Charleroi: le centre-ville sans chauffage urbain

C’est une tuile pour les propriétaires et usagers des bâtiments de l’intra-ring carolo qu’alimente le chauffage urbain : gestionnaire du réseau, la SA Socageth vient de les informer de son intention de stopper l’approvisionnement en chaleur au plus tard le 31 décembre, dans un peu plus de deux mois. Conséquence ? Faute de trouver des alternatives efficaces, ces biens seront plongés dans le froid, parfois sans eau chaude. Et l’hiver ne fait que commencer. Cela concerne des propriétés communales comme le complexe de Charleroi expo et l’arsenal des pompiers de la rue de l’Ancre, mais aussi d’autres bâtiments comme l’ancien hôtel de police où la Région wallonne doit établir le siège de sa nouvelle agence de la Santé, de la Protection sociale, du Handicap et de la Famille, et enfin plusieurs résidences privées des boulevards Janson et Audent. Aujourd’hui, les rendements du chauffage urbain créé en 1957 sont en dessous de tout. L’efficacité opérationnelle aussi, en raison de pannes à répétition. Plusieurs clients ont renoncé à poursuivre : le PBA et le palais de justice sont sortis, comme les athénées Vauban et Solvay. Dans un courrier adressé cette semaine, la Socageth rappelle ses nombreuses interventions pour maintenir en état un réseau vétuste. « Malgré tous nos efforts, il a continué à se détériorer. En parallèle, les chaudières sont soumises à des contrôles légaux, effectués par des organismes agréés. En fonction des résultats de ces contrôles, il se pourrait que nous soyons obligés de mettre à l’arrêt nos installations en tout ou en partie, ce qui affecterait directement la fourniture. » Le gestionnaire perd trop d’argent. Il n’a plus les moyens de poursuivre l’entretien et d’assurer les mises en conformité : il sera mis fin aux prestations et livraisons pour la fin de l’année. A terme, l’installation était déjà condamnée à disparaître. Dans le cadre de la programmation 2014-2020 des fonds structurels européens, la Ville avait en effet pris l’option d’installer une nouvelle chaufferie autonome, ce que déplorent les Ecolos du conseil communal. Pour leur mandataire Xavier Desgain, « la majorité PS-MR-CDH est passée à côté d’une belle opportunité de réduire les émissions de CO2, car il y a des ressources naturelles et des énergies renouvelables à exploiter ! » Comme l’observe l’échevin CDH des Bâtiments Eric Goffart, « cette rupture unilatérale de contrat ne touche pas que la Ville. Pour ce qui relève de nos compétences, nous avons demandé une analyse juridique de la convention avec la Socageth. En fonction du rapport qui nous sera remis, nous prendrons les mesures techniques et pratiques qui s’imposent pour protéger nos biens. » L’administrateur délégué de Charleroi expo Patrick Vilain se dit inquiet de la situation : « La Ville sera placée face à ses responsabilités et devoirs de propriétaire », prévient-il. Quelle attitude prendront les autres propriétaires ? Avec quelles solutions de remplacement en vue, compte tenu des délais très courts de réaction ? Le compte à rebours est lancé.