Nostradamus, champion des confitures!

En 1555, Nostradamus publia un traité sur le sujet écrit à Salon de Craux, en Provence. Plus de quatre siècles se passèrent et, en 1981, un éditeur, Olivier Orban, eut la bonne idée de le rééditer en le dépoussiérant quelque peu au niveau de la langue ( “Des Confitures ”). D’entrée de jeu, Nostradamus s’en prenait à ceux qui gâchaient l’objet de sa gourmandise: « En voulant soulager ceux qui sont aux cités et qui pensent savoir beaucoup et qui bien souvent se trouvent trompés, s’il leur plaît aux heures perdues de bien vouloir un peu lire cet opuscule, ils trouveront des fabrications de confitures qu’ils ne se plaindront de l’avoir acheté. Ils seront plusieurs qui n’ont pas l’apothicaire, ni l’épicier prêts pour venir leur faire quelques confitures. Aussi, le plus souvent, on échoit entre les mains de quelque maître ou jeune serviteur qui pense savoir beaucoup, qui bien souvent ne sait rien, gâte la confiture, brûle le sucre ou le miel tant que l’on est contraint de tout jeter.»

Au fil de son ouvrage, Nostradamus délivrait ses trucs (comme on ne disait pas au XVIe siècle) et détaillait ses recettes. Il se montrait également soucieux de la bonne santé de ses lecteurs. Ainsi, Nostradamus indiquait-il en tête du chapitre XIX : «Pour confire des coings à quartier en un jour, qui se conserveront longuement, qui seront d’un merveilleux goût, qui pourront servir pour deux intentions c’est à savoir pour médecine confortative et restrictive, pour en manger à plaisir à toute heure.»

Dans le détail, cela donne ceci : «C’est une recette très facile et assez rapide, pour une fois vous pourrez la faire en l’espace d’une après-midi. Mettez 1 litre d’eau par kilo de coings, et faites-les bouillir ½ heure. Ajoutez alors 1,250 kg de sucre par kilo de fruits et faites cuire au “petit boulé ” (116-125ºC) en rajoutant de l’eau si la confiture vous semble trop pâteuse. Vers la fin, donnez quelques bouillons plus forts pour avoir une confiture au “grand boulé ” (126-135ºC) : la goutte que vous déposerez alors sur une assiette devra être plus ronde et plus grosse qu’au stade du “petit boulé ”. Il est préférable de mettre un peu plus de sucre qu’à l’ordinaire et de prolonger la cuisson de ¼ heure, pour éviter que la confiture ne se décuise trois ou quatre jours plus tard.»

Nostradamus passe de la cerise ou citron, de la poire ou gingembre, de l’orange à la noix. En prévenant : « Il y a beaucoup de choses qui sont chères, difficiles à faire. Mais si tu veux dans ton cerveau calculer, tu ne trouveras que des choses qui sont par trop faciles. Mais qui voudrait user de trop sévère avarice pourrait bien être frustré de son intention.» La crise, Nostradamus ne connaissait pas…

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