Des écomatériaux porteurs d’économies

Dans les prochaines années, les écomatériaux façonnant nos maisons durables seront davantage produits en Wallonie. Meilleurs pour l’environnement et la santé, ils créeront aussi des emplois locaux. Huit écomatériaux tirent leur épingle du jeu. Et ce, tant en termes de haute performance énergétique que d’un potentiel élevé pour créer des filières de production en circuit court. Cette identification a été réalisée par des universités et des entreprises dans le cadre du projet EcoTransFaire (Interreg).

Le chanvre est mis doublement à l’honneur. D’abord sous forme de béton chaux – chanvre. Ce matériau se distingue par une faible énergie grise et un très haut pouvoir isolant grâce à la chènevotte (intérieur des tiges de chanvre). Ensuite, le mélange de laine de chanvre et de bois (panneaux, rouleaux, vrac) conduit à un coefficient thermique intéressant tout en étant sans danger pour la santé. Par ailleurs, l’utilisation du chanvre en construction permet la valorisation d’une filière agricole très peu exigeante en intrants.

Autre matériau au bilan carbone négatif : la paille. Elle est utilisée comme isolant dans des éléments constructifs en ossature de bois brut (voir ci-contre), une autre matière première naturelle et renouvelable. La ouate de cellulose est l’isolant thermique et acoustique le plus utilisé en écoconstruction. En vrac ou en panneaux semi-rigides, elle est une alternative saine aux fibres minérales. Issue du recyclage, son procédé de fabrication consomme en sus peu d’énergie. Ses hautes performances et sa capacité de déphasage thermiques en font un des meilleurs écomatériaux d’isolation en termes de qualité technique, d’écologie et de coût.

Quant aux fibres de coton issues de la récupération et du tri de textiles usagés, elles peuvent être recyclées en excellents isolants thermiques et acoustiques. Métisse (entreprise à finalité sociale du nord de la France) propose d’ores et déjà des panneaux d’isolants à base de fibres de jeans usés.

Du ciment écologique

Le recyclage est également affaire de béton. Celui dit « recyclé » est composé de gravillons triés, concassés et déferraillés provenant de bâtiments détruits. Les atouts majeurs de ce matériau ? Ralentir l’épuisement des ressources excavées des carrières pour fabriquer du béton standard. Et présenter de meilleures propriétés mécaniques que ce dernier. Et le ciment écologique existe. Sa teneur en carbone est bien plus faible que celle du ciment traditionnel. L’explication passe dans les deux ingrédients nécessaires à sa production : un mélange de métakoaline (soit un extrait d’argile kaolinique) et de carbonate de calcium. En outre, la recette requiert un four moins chaud. Moins énergivore, on peut espérer qu’il sera également moins onéreux.

«Nos fournisseurs sont wallons»

Ossature en bois massif, isolation en paille et enduit en terre, voilà les écomatériaux de base utilisés dans les maisons construites par la coopérative Paille-Tech (Floreffe). Elles s’inscrivent à la fois dans le circuit court et dans la recherche des mêmes hautes performances énergétiques que les maisons passives.

En six ans d’existence, 25 maisons ont été érigées à Bruxelles et en Wallonie. Les bâtiments durables (comptez 1500 euros/m2) trouvent peu à peu leur public. Désormais, la cadence de construction est d’un bâtiment par mois. Julien Lefrancq est administrateur au sein de la coopérative. «Nos maisons étant construites en matériaux locaux non transformés (donc non chauffés), leur énergie grise est très faible. Elles sont mêmes des puits de carbone. En effet, les matériaux végétaux consommant du CO2 durant toute leur vie, on considère que chaque bâtiment stocke environ 20 tonnes de carbone. Par ailleurs, les émissions de CO2 par les transports sont minimales car la majorité de nos fournisseurs sont wallons: nos 15 à 20.000 ballots de paille annuels viennent d’Hélécine, l’argile pour recouvrir les murs provient de la carrière de Saint-Aubin, et le bois pour le bardage est originaire d’Ardenne. On a étudié le cycle de vie des produits: lors de la démolition, 90% de nos matériaux sont compostables. Par ailleurs, ils ont un très haut niveau d’isolation rendant les maisons basse consommation.»

Attractive, l’ossature bois n’est toutefois pas la panacée. Elle présente une limite à la construction que ne rencontrent pas les blocs de béton: la hauteur. «Le plus haut bâtiment construit en ossature bois a été construit en France, et fait neuf étages. Notre plus grosse réalisation en comptait huit et faisait 5000 m2. On a une demande pour un immeuble de cinq étages à Bruxelles. Et puis, on est actuellement sur un projet de marché public pour construire un très gros complexe scolaire en France.»

Construire aussi loin de la zone de production wallonne ne va-t-il pas à l’encontre de la volonté de circuit court et de très basse émission de CO2 promue par Paille-Tech? «Pour construire une maison, les éléments de mur (un peu plus de 50 centimètres d’épaisseur dont 46 centimètres de paille isolante) et de toit sont fabriqués en 20 jours par trois artisans dans notre atelier à Floreffe. Ensuite, il ne faut que trois voyages en camion pour conduire tous les éléments sur site, où ils sont assemblés en à peine cinq jours… là où il faut six mois et autant de voyages aller/retour (émettant du CO2) des ouvriers pour une construction conventionnelle en béton.» Pour les curieux des techniques innovantes, l’atelier de production sera ouvert au public les 13 et 14 novembre 2015.