185 ans de la Belgique: la réussite miraculeuse de l’eau de Spa

Spadel est aujourd’hui le dernier grand groupe minéralier belge

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Il est “le ” symbole de la détente et du bien-être ! Le terme “spa ” est connu dans le monde entier pour évoquer un bain à remous, un centre de beauté et de remise en forme ou encore une station thermale, de balnéo ou de thalassothérapie. On ne compte plus aujourd’hui un hôtel étoilé qui ne possède pas son propre spa dans ses tréfonds. Mais, à tout seigneur tout honneur, rendons grâce à la ville de Spa et à ses eaux bénéfiques: elles sont bel et bien à l’origine de ce terme devenu un nom commun dans une multitude de langues et d’idiomes et ce depuis bien plus longtemps que 185 ans ! “Spa ” n’est pas, comme d’aucuns le croient souvent, l’acronyme de “Sana Per Aquam ” ( “la santé par l’eau ” qui est en réalité un acronyme fictif inventé a posteriori), mais provient bien du latin “sparsa ” ( “jaillissante ”), le participe passé du verbe “spargere ”. Car, c’est clair comme de l’eau de roche, les Romains, qui n’étaient pas nés de la dernière pluie, avaient repéré depuis longtemps les vertus de l’eau ferrugineuse de notre Ardenne! Et ces touristes à l’âme de conquérants avaient rapporté dans la ville éternelle le résultat de leurs observations. Ainsi mentionne, déjà au Ier siècle après JC, l’écrivain Pline l’Ancien, qui servit la Légion comme commandant de cavalerie en Germanie : « En Tongrie, pays de la Gaule, il y a une source célèbre, dont l’eau, tout étincelante de bulles, a un goût ferrugineux qui ne se fait toutefois sentir que quand on a fini de boire. Cette eau purge le corps, guérit les fièvres tierces et dissipe les affections calculeuses.»

L’eau miraculeuse devient garante de fécondité

Mais, bientôt, nos barbares cousins germains, les Vandales, viennent mettre des mandales aux Romains en plein déclin. Les Huns chassés, les autres, Francs, s’installent. Et nos nouveaux occupants prennent les eaux, entre deux lampées d’hydromel. Des eaux qui, en pleine christianisation de nos contrées, prennent des vertus miraculeuses quand saint Remacle, le moine fondateur de l’abbaye de Stavelot en 651, eu le bon goût de faire jaillir des sources à la demande et de purifier l’eau des fontaines. En plein Moyen Âge, l’on vient déjà de toute l’Europe, affrontant mille périls sur des routes peu sûres, pour aller soulager ses maux au contact des eaux médicinales spadoises. Les légendes colportent certaines de ces guérisons miraculeuses, tout comme le “Roman de Renart ” fait allusion, en “françoys ” dans le texte, aux pouhons de saint Remacle. Le “pouhon ”, c’est le mot wallon dérivé du vieux français “puison ” – endroit où l’on puise l’eau. Il est aussi une application plus insolite qui amène aussi son flot de “visiteuses ”: placer le pied dans l’empreinte de saint Remacle en avalant un gorgeon de l’eau locale était garant de fécondité pour les jeunes mariées.

