«Louvain-l’Esplanade a pris le dessus»

Le centre commercial de Louvain-la-Neuve, L’esplanade, est en voie d’extension. Le propriétaire français, Klépierre, déposera d’ici la fin de l’année une demande de permis d’urbanisme pour ajouter 18.200 m2 aux 29.000 m2 existants. Soit une cinquantaine d’enseignes. Les discussions vont bon train avec la Ville et l’UCL sur le sujet. L’heure est aux détails architecturaux. Les deux parties sont favorables à ce projet. L’ouverture est programmée en 2018.

Cette programmation aura-t-elle du plomb dans l’aile ? L’association des habitants de Louvain-la-Neuve et l’Assemblée générale des étudiants de Louvain ont lancé ce mardi un appel aux autorités académiques et politiques de l’entité. Elles souhaitent revoir complètement ce projet qui ne répondrait pas aux besoins actuels ni à la philosophie de Louvain-la-Neuve. Et elles demandent donc la suspension de la procédure, le temps d’élaborer un schéma de développement commercial. « Nous attendons des autorités qu’elles aient l’ambition de promouvoir à Louvain-la-Neuve une activité économique qui minimise l’empreinte écologique, protège la biodiversité et développe l’équité sociale, explique Hélène Jane Aluja, co-présidente de l’AGL. Cette extension va totalement à l’encontre de nos besoins et de nos valeurs. Elle dénature complètement le projet de ville. Pour avancer dans la bonne direction, il est donc nécessaire de suspendre le projet d’extension et de s’équiper de nouveaux outils. »

Ces deux associations ne partagent pas la voie qu’emprunte actuellement le développement néo-louvaniste. Un développement qui ne serait uniquement guidé que par des logiques financières et consuméristes. Elles souhaitent donc voir notamment réapparaître une économie circulaire et équitable, favorisant les circuits courts et les petits commerces. Des lieux et des valeurs qu’ils partagent et où ils peuvent se retrouver. « Et pourquoi ne pas exiger dans le permis d’urbanisme des charges qui entraînent l’aménagement d’un marché couvert, d’une halle ou encore de petits commerces locaux », espère Raphaëlle Buxant, de l’association des habitants.

La marge de manœuvre de ces associations est toutefois bien faible. Les discussions sont bien emmanchées entre la Ville et le promoteur. L’UCL a également déjà donné son feu vert. Louvain-la-Neuve est devenu le pôle commercial principal du Brabant wallon. Revenir en arrière est impossible. Et freiner le développement de L’esplanade entraînerait, selon le propriétaire, le risque de voir la concurrence prendre le dessus. La règle dans le milieu étant que seuls les plus grands survivent. Et que l’extension n’entraîne pas une augmentation des actes d’achat mais bien un déplacement commercial venant d’autres cités. « L’UCL et la Ville ont les leviers nécessaires pour agir et promouvoir une consommation responsable et un développement économique équitable et respectueux de l’environnement, estime Philippe Allard, président de l’Association des Habitants. Or, il semble que leurs actes sont en contradiction avec les valeurs qu’ils défendent en public. Louvain-l’-Esplanade a pris le dessus. La question des besoins des habitants est secondaire par rapport aux profits et aux bénéfices des privés. Ce n’est pas normal. Il faut réagir. Ou sinon nous allons vers un déséquilibre interne. »

Jean-Luc Roland : « Nous maintiendrons un équilibre »

Le bourgmestre Jean-Luc Roland (Ecolo) est habitué à recevoir des complaintes sur le sujet. C’était déjà le cas il y a près de quinze ans quand il a facilité l’érection de L’esplanade. C’est encore le cas. Sauf que le centre commercial est sorti de terre en 2005 et qu’une extension est la suite logique de l’aménagement de cet espace. « La fonction commerciale a toujours fait partie du projet fondateur de Louvain-la-Neuve, précise-t-il. Cela ne sert à rien de refaire l’histoire. Nous sommes toutefois à l’écoute des remarques de certains qui souhaitent favoriser les circuits courts et une autre manière de voir le commerce. Cela fait également partie de notre philosophie. »

Et de préciser que la Ville a décidé de réaliser un schéma de développement commercial qui épouse ces points de vue. Un outil qui permettra de déterminer les opportunités et les attentes des habitants. « Cela ne concernera pas l’offre commerciale de la galerie mais bien celle des alentours, poursuit Jean-Luc Roland. Car il est nécessaire d’avoir un certain équilibre. Le permis socio-économique n’est en tout cas en rien contraignant. »