Moureaux: «Molenbeek part à vau-l’eau, quel échec des services de renseignement!»

Bourgmestre historique et emblématique de Molenbeek pendant plus de vingt ans, jusqu’aux élections locales de 2012, Philippe Moureaux nous livre ses commentaires à l’issue des attentats de Paris, les perquisitions et arrestations dans la commune bruxelloise.

La gestion de la commune sous votre régime est mise en cause par certains aujourd’hui, ouvertement ou en coulisse, qui voient du laxisme.

Permettez-moi, à cet égard, de réagir en cinq points. Un : je ne suis plus bourgmestre depuis 3 ans, pas depuis quelques mois, ce qui doit être précisé. Deux : des faits comme ceux que nous connaissons ne se sont jamais produits lorsque j’étais aux commandes de la commune. Trois : Molenbeek va à vau-l’eau depuis mon départ, avec une population repliée sur elle-même, une police locale décapitée depuis la mise à l’écart du commissaire Pierre Collignon, ainsi que les services de prévention, depuis que Sylvie Lahy a été évincée à son tour, pour des raisons politiques. On s’est coupé des gens les plus compétents. Quatre : les attentats à Paris, qui impliquent nombre d’individus apparaît-il, constituent un échec complet des services de renseignement aussi bien français que belges.

Précisément, Jan Jambon, ministre de l’Intérieur, dit qu’il va s’occuper davantage de Molenbeek…

Je vous ai dit quel échec c’était pour nos services de renseignement !, on comprend dès lors la nervosité du ministre de l’Intérieur. J’ajouterai, cinquième point de mon raisonnement : l’aspect sociologique explique en partie l’utilisation d’un quartier, je pense à Molenbeek, comme base de départ pour des délinquants qui souhaitent se fondre dans la foule avant de commettre leurs méfaits, moins visibles ici, évidemment, qu’ils ne le seraient à Woluwé-Saint-Pierre ou à Uccle, c’est une donnée objective.

Cela étant, d’aucuns vous visent en expliquant que vous avez négligé le problème de la radicalisation, et n’avez pas voulu tenir compte de la question identitaire.

Laquelle n’a rien à voir ! Les gens recrutés par Daesh, c’est un problème beaucoup plus vaste, lié à la situation au Moyen-Orient, et, du reste, ce que l’on appelle le repli identitaire n’est pas propre à Molenbeek. Ceux qui disent tout cela ne connaissent rien à Molenbeek, où je n’ai jamais favorisé les tendances « radicales », a fortiori je n’ai jamais « pactisé » avec elles comme certains le colportent. C’est tout le contraire. Le fait est, je l’ai dit, que je me suis effacé il y a trois ans déjà, que la population, ici, est plus repliée sur elle-même, et que les services de renseignements ont échoué, voilà la réalité que l’on veut masquer par des considérations erronées sur le passé et toutes ces choses.