Les venins d’un labo frasnois intéressent les Chinois

Après les pandas géants, c’est un serpent chinois qui, dans un proche avenir, pourrait renforcer les échanges économico-scientifiques entre la Région wallonne et l’Empire du Milieu. Le mérite en revient à un jeune biologiste, mordu des reptiles depuis sa plus tendre enfance.

Perdu dans la campagne frasnoise, à Montreuil-au-Bois, le laboratoire Alphabiotoxine que dirige Rudy Fourmy depuis 2009, est devenu le premier producteur mondial de venin avec un catalogue de plus de 300 références, toutes destinées à la recherche biomédicale.

Parmi sa clientèle figurent de nombreux laboratoires pharmaceutiques aux quatre coins du globe.

Dans la grange attenante à sa fermette, les vaches et les cochons ont cédé la place à des animaux exotiques. Ici vivent scorpions, araignées, serpents, abeilles, spécimens marins et autres bestioles potentiellement mortelles pour l’homme.

Autant d’espèces élevées en vue de l’extraction de leur venin dont certaines molécules sont déjà utilisées à des fins thérapeutiques (dépistage de tumeurs, etc.).

En plus d’aider la recherche à mettre au point de nouveaux traitements curatifs à partir de ces différents venins, Rudy Fourmy et son équipe s’investissent dans la préservation d’espèces en voie d’extinction. Le labo frasnois en héberge quelques-unes dont un exemplaire du rarissime Zhaoermia.

C’est pour découvrir cette superbe vipère de Chine et le savoir-faire de ceux qui la détiennent que le ministre wallon de l’Economie, Jean-Claude Marcourt, s’est rendu dans le fief du député-bourgmestre Jean-Luc Crucke.

« Ce magnifique serpent dont la carapace verte lui permet de se confondre avec la végétation n’a été découvert qu’en 1989 et figure sur la liste rouge des espèces menacées d’extinction. A peine 450 individus subsisteraient sur un massif montagneux situé au sud de la Chine », indique Rudy Fourmy.

Ce dernier est en pourparlers avec les responsables d’un vivarium suisse participant au programme de sauvegarde de cette vipère. Ces derniers attendent avec impatience l’arrivée du Zhaoermia frasnois car les dix spécimens qu’ils possèdent sont consanguins et ne peuvent donc être réintroduits dans leur milieu naturel.

Avec l’appui du gouvernement fédéral, Rudy Fourmy a désormais bon espoir d’acheminer par avion le précieux serpent jusqu’à Lausanne, un jeune mâle désireux de fonder une famille.

La venue à Frasnes de Sheng Long – conseiller pour la science et la technologie de l’ambassade de Chine – lui ouvre aussi d’heureuses perspectives.

Son interlocuteur asiatique a émis le vœu de collaborer à l’avenir avec le laboratoire en faveur de la protection de la diversité animale et du prélèvement de venins destinés à la production de médicaments sur le marché chinois.