipe Michel a donc cherché 150 millions de plus en 2018, puis programmé une nouvelle enveloppe « pouvoir d’achat » de 1 milliard en 2019, pour arriver, in fine, à 109 euros poche par mois pour un salaire moyen.

Pour 2019, l’objectif affiché est de relever la quotité exemptée d’impôt à 8.400 euros pour tout le monde (les budgets régionaux seront ici encore impactés). Mais, que ce soit pour le milliard de 2019 ou les 150 millions supplémentaires de 2018, le Fédéral n’a pas encore présenté de tableau budgétaire actualisé. On ne sait donc pas à ce jour comment ces enveloppes sont financées.

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