Vatileaks: l’argent destiné aux pauvres finance les dépenses excessives des cardinaux

Deux livres évoquent des «trous» de 700.000 euros au supermarché du Vatican et de 300.000 euros à la pharmacie vaticane.

Journaliste au service Web Temps de lecture: 4 min

Deux livres à paraître ce jeudi révèlent des frasques financières derrière les murs épais du Vatican, où, selon leurs auteurs, une partie par exemple de dons faits aux pauvres finance en réalité les dépenses excessives de certains cardinaux.

Ces révélations interviennent après l’arrestation ce week-end d’un prélat espagnol, Mgr Lucio Angel Vallejo Balda, et d’une laïque italienne, Francesca Chaouqui, accusés d’avoir divulgué des documents économiques du petit Etat. Mme Chaouqui a été remise en liberté, mais a à nouveau été interrogée mardi.

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Les livres « Avarice » d’Emiliano Fittipaldi, de l’hebdomadaire L’Espresso de gauche, et « Via crucis » de Gianluigi Nuzzi, du groupe télévisé Mediaset, seront en librairie ce jeudi 5 novembre.

Ils rapportent que les dons reçus par le Saint-Siège à l’intention des plus pauvres ne sont pas tous destinés à des oeuvres de bienfaisance. Ces ouvrages contiennent aussi des photocopies de documents réservés qui mettent en évidence « le manque de transparence, de clarté et de propreté » dans l’Eglise.

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« Des frais hors de contrôle »

Gianluigi Nuzzi doit présenter son livre « Via crucis » ce mercredi matin. Le journaliste italien qui fut aussi impliqué lors de la précédente fuite de documents à la fin du pontificat de Benoît XVI, fait état «  de pertes dues à des différences d’inventaire », avec des « trous » de 700.000 euros au supermarché du Vatican et de 300.000 euros à la pharmacie vaticane.

«  Au cœur même de l’Eglise, il existe un trou noir que François découvre au prix de nombreuses difficultés : une mauvaise gestion qui finit par se transformer en escroquerie et en machination. Grâce à l’unité opérationnelle qu’il a imposée avec une énergie sans précédent, il parvient à acquérir la certitude que les fonds destinés aux indigents servent à couvrir les frais de la curie. Un véritable scandale. L’argent que des catholiques du monde entier envoient au Vatican pour contribuer à des œuvres de charité, loin d’être versé aux pauvres, est utilisé pour combler les déficits financiers dus à certains cardinaux et aux hommes qui contrôlent l’appareil bureaucratique du Saint-Siège. Or, Jorge Bergoglio a choisi le prénom François parce que la mission de son Eglise était censée correspondre exactement à celle de saint François d’Assise : aider les pauvres », écrit notamment Gianluigi Nuzzi dans son livre.

Toujours selon ce journaliste, le pape aurait présidé une réunion à huis clos en 2013, déplorant que « les frais soient hors de contrôle », relevant une augmentation de 30 % du nombre des employés en cinq ans.

« Le nombre ses salariés du Vatican a augmenté de 30 % en 5 ans, c’est beaucoup trop ». Ou encore : « Il ne faut en aucun cas payer des factures qui ne correspondent pas à un devis ». Et enfin : «  Si nous ne savons pas nous occuper de l’argent, qu’on voit, comment pourrons-nous nous occuper des âmes des fidèles, que nous ne voyons pas ? »

Sans mentionner Mgr Vallejo Balda et Mme Chaouqui, Gianluigi Nuzzi affirme que « ses sources » ont souhaité « aider le pape », en publiant des documents auxquels ils avaient pleinement droit d’accès dans la Commission d’experts économiques où ils travaillaient.

400 millions d’euros détournés

Dans « Avarice », Emiliano Fittipaldi écrit que 400 millions d’euros auraient été ainsi détournés de la caisse du « Denier de Saint-Pierre » pour les besoins de la Curie.

L’auteur prend en exemple quelque 200.000 euros détournés d’une fondation dépendant de l’hôpital catholique Bambino Gesu (l’enfant Jésus) pour financer la rénovation de l’appartement du cardinal Tarcisio Bertone, ex-numéro deux du Vatican. Ce luxueux appartement de 700 m2 est nettement plus modeste que celui qu’occupe le pape François à la résidence Sainte-Marthe.

Le journaliste italien affirme aussi que ce même cardinal a utilisé un hélicoptère pour se rendre en Basilicate (sud de l’Italie) dans le cadre d’une opération de « marketing » pour le compte de cette fondation. Coût de ce vol, selon Emiliano Fittipaldi : 23.800 euros.

Cela «  n’est absolument pas une façon d’aider la mission du pape », avertissait lundi le Vatican dans un communiqué, en parlant de « grave trahison de sa confiance ».

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