185 ans de la Belgique: 7 mai 1945, la Famille royale est libérée

Prisonniers des Allemands, le roi Léopold III, la princesse Lilian et les enfants princiers sont libérés à Strobl, en Autriche, par les soldats de la VIIe armée du général Patch.

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La pression sur l’Allemagne est devenue insoutenable. Le 30 avril, le IIIe Reich est orphelin de son chef. Adolf Hitler n’a pas souhaité voir la fin de son rêve abominable et meurtrier. Il préfère se suicider avec sa toute fraîche épouse, Eva Braun, dans son bunker de commandement sous le Reichstag en ruine. Berlin, écrasée sous les bombes, n’est plus que ruines, désormais aux mains des Russes. Sept jours plus tard, le 7 mai 1945, au quartier général des forces alliées à Reims, le colonel général Alfred Jodl signe l’acte de reddition inconditionnelle de l’armée allemande. Mais, politique oblige, la capitulation de l’Allemagne n’est actée que le lendemain, 8 mai 1945, signée à Berlin par le maréchal Keitel, l’amiral von Friedeburg et le général Stumpff devant les représentants de toutes les forces alliées, russes compris. Le 7 mai est aussi marqué par la libération de la famille royale belge. Mais il s’en est fallu d’un cheveu…

Dans la forteresse humide d’Hirschstein

On s’en souvient, la Belgique aux mains de l’occupant nazi depuis mai 1940, le roi Léopold III avait fait le choix de rester en Belgique et de partager le sort de son peuple. Assigné à résidence au château de Laeken, il se considère comme prisonnier de l’Allemagne. Toutefois, en dépit des privations, l’existence de la famille royale est plutôt heureuse entre décembre 1941 et juin 1944. D’autant plus que la princesse Lilian de Rethy, la nouvelle épouse de Léopold III, ne ménage pas ses efforts pour se faire apprécier des trois enfants du Roi, la princesse Joséphine-Charlotte et les princes Baudouin et Albert, orphelins de leur mère, la reine Astrid, depuis l’été 1935. Mais le 6 juin 1944, la tranquillité de la famille royale est perturbée. En ce jour, le petit prince Albert aurait dû souffler ses dix bougies. Mais au petit matin, le Roi apprend que les Alliés ont débarqué en Normandie. Aussitôt Heinrich Himmler, l’âme damnée de Hitler ordonne la déportation du Roi en Allemagne. Celle de la princesse et des enfants, en villégiature à Ciergnon, est décrétée peu après sur décision du Fürher lui-même, la reine-mère Élisabeth étant, elle, libre de rester ou de s’en aller. Le 9 juin, vers 19 heures, le capitaine SS Bunting embarque de force la famille, y compris le petit prince Alexandre qui n’a pas encore deux ans, dans trois voitures de la Cour en direction de la forteresse de Hirschtein, non loin de Dresde, où se trouve déjà le Roi. C’est un château assez délabré, particulièrement humide, entouré de barbelés et placé sous la garde de 70 SS à la mine patibulaire. Certes, la famille royale est mieux traitée que les prisonniers du camp de concentration voisin du château, mais l’isolement de la famille royale est presque total. Ce qui ne l’empêche pas d’apprendre la libération de la Belgique grâce à un petit poste de radio que la princesse Lilian avait caché dans ses bagages.

L’évasion de Strobl et des petites pilules bleues

Neuf mois plus tard, le 7 mars 1945, devant la progression des forces armées alliées, décision est prise de transférer le Roi et ses proches vers une destination secrète et inconnue. Ce qui inquiète le Roi, qui ne peut s’empêcher de penser au massacre de la famille impériale russe en 1918. Ils arrivent à Strobl en Autriche, en passant par Munich et Salzbourg. Le Roi et la princesse sont de plus en plus inquiets au fur et à mesure que les Alliés progressent en Allemagne. Ils ne sont pas surveillés par la Wehrmacht mais bien par des SS et ne peuvent donc exclure la possibilité que les Nazis les exécutent, enfants compris, avant de se rendre aux Alliés. Ce qui incite le vicomte Gatien du Parc Locmaria, fidèle collaborateur du Roi, à prendre tous les risques, alors que la VIIe armée américaine du général Alexander Patch est aux portes de la ville. « Dans la nuit du 6 au 7 mai, échappant à la vigilance des gardiens, il franchit une clôture de fils de fer barbelés, puis un champ de mines. La première patrouille américaine qu’il rencontra le conduisit à un poste de commandement dont les officiers ne perdirent pas une minute : ils lancèrent aussitôt leurs blindés vers le chalet où était détenue la famille royale. Surprise par l’irruption des troupes du général Patch, la compagnie SS n’opposa aucune résistance et pris la fuite. » (in “Baudouin ”, biographie par Stéphane de Lobkowicz, 1994). Les Allemands avaient-ils prévu de supprimer la famille royale ? La princesse Lilian confiera plus tard au journaliste français Marcel Jullian ce que lui a dit un médecin allemand pendant leur détention : « Comme vous avez souffert de la faim comme nous tous, nous vous donnons ces gélules bleues. Ce sont des vitamines, donnez-les aux enfants, prenez-en vous-même, ça vous fera du bien ». Lilian Baels poursuit : « Nous ne les avons pas prises, et quand, quelques heures après, les Américains sont arrivés, j’ai demandé un médecin américain; je lui ai donné les gélules. C’était du cyanure. J’en ai gardé un échantillon, tout desséché. » (in “Un couple dans la tempête. Le destin malheureux de Léopold III de Belgique et de la princesse Lilian ”, par Claude Désiré & Marcel Jullian, Albin Michel, 2004). Quoi qu’il en soit, c’est la fin de la captivité pour la famille royale, mais pas de son exil. Un retour en Belgique dans l’immédiat est jugé impossible. En effet, entre le Roi prisonnier et son gouvernement en exil, la fâcherie est énorme. Elle s’est même transformée en fossé lorsque le testament politique de Léopold III est rendu public. Le général Patch invite donc la famille royale à séjourner dans une villa de Sankt-Wolfgang, où une rencontre est organisée entre le Roi, le Régent et une délégation du gouvernement d’Achille Van Acker. L’impasse débouche sur un exil royal à Prégny en Suisse dans la confortable villa Le Reposoir. Et le début de la tragique Question Royale qui allait diviser la Belgique. Mais ça, c’est une autre histoire…

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