Orval: au fil de la reconstruction de l’abbaye

Orval. Ce mot titille les esprits. Il est synonyme de beauté, de sérénité, et grandeur et de saveurs. Mais Orval est aussi un lieu pétri d’Histoire et d’histoires, depuis l’arrivée des moines calabrais initiateurs de cette épopée cistercienne. Orval a vécu des périodes de paix et de prospérité, mais aussi des pillages, des guerres, des reconstructions et la révolution française qui a mis un terme à un glorieux renouveau en plein chantier, débuté en 1767, celui de l’architecte Dewez, faisant place à l’abbaye moyenâgeuse.

Orval est restée en ruines durant plus de 130 ans. Pour une renaissance encore plus percutante. Ce fut cette incroyable épopée, le mot n’est pas trop fort, que l’architecte Éric Hance et l’historienne Danièle Henky narrent dans un beau livre publié chez l’éditeur Olivier Weyrich. Un livre hors norme, qui a exigé de très nombreuses recherches dans les archives de l’abbaye et chez des privés. Éric Hance a ainsi scanné près de 3500 documents et photos, et retravaillé 350 d’entre elles.

Le fruit du travail de 2 hommes

La communauté d’Orval en est ravie. Comme le dit Lode Van Hecke, père abbé, « ce livre lève le voile sur l’œuvre audacieuse que fut la reconstruction de l’actuel monastère. La vraie vie réclame toujours de l’audace ». Les moines attendaient une suite au livre d’Eric Hance et de Constantin Chariot paru en 2008, L’abbaye d’Orval. Lorsque parlent les pierres, consacré à l’architecture de l’abbaye du Moyen Âge. Ici, le travail se plonge dans la troisième abbaye, celle qui succède à celles du Moyen Âge et du 18e, qui aura peu vécu. Les révolutionnaires sont passés par là.

La reconstruction de l’abbaye d’Orval n’est pas anecdotique. Dans l’entre-deux-guerres, la Belgique a connu deux grandes œuvres architecturales : la basilique de Koekelberg et l’abbaye d’Orval. « Cette dernière est le fruit du travail de deux hommes : l’architecte Henry Vaes et Charles van der Cruyssen, homme d’affaires, futur père abbé d’Orval (Dom Marie-Albert) et moine bâtisseur. Une rencontre entre deux génies aux caractères différents, mais complètement imprégnés par leur projet. Henry Vaes l’humaniste, passionné d’art et dom Marie-Albert, un homme pratique, doté d’une intelligence hors norme, soldat extraordinaire aussi, note Danièle Henky. Deux hommes qui ont réussi à travailler ensemble pendant 20 ans, de 1926 à 1948. Ils avaient le sens du beau et du grand en commun. Ce ne fut pas toujours facile. J’ai retrouvé beaucoup de lettres où Henry Vaes demande à Albert van der Cruyssen de le payer, pour pouvoir régler les salaires. Passionné, Henry Vaes y a aussi laissé sa santé. Il ne verra jamais l’inauguration solennelle. »

Car la reconstruction va coûter une fortune. Il faudra de l’argent, beaucoup d’argent. L’État interviendra, mais il faudra aussi d’autres initiatives : des pièces de théâtre, la fameuse vente de séries de timbres Orval, une exposition à Chicago, etc. C’est aussi de là que naîtra la brasserie, dès 1931. Ce livre est constitué de deux parties. La première, qui resitue le contexte, le pourquoi, le comment, puis une seconde qui fait vivre le chantier, mois après mois, dès 1927, avec des photos d’époque. Tout est en noir et blanc, pour mieux faire vivre le chantier. Et quel chantier.

Le duo a aussi vécu un fameux projet pour consacrer ce livre qui a, clin d’œil à l’histoire, été publié dans un format hors norme, correspondant dans ses dimensions au nombre d’or, la référence d’Henry Vaes. Un nombre lié à des proportions qui flattent esthétiquement le regard. Et Orval est imprimé en lettres d’or !

Danièle Henky voulait au départ rédiger une biographie sur cet architecte, « pas suffisamment mis en lumière. Frère Gaetano m’a donné des quantités d’archives, de courriers. Il y en avait des caisses. Je me suis rendu compte des difficultés des bâtisseurs. Puis j’ai appris qu’Éric Hance, que je ne connaissais pas, voulait écrire sur la reconstruction. Chacun a apporté ses connaissances, ses atouts. » Littéraires et historiques d’un côté, techniques et architecturaux de l’autre. Orval, histoire de la reconstruction, en est né.