Julian Assange au Soir: «Les journalistes sont traités comme des espions»

En dix ans, les lanceurs d’alerte ont gagné leurs titres de noblesse. Qu’ils se nomment Manning (Cablegate), Snowden (espionnage de masse de la NSA) ou Deltour (LuxLeaks), ils sont devenus des piliers de la résistance démocratique. Mais les lois les défendent insuffisamment, et les médias qui les relaient n’utilisent pas toujours les technologies nécessaires pour protéger leur anonymat. Toujours réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres, le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, sera ce lundi soir l’invité du Festival des Libertés pour débattre en duplex de « Transparence politique et protection de la vie privée ». Nous lui avons demandé quelles étaient les urgences dans la protection des lanceurs d’alerte.

En matière de protection des lanceurs d’alerte, où est l’urgence ? Doit-on améliorer d’abord les lois ou les technologies ?

Nous devrions faire les deux, car il est rare que la protection ne repose que sur l’un des deux registres. Et nous devrions améliorer les deux en même temps, car chaque domaine qui ne sera pas investi sera occupé par l’« autre camp ».

Outre un lobby en faveur des lois de protection aux lanceurs d’alerte, cela suppose donc, pour les rédactions de presse, une mise à niveau des technologies de confidentialité, et pour nos lecteurs – le grand public en général –, une meilleure éducation à la protection de ses communications. Quelles sont les expériences positives que vous avez tirées de ces dernières années ?

De toute évidence, lorsqu’on parle de protection des sources, les réalités matérielles et technologiques sont plus importantes que les lois. S’il existe une possibilité, pour les agences de renseignement ou les services d’enquête d’un État ou les officines transnationales privées, d’intercepter vos communications avec une source, ils le feront, que la loi les y autorise ou non. L’accroissement de la surveillance électronique rend la protection technique de plus en plus dure. Ma recommandation, pour les gens qui n’ont pas dix années d’expérience en cryptographie, est qu’ils reviennent à des méthodes anciennes : par exemple, utiliser la poste traditionnelle. Par exemple rencontrer les sources lors de conférences. Ce sont de vieilles techniques qui appartiennent au renseignement, mais les journalistes sont traités par les services de renseignement comme des espions.

► A lire, l’intégralité de notre entretien avec Julian Assange