Pourquoi les collaborations «nouvelle économie» ne fonctionnent pas: les contrats circulaires.

100 % des projets que j’ai eu le plaisir de voir démarrer ont buggé sur 1 aspect : la collaboration. Alors que chacun, motivé d’une énergie de contribution au bien commun, à la recherche de sens, ouvert d’esprit et de cœur, y a mis beaucoup de temps et de ressources, le moment de « fatigue » arrive tôt ou tard. C’est un réel problème car tout doit être réinventé, avec l’énergie et les ressources de chacun. Mais si nous ne sommes pas capables de calibrer et de viabiliser un simple projet, comment pouvoir espérer un jour de réinventer le reste de l’économie ?

Mais alors, pourquoi ça bugge ?

En voici, à notre avis, quelques raisons majeures :

– La différence de culture, de priorités et d’intentions ou d’intérêts de chacun

– La peur de perdre l’acquis

– Le manque de confiance en soi, en l’autre, en les événements de la vie

– La complexité et le risque

– La peur de l’inconnu

– L’éducation à la compétition plutôt qu’à la collaboration

– Le manque de connaissance de soi et donc la difficulté de se complémentariser

– La gestion du temps et des priorités inefficace

– Les non-dits et le manque de communication efficace

– La difficulté de mesurer les échanges de ressources de type différents (connaissances, efforts entrepreneuriaux, bâtiments, argent, réseaux…)

– …

La nécessité d’un modèle de contrats de collaboration d’un type nouveau s’impose de façon criante. Non pas pour se couvrir, mais pour clarifier la collaboration et l’intention.

Voici le processus proposé, développé par UHDR et partenaires lors de forums confidentiels et expériences de terrain d’acteurs de changement (les intéressés se reconnaîtront – et qu’ils en soient remerciés).

Le proverbe Zulu « la collaboration est un attelage où Dieu et le diable tirent toujours de façon inégale » nous invite à essayer de comprendre ce qui fait avancer et ce qui freine. La nouvelle économie est en effet basée sur le partage de ressources, que nous le voulions ou non. Pour réussir un grand projet qui contribue à un avenir durable, tout en offrant un job – une place – à ses acteurs, est un attelage de connaissances, de réseaux, d’énergie entrepreneuriale, d’outils et processus, de finances, de matières premières, le tout bien calibré sur une quête commune, noble. Mais comment rémunérer, récompenser chaque partie prenante, comment gérer la propriété, comment gérer les mises à jour du projet, et les égos… ?

Voici ce que nos équipes ont créé : le CONTRAT CIRCULAIRE. Il répond à de nombreux enjeux sur lesquels tous les projets butent. Mais… cela demande de voir les choses un peu différemment :

1.  Tout d’abord, se mettre d’accord sur pourquoi faire un contrat, ensemble :

a. Clarifier le WHY, la raison d’être du projet, le cœur de l’initiative, à quoi on veut contribuer qui nous « dépasse »

b. Garder une trace écrite des consensus

c. Préparer la gouvernance du projet

d. Marquer l’engagement des parties prenantes

e. Calibrer l’échange de valeur et des ressources différentes nécessaires

f. Asseoir la crédibilité des acteurs (CV, compétences hard et soft)

g. Ouvrir un espace de croissance et d’épanouissement pour chacun, avec ses ressources et excellences particulières

h. La vision, la mission du projet – à quelles fonctions vitales de la société il va contribuer

i. Les valeurs humaines qui feront qu’en cas de conflit le projet ne sera pas mis en danger

2.  Étape A – la phase test  : le court terme ; premiers rendez-vous, réflexions, réunions… dans la mesure des possibilités de chacun.

a. Art 1 : Le nom des parties. Il s’agit ici en général de 2, 3 parties ou même beaucoup plus.

b. Art 2 : L’intention de l’alliance ainsi que la contribution attendue pour le projet ainsi que pour chaque partie prenante. Le WHY.

c. Art 3 : L’historique de l’accord et les éléments d’environnement et de contexte général et particulier.

d. Art 4 : Les ressources et excellences apportées de chacun.

e. Art 5 : Les valeurs fondatrices non négociables du projet

3. Étape B – la phase de validation  : le moyen terme ;

a. Art 6 : Le fameux « what’s in for me ? » de chacun

b. Art 7 : Les aspects sur lesquels chacun a besoin d’être rassuré

c. Art 8 : L’ébauche de la vision du projet futur et des partages de risque et de propriété

d. Art 9 : Les rôles et responsabilités de chacun

4.  Étape C – la phase de valorisation  : le long terme ;

a. Art 10 : Échange de ressources : (connaissances, bâtiments, réseaux, communication, argent, équipes, etc.) et les besoins rencontrés des parties prenantes, chiffrées et qualifiées. Comment chaque partie prenante est récompensée de son apport de ressources – quelle qu’elle soit, et de quelle façon que ce soit, et sous quelle forme juridique. C’est ici que la, créativité peut aller son cours : échange en nature, en monnaie alternative, en temps, en mentoring, en connaissance, en accès à…

b. Art 11 : La méthode et régularité de monitoring, de contrôle, de management, et de mesure de succès.

c. Art 12 : Le schéma explicatif systémique, ou comment l’ensemble vaudra plus que la somme des parties,.

d. Art 13 : La gestion et la répartition du risque.

e. Art 14 : La durée du contrat et les conditions de rupture. Les plans en cas de dissidence ou de manquement d’un des contractants.

f. Art 15 : Date et signatures.

5.  Le point de rafraîchissement  : en principe, il se trouve après avoir bouclé une phase de fonctionnement, mais il peut arriver sans préavis. Cette nécessité « d’update » arrivera de toute façon, qu’on le veuille ou non. Un changement de cap, de modèle, de public cible, de ressource. Si chacun reste dans sa volonté de contribuer et d’avancer, toujours ce sera pour un mieux, même en cas d’effondrement. Les modes managériaux de type démocratie profonde, holacratie ou sociocratie sont vivement conseillés. À partir de là, une deuxième boucle peut commencer…

En résumé, le contrat, au lieu d’être un mal nécessaire, devient un outil structurant au service de la contribution et valeur ajoutée recherchée pour chacun, à savoir la création d’une économie collaborative qui prospère à l’image de la nature, dans la coopération, l’équilibre et la durabilité. Dans un échange qui « respire » vers l’écosystème, sachant qu’à chaque instant il faut pouvoir s’adapter. Un outil de clarification et de communication.

Ce type de contrat est non plus basé sur un paradigme de protection de ses avoirs, mais sur un paradigme d’ouverture d’espace de qualité pour que chacun puisse s’y épanouir avec ses excellences uniques, au service du progrès global. Il contient – dans son essence – la notion de progression, d’apprentissage humble et de responsabilisation autonome de chacun.

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