René Girard, la fin du désir mimétique

Le théoricien du « désir mimétique » s’est éteint ce mercredi 4 novembre à l’âge de 91 ans à Stanford en Californie. Membre de l’Académie française, cette forte personnalité était surnommée le « nouveau Darwin des sciences humaines ». Sociologie, ethnologie, anthropologie, psychologie, philosophie et même théologie… Il n’y a pas un domaine des sciences humaines que René Girard n’a pas exploré. Une longue aventure qui le conduira à creuser les tréfonds du désir humain dans la littérature et à tisser le lien entre violence et sacré.

Né le 25 décembre 1923 à Avignon, en France, René Girard est aussitôt biberonné à la littérature par sa mère, pendant que son père gère la bibliothèque et le musée d’Avignon puis le Palais des papes. Son enfance est relativement heureuse. Mais sa famille est préoccupée. D’abord par la crise de l’entre-deux-guerres puis par la montée progressive du nazisme, car tous semblent bien conscients des dangers que cela préfigure.

Après des études agitées, il se décrit lui-même comme «  un enfant chahuteur mais pas bagarreur », René Girard se rend à Lyon pour se préparer aux études supérieures. Un séjour de courte durée. Les conditions de vie sont trop dures pour lui. Il rentre donc à Avignon où son père le convainc finalement d’aller à Paris à l’école des Chartes, pour s’y préparer aux métiers de la conservation du patrimoine écrit français.

Mais se plonger dans les archives ne fait pas rêver le jeune René Girard. Alors, quand on lui propose un poste d’assistant de français aux États-Unis, il saute sur l’occasion et embrasse le rêve américain.

Outre-Atlantique, il va entreprendre une carrière de professeur de français. Et à force de commenter les livres de son enfance, de Stendhal à Proust en passant par Dostoïevski, devant ses étudiants américains, des similitudes entre les textes lui sauteront aux yeux. Il va alors les étudier pour finalement construire sa célèbre théorie du mimétisme, expliquée dans son essai publié en 1961 : Mensonge romantique et vérité romanesque.

Avec cette théorie, René Girard explique que le désir est fondamental à l’homme. Il désire toujours ce qu’autrui désire. Moteur pour accroître sa connaissance, le désir est aussi à la racine de tout conflit, créant un cycle où naissent la colère et la vengeance. Un cycle sans fin. Jusqu’à la création du bouc émissaire, sur lequel l’homme déverse toute sa haine. Une expression passée depuis dans le langage courant. Il n’en désirait peut-être pas autant.