Cinq PME wallonnes qui peuvent changer le quotidien

I l suffisait d’y penser. » C’est ce qu’ont dû se dire pas mal de visiteurs à la 4e édition du Salon des innovations wallonnes organisé par Innovatech ce 20 octobre. Si ce n’est que, de la bonne idée à la réussite commerciale, il y a bien plus qu’un pas. Il y a une aventure entrepreneuriale qui peut prendre des années, sans garantie de réussite. Parmi la cinquantaine de projets innovants présentés cette année à Gembloux, la plupart ne sont encore qu’au début de ce long chemin, entre prototypage et premiers clients. En toute subjectivité, nous en avons choisi cinq qui ont comme point commun de cibler un public très large, avec déjà les prémices d’une internationalisation.

Le plus médiatique : Slide N’ Joy

Où : Charleroi

Quoi : un accessoire mobile pour tripler votre écran d’ordinateur

Signe distinctif : a levé 600.000 euros en un mois sur KickStarter. Toute l’ingéniosité de cette start-up née au Switch Coworking de Charleroi tient en un dispositif de charnière, breveté, qui permet d’ajouter deux écrans haute définition (voire plus à l’avenir) à votre écran d’ordinateur, au moyen d’un système d’insertion aimanté. La connexion se fait au moyen d’un seul câble USB. L’application la plus souvent présentée est celle d’une configuration panoramique, permettant par exemple d’avoir son traitement de texte au milieu, son e-mail à gauche ou un site d’infos à droite. Mais le système léger, orientable à 180° degrés et personnalisable que développe Slide N’ Joy peut aussi être configuré en triangle, pour partager des infos en réunion autour d’une table. Les usages peuvent être multiples, autant pour les loisirs que le travail. Déjà repéré par pas mal de sites « geek » anglo-saxons, le concept carolo a gagné en notoriété en levant pas moins de 600.000 euros sur la plateforme de crowdfunding KickStarter, essentiellement auprès de fans américains. Les précommandes sur le site www.slidenjoy.com auraient déjà dépassé la barre de 1,2 million d’euros. Alors que la start-up va seulement démarrer la production des premières séries … Bien que la holding derrière Slide ‘N Joy soit basée à … Luxembourg, « l’assemblage se fera à Charleroi, » précise Laurent Wéry, le plus expérimenté des trois cofondateurs, actif sur d’autres projets liés au design. Prix de vente envisagé : autour de 400 euros. Le géant de la distribution allemand Media Markt aurait déjà été séduit. Le mois prochain, la start-up à mi-chemin entre l’informatique et le design, met le cap sur la Chine, avec une délégation ministérielle.

Le plus compétitif : Dio

Où : Wavre

Quoi : kits de domotique

Signe distinctif : abordable (autour de 200 euros)

Dio Connected Home est la nouvelle gamme de kits de gestion intelligente du chauffage, de l’éclairage et des volets roulants de la PME wavrienne Chacon, déjà connue depuis un certain nombre d’années pour ses équipements électriques. Les kits Dio permettent de contrôler par exemple la chaudière depuis un simple smartphone et, à en croire le concepteur, s’intègrent facilement à tout type d’infrastructure (pour autant que celle-ci date d’il y a moins de 30 ans). Un élément du kit se connecte à votre modem, pour commander, programmer ou créer des scénarios à distance. Déjà présente en France, Espagne et au Portugal, Chacon revendique déjà 1 million de foyers connectés avec ses différentes solutions domotiques. Avec ces kits vendus à un prix abordable avoisinant les 200 euros (pour le kit chauffage), la PME espère bien convertir à la domotique un public encore plus large, en laissant entrevoir de belles économies d’énergie. Les kits Dio sont conçus et développés en Belgique, mais assemblés en Chine. S’ils ne le sont déjà, ils seront très bientôt disponibles dans les principaux magasins de bricolage et électricité. Dio, c’est le pari d’une PME wallonne sur un marché hypercompétitif lorgné par des multinationales.