Des rois, des empereurs et… un tombeur

Les siècles s’écoulent comme l’eau jaillit de terre et nous voici déjà aux XVIIe et XVIIIe siècles alors que des personnalités comme le roi Charles II d’Angleterre, le tsar Pierre le Grand, le peintre Jan Brueghel (le fils de l’autre), mais aussi les plus grands d’Europe en matière de politique, d’arts et de lettres, viennent boire la tasse à Spa devenue «la reine des eaux». Plus exactement, ils font des cures d’eau de bouche. Et quand ils n’y viennent pas, ils se font expédier des flacons du précieux liquide. 1583 marque la première exportation des eaux spadoises, tant en Angleterre, aux Pays-Bas, en Russie qu’en Italie, en Espagne ou en France! Ainsi vers les années 1730, les Souverains britanniques méprisent leurs eaux nationales pour se faire livrer leur eau de table en direct de l’Ardenne. Douze ans plus tôt, le premier hôtel thermal a ouvert ses portes dans la cité. Mais le problème, c’est qu’à Spa, tout un chacun creuse à tout va en son jardin pour puiser sa propre eau et fait courir le risque aux sources officielles de se tarir ou de se corrompre. En 1772, le prince-évêque de Liège prend la toute première mesure de protection environnementale de l’Histoire en décrétant l’interdiction pour le particulier de creuser à plus de deux mètres de profondeur, décret qui servira de référence à la future législation belge. Un an plus tard, un pharmacien français, Briart, installé à Spa, crée une piscine et le tout premier établissement de bains, non loin de la source dite du Tonnelet. Et voilà que des bains de bouche on passe aux bains de siège et de pied ! Le succès de Spa est alors à son apogée, avec la fréquentation de l’immense Victor Hugo, du palpitant Alexandre Dumas et de ce vieux frippon de Casanova, alors que l’empereur des Romains, Joseph II, décrit Spa comme « le café de l’Europe ». Et pendant que les curistes sont au pain et à l’eau, nos contrées varient les régimes… politiques. Autrichiens et Français se succèdent pour mieux laisser le Hollandais s’installer. Guillaume Ier du Royaume-Uni des Pays-Bas qui ne mettait pourtant pas beaucoup d’eau dans son vin, mais qui entendait faire de Spa la plus grande ville d’eau au monde! Il n’en aura pas le temps, mais ses successeurs devenus rois des Belges s’en chargeront.

Le tout premier périmètre de protection en Europe

Sous Léopold Ier, la ville connaît un bel essor en étant connectée par un service postal dès 1840, et le télégraphe dès 1856. Elle est aussi reliée par le train à Pepinster dès 1854 et à Luxembourg en 1865. C’est l’année d’entrée en fonction de Léopold II, le roi barbu qui fréquente souvent la station. Mais moins que son épouse la reine Marie-Henriette qui, pendant près d’un demi-siècle, passera chaque saison d’été à Spa noyant son chagrin d’épouse délaissée dans un verre d’eau minérale. Le couple royal achète là-bas l’hôtel du Midi pour y installer ses royales pénates. C’est sous l’impulsion du 2e roi des Belges qu’un hippodrome est construit à Spa tout comme la galerie royale. Mais Léopold II joue un rôle encore plus important en signant, en 1889, la loi de protection des eaux minérales de Spa: la toute première zone de protection des nappes aquifères en Europe ! En 1912, l’eau des Fagnes spadoises est un peu mise à toutes les cruches et vendues à toutes les bourses. Pour mettre de l’ordre dans ce business, la Ville, propriétaire des sources fonde la Compagnie fermière des eaux et bains de Spa. Elle deviendra Spa Monopole en 1921. Comme son nom l’indique, cette société est la seule autorisée à mettre l’eau spadoise en bouteilles et à en faire commerce. Quand au périmètre de protection, il passe de 3.400 hectares en 1934 à 13.000 hectares aujourd’hui, sur lesquels toute activité polluante a été bannie, qu’elle soit agricole ou industrielle ! Mais cela va aussi de l’interdiction d’utiliser des sels de déneigement en hiver et l’imperméabilisation obligatoire des zones de stationnement dans tout le périmètre. Ces mesures restrictives garantissent à l’eau de Spa une pureté exceptionnelle. C’est en 1923 que la famille du Bois entre dans le capital de Spa Monopole. Elle en est toujours à la tête aujourd’hui, faisant de ce groupe, appelé Spadel depuis 1980, le tout dernier groupe minéralier belge indépendant et familial, avec dans son giron plusieurs marques de poids (Bru et Wattwiller entre autres) sans oublier le fer de lance, les eaux de Spa: Spa Reine, Spa Barisart et la plus noble et historique des eaux, Marie-Henriette, baptisée en hommage à la deuxième reine des Belges. Cette eau naturellement légèrement pétillante – comme l’était la Souveraine… avant son mariage–, voyage pendant 50 ans dans le sous-sol ardennais avant d’être embouteillée. Ce qui lui confère sans doute cette élégance toute royale…

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