Succession de Mgr Léonard : ils ont aimé Danneels, ils adoreront De Kesel

Jozef De Kesel est considéré comme le prolongement naturel et une sorte de « fils spirituel » de l’ex-archevêque de Malines-Bruxelles. C’est un secret de polichinelle : la désignation de l’évêque de Bruges comme nouvel archevêque belge, réalisera avec cinq ans de retard, le vœu de Godfried Danneels. Benoît XVI avait bousculé les cartes en désignant à l’époque à sa place, son fidèle et son disciple, Mgr Leonard, ouvrant non une ère, comme beaucoup le redoutaient, mais une parenthèse. Pour l’Eglise catholique belge, l’arrivée de Joseph De Kesel a ainsi les allures de l’élection du pape François à Rome, mettant fin à une chape de plomb de plusieurs années.

Discret, prudent, intellectuel et raffiné, le nouvel archevêque ne serait pas du genre à révolutionner son Eglise brutalement. La séparation de l’Eglise et de l’Etat, cardinale en Belgique, ne devrait par ailleurs pas être défiée par cet homme raisonnable. Même s’il y a à parier qu’à la manière de Danneels, Jozef De Kesel pourrait exercer une influence plus grande, même hors de l’Eglise, que ne l’a jamais été celle de son prédécesseur, in fine plus spectaculaire qu’impactant.

Mais les chrétiens progressistes attendent visiblement plus de leur nouveau « guide » qu’une pacification. En dépit du fait que les paroisses se sont vidées et que la parole publique de l’Eglise belge n’était plus rassembleuse ces derniers temps, certains sont convaincus que leur cause (et leur foi) n’est pas perdue, au vu du succès populaire d’un pape qui réussit à véhiculer une image positive et séductrice, au-delà des seuls rangs catholiques.

Moderniser l’institution, incarner l’empathie, le partage et l’indignation sur la scène publique, être un relais fort et un recours actif pour tous ceux qui se sentent exclus par les discours strictement comptables et les politiques de responsabilisation : le pape François a prouvé qu’avec un tel « positionnement », il y avait de quoi redorer une image et peut-être même regagner une « part de marché ».

Jozef De Kesel osera-t-il en plus s’emparer du pouvoir donné par le récent synode, aux Eglises locales ? Le nouvel archevêque, considéré comme moins progressiste que son « challenger », l’évêque d’Anvers Johan Bonny, mettra-t-il son Eglise davantage en phase avec la société, en « osant » faire bouger les lignes belges de sa religion sur le divorce, l’homosexualité, la famille ? Et s’il le tente, n’est-ce pas trop tard pour récupérer une « famille » catholique plus explosée que jamais ?