Le président polonais sert un vin à 12 euros au couple royal

Un vin doit-il être cher pour être bon ?Probablement pas, mais de là à servir un vin à 12 euros au couple royal, qu’en penser ?

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Lors d’un banquet, le président polonais Andrzej Duda a servi à Philippe et Mathilde une bouteille de Tauzinat-l’Hermitage de 2011. Un Saint-Émilion grand cru d’une valeur de 12 euros. Pas une piquette donc, mais un vin que certains ont trouvé plutôt bon marché pour être servi à un roi et à une reine. Toutefois les têtes couronnées ne boivent plus du Mouton Rothschild lors de leurs réceptions : quand Philippe et Mathilde avaient dîné avec Willem-Alexander et Maxima des Pays-Bas, en 2013, ils avaient dégusté un Montagny 1er cru La Grande Roche qui avait coûté 20 euros. Le protocole ne précise pas quel vin doit être servi à un roi.

Eric Boschman, expert vin des Vins du Soir, estime que ce choix montre que la Pologne, comme une bonne partie de l’Europe, ne roule pas sur l’or en cette période. «  Je n'ai rien contre ce vin. Il est bon, sympa, facile à boire et d’un bon rapport plaisir/prix. Mais il manque quand même de faste, et on ne parle pas d’inviter un vieux pote à la maison, mais bien d’un dîner officiel avec le roi et la reine de Belgique. Mais les dîners officiels restent une épreuve difficile à négocier, d’une part parce que la majorité des convives n’est pas intéressée par le vin, et d’autre part parce que les organisateurs ne sont pas formés à la notion de plaisir. Mais bon, si on réfléchit un peu, et qu’on invite le roi et la reine d’un pays ami, on a quand même envie de marquer le coup, non ? ».

Pour Marc Roisin, responsable des Vins du Soir, ce Tauzimat-l’Hermitage est un choix correct qui peut s’apprécier : « Servir un vin plus cher et plus connu, c’est l’approche conservatrice : on est certain de faire plaisir, il n’y a pas de prise de risque. Par contre, dénicher un vin à prix abordable qui offre un joli moment de plaisir, c’est une démarche qui demande plus d’investissement et de recherche, ce qui peut être une jolie attention envers ses invités. Dans ce cas-là, il aurait fallu sortir de l’appellation Saint-Émilion, qui correspond vraiment au goût des Belges, mais habitue les grands de ce monde à plus de plaisir. Par contre, j’aime l’idée que l’on puisse se faire plaisir avec des vins accessibles et que l’on choisisse de servir les vins que les gens boivent plutôt que des objets de luxe et de spéculation réservés à une élite. »

Une bouteille de vin d’une valeur de 12 euros représente une dépense que le consommateur ne fera pas tous les jours. En général, un vin de cette catégorie est bu pour une occasion particulière, ou offert en cadeau. Marc Roisin donne son point de vue : « Pour moi, un budget de 12 à 15 euros représente la tranche de prix la plus intéressante pour une bouteille. C’est le budget auquel l’amateur averti est fier de découvrir un vin intéressant. Et pour le consommateur lambda, c’est faire le choix de pousser plus haut que le quotidien. C’est une catégorie de prix qui reste accessible et qui permet de répondre aux attentes de différents types de consommateurs. Je me fais d’ailleurs régulièrement plaisir avec des vins du Rhône, du Languedoc, de toute l’Europe ou du nouveau monde dans cette gamme de prix. Il y a également toute une nouvelle génération de vins bordelais à découvrir pour ce budget.   »

La Pologne n’a pas vraiment la culture du vin. Dans ce pays, on boit surtout de la bière et de la vodka, et le mot « vin », en polonais, désigne des boissons alcoolisées élaborées à partir de n’importe quel type de fruit. La consommation moyenne annuelle par habitant est de seulement 3 litres, ce qui semble bien peu par rapport aux 44 litres que boit en moyenne un Français chaque année. Mais les choses changent. Depuis 2008, le métier de vigneron est reconnu, et les petits producteurs peuvent enfin vendre leur production, tant en Pologne qu’à l’étranger. Les Polonais commencent aussi à découvrir le vin, mais le fruit de la vigne garde une image de produit raffiné, et coûte plutôt cher, car le marché dépend quasiment exclusivement de l’importation. C’est d’autant plus vrai pour les vins français, qui ne sont bus que lors de grandes occasions. On peut donc raisonnablement imaginer que le président Duda voulait honorer ses hôtes en leur servant un Saint-Émilion grand cru. Quant au vin polonais, Marc Roisin n’en a jamais bu. Mais il est content d’apprendre que les vignerons de Silésie et des Carpates se lancent sur le marché : « Les amateurs polonais que j’ai rencontrés s’intéressent vraiment au vin. Et l’arrivée de la vigne sur de nouvelles terres et toujours une bonne nouvelle pour la variété de l’offre. »

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