Nous sommes tous des Parisiens

Les questions se bousculent dans les esprits, sans réponse, après les attaques de Paris. L’édito de Maroun Labaki.

Chef du service Monde Temps de lecture: 3 min

Comme si le sol se dérobait sous nos pieds… François Hollande, immensément ému, parlant à son pays et au monde, peu avant minuit, pour annoncer l’instauration de l’état d’urgence et la fermeture des frontières de la France ! Sommes-nous donc si vulnérables ? Qu’est-ce qui est vraiment acquis, pour nous et pour nos enfants ?

Vendredi soir, Paris semblait encore être à feu et à sang. Que s’y passait-il exactement ? Qui avait commandité ce cauchemar ? Les questions se bousculaient dans les esprits, sans réponse. Daesh ?

Jeudi, c’est Beyrouth qui avait vécu l’horreur. Mais si le Liban n’est qu’un confetti délavé prêt à s’embraser, le feu, à l’évidence, menace ailleurs, et à grande échelle. En quelques jours, Daesh avait frappé à deux reprises hors de son champ de bataille habituel. Le groupe « Etat islamique » avait détruit un avion russe au-dessus du Sinaï, tuant ses 224 passagers et membres d’équipage. Puis il avait semé l’effroi dans le sud chiite de la capitale libanaise, avec 44 morts.

La Russie est récemment entrée en guerre aux côtés de Bachar el-Assad. Le Hezbollah, la puissante milice chiite libanaise, prêtait main-forte au régime de Damas depuis 2013.

Coupons l’herbe sous le pied de ceux qui ont perdu la raison ; les populations n’ont perdu que l’espoir

A qui le tour ? Les Iraniens, autres défenseurs offensifs du régime alaouite-chiite syrien, étaient, sur le papier, en première ligne. Les Américains et leurs alliés des bombardements aériens contre Daesh, notamment français, notamment belges, étaient-ils davantage à l’abri ? Il y a des degrés dans l’engagement des uns et des autres, mais le groupe « Etat islamique » est comme un animal blessé… A-t-il visé une troisième cible, en ce vendredi noir parisien ?

Barack Obama l’avait dit hier, avant les attaques de Paris : les Etats-Unis ont atteint leur objectif de « maîtriser l’élan » de Daesh en Irak et en Syrie. Hier également, le groupe djihadiste avait perdu au profit des forces kurdes la ville de Sinjar, en Irak, qu’il avait conquise en août 2014 en se rendant coupable d’exactions telles qu’Amnesty International avait alors parlé de « tentative de génocide » sur les Yazidis. Sinjar contrôle une route stratégique entre l’Irak et la Syrie. Une défaite sinon une déroute.

Ce n’est évidemment ni l’heure de se réjouir de victoires en trompe-l’œil, ni celle de baisser la garde. La plus grande vigilance demeure de mise face à cet ennemi sans foi ni loi – malgré la référence religieuse –, qui a cherché à toucher la France au coeur.

Il convient d’abord, bien sûr, de s’incliner devant les victimes de Paris. Mais il faut garder la tête froide. Refusons le piège de la violence ! Très vite, il faudra attirer l’Iran (réhabilité) et l’Arabie saoudite à la même table, pour forcer une désescalade entre frères ennemis chiites et sunnites. Et il faudra avec acharnement rechercher une solution politique en Syrie – et en Irak –, qui permettrait aux sunnites d’accéder à la place qui leur revient. Couper l’herbe sous le pied de ceux qui ont perdu la raison. Les isoler de populations ballottées qui ont juste perdu l’espoir.

La baudruche djihadiste peut se dégonfler. Jouons de tous les moyens possibles pour percer son imposture.

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