Vaste opération antiterroriste en Belgique: récit d’une soirée sous tension

Gigantesque coup de filet ce dimanche soir à Bruxelles. D’après le parquet fédéral, 19 perquisitions ont eu lieu à Bruxelles (Molenbeek, Anderlecht, Jette, Schaerbeek, Woluwé-Saint-Lambert et Forest) et trois autres à Charleroi. 16 personnes ont été privées de liberté, le juge d’instruction décidera ou non de les garder ce lundi. Retour sur une soirée mouvementée

Tout a commencé ce dimanche en début de soirée à deux pas de la Grand-Place de Bruxelles. Vers 19 heures, la police locale, dont le commissariat central se trouve à deux pas, s’est déployée en force dans la rue du Midi pour en bloquer un tronçon d’une centaine de mètres. Un périmètre de sécurité était immédiatement installé aux différentes entrées du quartier pour bloquer tout passage. « Nous habitons ici au numéro 50, pouvons-nous entrer dans notre appartement ? », demande naïvement un couple à un policier. « Non, pas pour l’instant  », rétorque sèchement l’homme en bleu visiblement sur les dents. Et le couple de rester tout penaud derrière le ruban de sécurité bleu et blanc.

« L’ambiance est bizarre »

À divers endroits de la rue bloquée, des duos de policiers prennent alors position. En tenue relativement classique, sans matériel d’intervention particulièrement lourd. Un peu plus loin, rue du Lombard, c’est un bus de la Stib qui est utilisé pour barrer la route vers la rue du Midi. Paradoxalement, à quelques dizaines de mètres de là, la Grand-Place reste, elle, accessible au public. Certes le public n’est pas nombreux mais il continue à déambuler. Insouciant ou presque. « L’ambiance est bizarre, concède Norbert, venu d’Autriche passer le week-end à Bruxelles. Je trouve que l’imposante présence policière est exagérée depuis samedi. Ce n’est rien d’autre qu’une manœuvre politique pour que les gens se sentent en sécurité. »

Serveurs au Beffroi, sur la même Grand-Place, John et Ruddy ne sont guère optimistes pour l’avenir. « Depuis le début du week-end, nous avons perdu 60 % par rapport aux week-ends habituels. La présence policière rend tout le monde nerveux et angoissés. Mais ce qu’on redoute surtout, c’est la possible annulation des Plaisirs d’Hiver et de toutes les activités qui les entourent. Ce serait mortel pour le secteur. »

Pendant ce temps, les policiers continuent à sécuriser la partie bloquée de la rue du Midi. Sans qu’aucune opération ne soit réellement menée. S’agit-il d’une perquisition ? No comment. Les médias internationaux, eux, arrivent en masse. Des directs sont improvisés. Sans que personne ne sache réellement ce qui se passe. Les touristes, pour leur part, continuent à entrer et sortir des hôtels à deux pas du quartier bouclé. Certains, notamment un groupe de Japonais, prennent même la pose devant Manneken Pis. Surréaliste.

Coups de feu échangés

A l’entrée barrée de la rue du Lombard, le ton monte. Certains automobilistes ne comprenant pas trop le sens de circulation imposé s’adonnent à ce qui s’apparente à des slaloms. Pas vraiment au goût des forces de l’ordre sur place qui expriment leur mécontentement de manière assez virulente. Puis les rumeurs commencent à survenir. Les clients des restaurants de la rue du Midi auraient été évacués. Sauf que sur place, dans le secteur fermé, il n’y a aucun restaurant et que dans les rues voisines personne n’est évacué. Certains affirment même avoir entendu des coups de feu.

Au même moment, des sirènes de voitures commencent à se faire entendre un peu partout. Plusieurs opérations sont en cours à Molenbeek, notamment dans le quartier Etangs Noirs. Des coups de feu sont échangés. Une autre à la place Pavillon, à Schaerbeek où police et armée sont descendues ensemble. Soucieuse de préserver le secret de toutes ces opérations, la police lance alors un message inédit sur Twitter en demandant instamment à la presse et au grand public de respecter, par sécurité, le silence radio sur les opérations en cours.