Débat: les démocraties sont-elles armées pour se défendre face au terrorisme?

C’est le Premier ministre belge, Charles Michel, qui le dit : « Nous sommes face à une menace sans précédent, avec un ennemi souvent invisible et anonyme, qui est sans foi ni loi. Nous sommes passés dans un autre registre. Nous venons de vivre les premiers assassinats généralisés. Ce sont des actes de guerre commis sur le sol européen. »

Sommes-nous armés, au sens propre comme figuré, pour défendre nos démocraties face au terrorisme ? André Jacob, ancien responsable du département « terrorisme islamique » de la Sûreté de l’Etat a répondu aux questions de Béatrice Delvaux.

Les démocraties sont-elles équipées pour « tacler » le terrorisme ?

« Il y a des mesures qui ont été prises, comme les écoutes, pour mieux s’armer contre cette menace. Mais cette menace, c’est 1.000 ou 2.000 individus potentiels. On peut suivre des personnes suspectes mais c’est très difficile de trouver la bonne. La difficulté, c’est de pouvoir trouver la personne qui va passer à l’acte. Car c’est un terrorisme d’opportunité ».

Un terrorisme d’opportunité, qu’est-ce que cela veut dire ?

« En général, on constate que ce sont des gens qui se sont radicalisés en Europe et/ou qui ont fait un bref passage en Syrie. Ce ne sont pas des professionnels. Ces gens font des erreurs monumentales : les tickets de parking, les véhicules loués… Ca ne permet pas toujours de les arrêter, mais ça permet de remonter les filières plus facilement. C’est un terrorisme d’amateur ou d’opportunité. C’est notamment car Daesh a, quelque part, dit « faites ce que vous voulez » pourvu que ça fasse beaucoup de victimes. Dès qu’un groupe décide d’agir, il peut le faire. Ce qui a changé avec Daesh, c’est la manière dont ils communiquent, dont ils se servent des médias ».

La volonté de protéger les libertés empêche-t-elle de lutter contre le terrorisme ?

« Je n’irai pas jusque-là. C’est surtout un problème de personnes. Certains collaborent, d’autres refusent. Cela dépend souvent des gens ou d’une situation bien précise. Alors qu’on ne cherche pas des données personnelles mais plutôt des vérifications sur un voyage ou une rentrée d’argent, par exemple. Ce n’est pas centré sur la personne. Il faut rester prudent pour ne pas tomber dans des lois liberticides. La fin ne justifie pas les moyens. On est déjà bien armé même si on peut encore améliorer les rouages. (…) En tout cas, je ne ferais pas marche arrière sur les grands accords européens : il ne faut pas remettre en cause Schengen ou commencer à fermer les frontières. Ce genre de réponses, ça ne fait que créer une fausse sécurité ».

Et vous, quel est votre avis ? Sommes-nous armés, au sens propre comme figuré, pour défendre nos démocraties face au terrorisme ? Le débat continue, dans le direct ci-dessous et via les commentaires.

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