185 ans de la Belgique: quand la voiture belge dominait le monde

Avant la Première Guerre mondiale, notre pays comptait 100 marques de voitures !

Temps de lecture: 5 min

Si la Belgique reste un pays amateur d’automobiles – on comptait plus de 7 millions de véhicules sur notre territoire en 2014 et ça ne risque pas de diminuer – nous devons aujourd’hui malheureusement nous contenter de rouler dans des marques étrangères. Il n’en fut pas toujours ainsi. La Belgique a eu ses propres constructeurs de voitures. Bien sûr, les plus anciens se souviennent encore de la Minerva ou, peut-être, de l’Imperia. Mais, jadis, notre pays a compté jusqu’à… 100 marques différentes ! « N’oubliez pas qu’au début du siècle dernier, la Belgique était l’une des toutes premières puissances économiques mondiales, avec une maîtrise en matière de production de charbon, d’acier et de fine mécanique », nous explique Jacques Deneef, administrateur de l’Autoworld et concepteur de la section belge de ce sublime musée du Cinquantenaire. « Nous sommes reconnus pour la qualité de nos usines d’armement. C’était un terreau favorable pour la construction automobile, qui trouve son berceau… dans le sud du pays d’ailleurs ! En 1902, nous sommes le deuxième pays producteur de véhicules au monde, derrière la France mais devant l’Allemagne et les États-Unis ! Dès 1903, la donne change, quand l’Américain Henri Ford décide de rendre la voiture accessible à tous et invente le travail à la chaîne pour faire baisser les coûts de production. » Quoi qu’il en soit, la Belgique reste jusqu’à la Première Guerre mondiale l’un des producteurs de premier plan, avec des voitures de luxe enviées par nos concurrents. « De 1910 à 1927, la Minerva était considérée comme plus bien plus prestigieuse qu’une Rolls-Royce. C’était la limousine la plus vendue aux États-Unis dans la catégorie grand luxe ! À l’époque, une voiture d’entrée de gamme, comme une De Dion-Bouton, coûtait le prix d’une maison de classe moyenne. Et la Minerva… cinq fois plus ! »

Le premier véhicule ? Un jouet belge !

De fait, la Belgique vit une grande histoire d’amour avec l’automobile. Saviez-vous que le tout premier véhicule sans chevaux était belge ? Le missionnaire jésuite Ferdinand Verbiest était attaché à la cour de l’empereur de Chine au XVIIe siècle. Dans un grimoire local datant du XIIIe siècle, il découvrit un projet d’éolipyle propulsé par de la vapeur. Il en a conçu un jouet en modèle réduit pour le fils de l’empereur, au plus grand plaisir de ce dernier. Ce chariot transportait une chaudière à charbon dont la vapeur frappait une roue à aubes reliée par engrenages aux roues du chariot, le faisant avancer ! Plus tard, en 1832, en parallèle des diligences anglaises à vapeur, les frères Dietz, des Allemands installés à Bruxelles, créent un remorqueur à vapeur à trois roues, qui relia Bruxelles à Anvers, en tirant une ribambelle de remorques. Suivront toute une série de véhicules au look étrange et à l’efficacité toute relative. À l’inverse de la “Jamais Contente ”, véhicule électrique en forme de torpille, qui, le 29 avril 1899, est le tout premier à dépasser la barre mythique des 100 km/h (il atteint 105,98 km/h) ! La “Jamais Contente ” a été conçue par l’ingénieur belge Camille Jenatzy, qu’on surnommait… le “Diable rouge ”, ça ne s’invente pas ! C’est aussi en Belgique qu’on trouve la première voiture hybride. « En 1900, la marque Pieper lance sa Petroleo électrique. En fait, toutes les inventions mécaniques encore utilisées aujourd’hui ont été développées avant 1914. » Avant guerre, les marques fleurissent donc dans notre pays. Ce sont des usines ou des ateliers de chaudronnerie, des fabricants de tuyaux ou de cycles. Tous se passionnent pour l’automobile et y vont de leur propre modèle. Certains ne dépassent pas le stade du prototype. D’autres font de la production de masse. Comme la FN, la célèbre usine d’armement qui vendra bon nombre de voitures à côté de ses fusils et autres obus. La FN qui, avec sa 1300 S Sport jaune, remporte le Prix du Roi à Francorchamps en 1925. Car la Belgique est aussi devenue un champ de courses. Le meeting de Spa, en 1896, est considéré comme la première manifestation du sport automobile au monde. En 1898 a lieu la course Bruxelles-Spa qui aligne plus de 40 voitures, dont bon nombre de marques belges. En 1900, l’hippodrome de Wellington à Ostende accueille ses propres tours de roues sportifs, mais en 1902 surtout, avec le Circuit des Ardennes, toute première course en circuit routier fermé – avant, les courses avaient lieu de ville à ville – sur un itinéraire de 100 km accompli à six reprises, le baron Pierre de Crawhez invente le concept de la course de Formule 1 !

Les Allemands pillent nos usines

Ce formidable essor de la voiture belge pendant une quinzaine d’années connaît un brutal coup d’arrêt avec la Première Guerre mondiale. Certes, nous en sortons victorieux, mais en quittant notre pays en ruines en 1918, l’occupant allemand en profite pour démanteler la plupart de nos usines, dont l’outillage va servir en Allemagne. Elles mettront au moins un an ou deux à se reconstituer. Pour bon nombre, c’est déjà trop tard. Elles ont raté le train de la modernité. Beaucoup ne s’en relèveront pas. Ensuite, le protectionnisme généralisé mis en place dans les années 30 et si profitable aux grands marchés comme les États-Unis, sera fatal aux usines belges survivantes, privées d’exportation et asphyxiées par l’étroitesse de notre marché. Les marques déposent le bilan les unes après les autres. Dans les décennies suivantes, des tas de prototypes sont réalisés, et bon nombre de projets avortés. Minerva, avec son bouchon de radiateur en forme de buste de la déesse, fait un flop en 1934 avec son dernier modèle et fait faillite. Rachetée, la marque reprend la production de 4x4, sous licence Land Rover, pour l’armée belge. Le projet était de recréer au départ de la marque Imperia et avec Minerva une sorte de General Motors belge. Le projet avorte et la société retombe en faillite en 1958. En 2008, 50 ans après la production de la dernière Imperia, une nouvelle société implantée au Sart-Tilman a repris la marque et annonce la production d’une Imperia GP, premier roadster à moteur hybride, dont un modèle présérie est exposé dans l’espace Dream Cars du Salon de l’Auto de Bruxelles 2015. L’âge d’or de la voiture belge pourrait-il renaître ?

Lecture conseillée : “Le grand livre de l’automobile belge ”, par Y. et J. Kupélian et J. Sirtaine, éd. FSA, en vente à l’Autoworld.

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