Trois artisans à l’honneur

Depuis 10 ans, la Vitrine de l’Artisan valorise le dynamisme et le savoir-faire d’artisans passionnés, dans des secteurs les plus divers.

Le Grand Prix de cette année revient à Guido Schumacher, facteur d’orgues à Eupen pour son travail minutieux et l’harmonie de compétences nécessaires à la fabrication ou la restauration d’orgues. Cette entreprise familiale (2e génération) emploie 14 personnes, en légère augmentation ces dernières années. Pas du tout inquiet quant à la disparition de son artisanat, Guido Schumacher explique que le transfert de connaissance se fait notamment envers des apprentis qui viennent des écoles professionnelles et techniques de la Province de Liège ou du Limbourg. La PME est actuellement occupée à restaurer le grand orgue de la cathédrale d’Anvers. « Certes, beaucoup d’églises ferment. Mais il y a parallèlement une prise de conscience de l’intérêt de préserver un patrimoine remarquable. En Flandre singulièrement, des budgets publics sont mis à disposition pour restaurer et entretenir des orgues », explique Guido Schumacher. Au niveau commercial, l’entreprise fonctionne essentiellement à travers des marchés publics. Une petite partie de son chiffre d’affaires provient aussi de contrats d’entretien, notamment chez quelques particuliers. Essentiellement active en Belgique, la PME envisage d’exporter son savoir-faire dans des contrées lointaines, pourquoi pas en Corée du Sud (où vit une importante minorité chrétienne) ou en Chine (dans des salles de concert). Il existe encore une trentaine de facteurs d’orgues en Belgique, la plupart étant des entreprises vieillissantes de maximum 3 personnes. Un mouvement de consolidation est inéluctable, profitant à des entrepreneurs comme Guido Schumacher qui ont su se moderniser tout en respectant des techniques parfois millénaires.

Viande maturée en ligne

Thierry Depuydt, artisan boucher affineur à Peruwelz, remporte le prix du public et le prix du web marketing pour son entreprise Côté à l’Os. Il illustre à merveille à quel point un métier aussi traditionnel que la boucherie peut tirer profit des nouvelles technologies. Depuis quelques semaines, http://www.cotealos.com/ vend en effet de la viande bœuf maturée sur internet, grâce à un système de conditionnement ingénieux permettant la livraison à domicile.

Le prix du jury revient à Aravinda Rodenburg, tailleur sur mesure à Gand, qui plaide pour que « chaque homme ait au moins une fois dans sa vie un costume sur mesure ».

Ces trois lauréats sont issus d’une sélection de 10 nominés (sur 200 candidatures), dont de petits films de présentation sont disponibles sur www.lavitrinedelartisan.com

Les prix ont été remis par le ministre des PME et classes moyennes Willy Borsus, qui s’est félicité qu’une définition légale de l’artisan entre enfin en vigueur le 1er janvier 2016. « C’est un premier pas important pour faire reconnaître l’artisan et lui donner davantage de visibilité. » Une commission de l’artisanat va être mise sur pied dans la foulée, constituée de représentants des classes moyennes et du SPF Économie. Elle délivrera un label à tout candidat artisan qui en fait la demande, sur démarche volontaire. « La commission tiendra compte de la nature de l’activité et de l’exercice de l’activité, mettant l’accent sur des critères d’authenticité et de proximité. » Sous-entendu, il ne suffira pas d’être enregistré comme boulanger à la Banque Carrefour des Entreprises pour obtenir ledit label. Un répertoire des artisans belges sera disponible en ligne. Cette reconnaissance légale de l’artisan pourrait être suivie d’un certain nombre de mesures pour favoriser des activités par essence non délocalisables. Il est encore trop tôt pour en parler, mais le ministre pose toutefois une question qui en dit long : « Le secteur de la construction bénéficie d’une TVA réduite à 12 %. Pourquoi un artisan qui restaure des meubles ne pourrait-il pas lui aussi bénéficier d’une TVA réduite ? »