Le plus « rassurant » : Geolix

Où : Verviers

Quoi : service d’assistance géolocalisée

Signe distinctif : suivi en temps réel d’une personne via une interface web

Geolix est l’exemple même d’une technologie qui peut être rassurante, pour autant qu’elle tombe dans de bonnes mains. Lancée à Verviers par un informaticien et deux ingénieux civils, la start-up propose un service d’assistance par géolocalisation qui permet à des proches de pouvoir aider ou rassurer leurs parents âgés (ou leurs enfants) en cas de problème. La solution combine un petit boîtier électronique connecté d’environ 5 centimètres – doté d’un bouton SOS – et une interface web permettant à l’utilisateur de configurer une zone de sécurité et de créer des alarmes, en cas de comportement « anormal » de la personne télé-surveillée. Selon les cofondateurs, la discrétion de la petite balise (facilement dissimulable dans une poche) peut également rassurer une femme qui a déjà été victime d’une agression par exemple. Même si rappelons-le, le but est simplement de prévenir un proche en temps réel. Précisons que la balise inclut un micro qui permet d’entendre ce qui se passe en cas d’alerte.

Les systèmes de géolocalisation se sont multipliés ces derniers temps, incluant des applis de « pistage » pour smartphone. Geolix mise surtout sur l’intégration entre un boîtier simplissime et une interface web facile à paramétrer, à un prix débutant à 199 euros pour 6 mois d’abonnement (ensuite autour de 12 euros par mois), incluant une connexion en permanence via le réseau mobile de Base.

Le plus simple : Lebailly

Où : Hautrage

Quoi : pierrade de jardin en briques réfractaires

Signe distinctif : facile à monter et démonter

Lebailly, PME de la région montoise spécialisée dans les produits en brique réfractaire, terre crue et argile (depuis 1842), a eu une idée de diversification simple cet été : proposer une pierrade de jardin en briques réfractaires, alternative au traditionnel barbecue au charbon de bois. Lygo, c’est le nom du produit, se targue de quelques avantages : pas besoin de charbon de bois mais du bois mort suffit (car pas de contact direct entre le combustible et les aliments), pas de grille qui rouille, facile à monter (et à démonter) grâce à des briques à emboîter sans mortier, comme un Lego. Le nettoyage ne poserait aucun problème : il suffit de retourner la plaque de cuisson entre les flambées, qui se nettoie au contact de la flamme, par pyrolyse. Reste juste à s’habituer à ce mode de cuisson, qui saisit la viande sans la griller. L’ensemble est disponible au prix de 150 euros dans un certain nombre de commerces spécialisés.

Le plus gonflé : AL Concept

Où : Comines

Quoi : un soutien-gorge plus confortable

Signe distinctif : veut proposer l’alternative aux grandes marques.

Depuis les années trente, pratiquement rien n’a changé dans la fabrication des soutiens-gorge. Et toujours autant de femmes se plaignent d’une difficulté à combiner confort, maintien et esthétisme. Les armatures (métalliques) sont une source d’inconfort récurrente, pouvant même mener à des problèmes de peau. Anne Lelong, entrepreneure de Wallonie picarde, veut apporter du changement. Sa société AL concept a développé une armature design 3D en polymère, qui a fait l’objet d’un dépôt de brevet. Vu la difficulté à ouvrir des portes chez les grands de la lingerie, l’entrepreneure vient d’entamer des démarches pour réaliser ses propres modèles de soutien-gorge. Lauréate du prix Boost’Up de Creative Wallonia en 2012 et du prix « Femme entrepreneure » du GPWE en 2013, Anne Lelong, pour l’instant seule dans l’aventure, bénéficie du soutien d’un investisseur privé, ainsi que des structures publiques WAPInvest et Sowalfin (prêt à l’innovation Novallia).