Un couple espère être exproprié

Traditionnellement, ce sont les personnes forcées par les pouvoirs publics de quitter leur maison qui font entendre leur voix. Mais ici, à Tilff, c’est l’inverse. Anne-Marie Deflandre et Albert Spruyt, un couple de sexagénaires, viennent en effet d’écrire au ministre wallon des Travaux Publics, Maxime Prévot (cdH)… pour être expropriés. Leur maison se situe en effet à l’entrée de la rue d’Angleur, face à la route qui monte vers le Sart-Tilman.

Une demeure coquette sur un étage, aménagée avec soin depuis 1978, date de leur installation, composée de quatre chambres et comprenant caves et garages, auxquels ils accèdent par une servitude communale.

Ce n’est donc pas dans l’espoir de s’offrir une maison plus confortable sur le dos du contribuable qu’ils demandent eux-mêmes à être expulsés. « Ce qui nous embête surtout, c’est le chantier du futur rond-point », explique Mme Deflandre. D’autant qu’ils ne vont pas faire les aménagements extérieurs, parce qu’ils n’ont plus d’argent. En plus, le futur pont va atterrir dans le rond-point juste à côté de chez nous, complète M. Spruyt. Avec une descente qui frôlera les 10 %, on craint des accidents avec des camions, comme il y en a déjà eu à Spa notamment. »

Le couple tilffois s’inquiète également pour l’accès à son garage, situé en contrebas de la maison. Sur les premiers plans qui leur ont été transmis, la servitude semble en effet avoir disparu. Tout comme la rocaille aménagée par Madame sur le bout de terrain communal qui jouxte leur habitation.

« Que ce soit clair : je ne m’oppose pas au pont, précise Anne-Marie Deflandre. Mais, ou on ne m’ennuie pas et je reste chez moi, ou on m’embête à cause du chantier, mais alors on m’exproprie… »

Annoncé depuis 2003

D’autant que le couple s’était déjà fait à cette idée depuis… 2003, quand on leur avait annoncé qu’ils allaient être expulsés de leur logement à cause de ce fameux pont de Tilff.

« À l’époque, on nous avait dit que tout le bloc de maison allait être exproprié. Mais depuis lors, le projet a changé plusieurs fois. Et maintenant, on ne parle plus que de trois maisons, et la nôtre n’est plus comprise dans le périmètre. C’est vrai que c’est rare de demander à être exproprié, mais nous avons déjà un certain âge, et on s’était déjà fait à l’idée qu’on partirait. On comptait profiter de l’argent de notre maison pour s’acheter un petit appartement. Maintenant, si on nous certifie par écrit qu’on ne touchera à rien, qu’on pourra toujours dormir tranquillement et qu’on ne nous laissera pas des bricaillons devant chez nous pendant des années, on préfère quand même rester. Mais on ne veut pas avoir à se ronger les sangs tout le reste de notre vie. »