Didier Reynders: «Il y a deux victimes belges» à Paris

Didier Reynders a annoncé, ce samedi midi, le décès de deux Belges dans les attentats à Paris. Le ministre des Affaires étrangères en a eu la confirmation de la part des autorités françaises. Selon La Meuse, il s’agit de Elif Dogan et Milko Jozic, deux Liégeois qui étaient partis vivre à Paris depuis quatre mois.

Un peu plus tôt, Didier Reynders nous avait accordé une interview, après sa visite à l’ambassade de France, où il était allé déposer une gerbe, présenter ses condoléances à l’ambassadrice et la rassurer quant au renforcement des mesures de protection des institutions françaises en Belgique, qui avait déjà eu lieu durant la nuit. Entretien.

Quelle est votre première réaction aux attentats de Paris ?

Je suis choqué par la violence des événements, le nombre des attentats perpétrés en même temps et le nombre des victimes. C’est la première fois que la France, l’Europe, est frappée par des attentats kamikazes. On pense aux familles des victimes, à leurs proches. Et on voit une évolution du comportement : ces attentats ne visent plus une cible identifiée, comme la communauté juive ou des caricaturistes/journalistes, comme ce fut le cas en Belgique ou en début d’année en France. Mais on a atteint un stade dans la terreur où la population est frappée quel que soit le lieu, avec pour cible un Etat et l’objectif de créer la terreur dans un Etat. Je comprends donc la réaction des autorités française de décréter l’Etat d’urgence et de renforcer les contrôles aux frontières.

Et en Belgique, quelles sont les mesures prises ?

Le renforcement des contrôles aux frontières, donc aussi dans les gares et les aéroports, une vigilance accrue des forces de police locales et une fouille systématique pour certains événements de masse auxquels il ne faut pas se rendre avec des sacs ou certains objets. En tant que ministre des Affaires étrangères, j’ai recommandé à nos compatriotes en France de suivre les indications des autorités françaises ; j’ai déconseillé, pour aujourd’hui en tout cas, les voyages à Paris, car des contrôles de police sont toujours en cours, les manifestations sont interdites… Rien ne sert donc de se rendre à Paris si ce n’est pas essentiel. Par ailleurs, on a toujours une inquiétude pour deux ou trois Belges dont on est sans nouvelle. A ce stade, je ne sais donc pas s’il y a deux ou trois victimes belges, soit blessées soit décédées, nous n’avons pas de confirmation.

Ce sont des personnes enregistrées à Paris et dont on craint qu’elles étaient présentes aux endroits où ont eu lieu les attentats ?

Ce sont des personnes dont les familles se sont inquiétées ; on a une démarche pour les retrouver et on en a retrouvé plusieurs, mais on reste sans nouvelle de deux ou trois et on a aussi des informations des autorités françaises selon lesquelles il pourrait y avoir des victimes belges.

► Note : Didier Reynders a depuis eu la confirmation du décès de deux Belges dans les attentats à Paris.

Selon certaines rumeurs, une voiture de terroriste portait une plaque d’immatriculation belge. Vous pouvez le confirmer ?

Je ne vais pas m’exprimer pour l’instant sr le contenu d’une enquête judiciaire. Ce sera au parquet de communiquersi nécessaire.

Certains disent qu’on est désormais en état de guerre ; c’est aussi votre opinion ?

Il y a, comme je l’ai dit, une évolution : non plus une logique d’attentat ciblé comme autrefois à Paris, Bruxelles ou Copenhague, mais une menace qui pèse sur des Etats pour leur participation à la lutte armée, comme on l’a vu aussi pour l’avion russe – avec une revendication de Daesh. Ici, il n’y a probablement pas de doute sur l’origine de ces attentats, qui visent essentiellement la terreur. On doit tenir compte de cette évolution, sachant qu’un certain nombre de ces attentats ont été commis par des combattants qui rentrent de Syrie ou d’autres zones de combats.

Cela n’entraîne pas de changement chez nous concernant le niveau de menace ?

Non, d’abord on collecte les informations et on les analyse pour voir quelles mesures prendre. On va continuer à suivre la situation minute par minute ; il y aura peut-être d’autres réunions et des informations seront fournies. Et s’il y avait une évolution de l’analyse de l’Ocam, qui est toujours en cours, on renforcerait les mesures de protection. Mais on est toujours au niveau 2+, ce qui est déjà un niveau anormal de menace.

Un match des Diables rouges doit avoir lieu le 17 novembre contre l’Espagne. Aura-t-il lieu ? Dans quelles conditions ?

On verra ce que les fédérations de football vont décider. Trois jours de deuil ont été décrétés en France. En fonction de l’analyse de l’Ocam, on donnera des orientations et chaque fédération sportive prendra attitude – l’Allemagne, qui jouait au stade de France hier, l’a déjà fait.

Quelles conséquences ces attentats pourraient-ils avoir sur ce qu’on appelle le vivre ensemble, les relations avec la communauté musulmane notamment, qui pourrait être ciblée par ceux qui cherchent des boucs émissaires ?

On appelle toutes les communautés à se rassembler autour de valeurs communes. Quelles que soient les communautés, il y a tout un travail à faire aussi en interne. Et un débat à avoir sur la manière dont les communautés sont organisées en Belgique, et voir comment lutter ensemble contre le radicalisme, qu’il soit religieux, politique ou philosophique. Il faut s’organiser et faire en sorte qu’on puisse avoir ensemble une manière de gérer les communautés religieuses qui évite cette radicalisation – c’est par exemple la question de la formation des imams. Mais cela prendra du temps. Lundi, un conseil européen des ministres des Affaires étrangères a lieu à Bruxelles ; ce sera l’occasion de revenir sur la situation.