Dieudonné condamné à 2 mois de prison ferme par la Belgique pour antisémitisme

Le tribunal correctionnel de Liège a tenu compte, ce mercredi en rendant son jugement dans le dossier de Dieudonné M’Bala M’Bala, de la longueur du délai qui s’est écoulé entre le spectacle qui lui valait d’être poursuivi, qui remonte au 14 mars 2012, et la sanction prononcée. Reconnu coupable d’incitation à la haine ou à la violence à l’encontre des personnes handicapées, des homosexuels et de la communauté juive, de diffusion d’idées visant à attiser la haine ou prônant la supériorité raciale et de négationnisme, il a écopé d’une peine de 2 mois de prison ferme et de 9000 euros d’amende.

Mais il est également condamné, et c’est sans doute ce qui marquera les esprits, à faire publier à ses frais, dans les journaux Le Soir et La Libre, l’entièreté du jugement qui vient d’être prononcé et qui fait pas moins d’une trentaine de pages.

Pour Dieudonné, les handicapés sont « indignes de vivre »

Le juge Kuty a mis une petite heure pour détailler chaque prévention, expliquant à quel point les propos émis par le polémiste à Herstal, lors de deux one-man shows organisés le même jour par le comité de quartier des jeunes du quartier de Bressoux-Droixhe à Liège, forment les éléments constitutifs des infractions pour lesquels il était poursuivi. Ainsi, le tribunal se dit « frappé par le fait que le prévenu fasse siennes diverses thèses national socialistes ». Le polémiste a évoqué la trisomie 21 en parlant d’un pseudo ami qui en serait atteint : « normalement on ne les laisse pas vivre mais lui, il est passé sur le côté », déclarait le Français dans son show. Il estime donc que les personnes handicapées sont « indignes de vivre », conclut le tribunal, qui rappelle que le premier programme de meurtre du national socialisme était la suppression des handicapés mentaux.

Au sujet des homosexuels, Dieudonné, résume le tribunal, « tend à les présenter comme des personnes lubriques, dégénérées, n’ayant aucune pudeur ». Il dresse aussi les musulmans contre les homosexuels, résume le tribunal, en expliquant que les musulmans qui doivent prier dehors parce que la mosquée est pleine sont réprimandés tandis que les pseudo « actes lubriques » des homosexuels en rue, en référence notamment à la gay pride, sont cautionnés. « Les homosexuels étaient envoyés dans camps de concentration par le régime hitlérien », rappelle le jugement.

Insultes et injures envers les Juifs

Enfin, en « utilisant un catalogue d’insultes et injures », le Français parle de la communauté juive, qualifiant notamment le Talmud de « merde », évoquant un « terrier à rats d’Israël », fustigeant l’attitude de diverses personnes d’origine juive « en utilisant une phraséologie évoquant sans ambiguïté de vieilles rengaines national socialistes ».

Entendu au sujet des faits par le biais d’une commission rogatoire internationale, Dieudonné M’Bala M’Bala avait invoqué le droit à l’humour. Il était défaillant à l’occasion de son procès, mais le juge lui a tout de même répondu que la cour européenne avait eu l’occasion, tout récemment, de rappeler au prévenu que « la justification d’une politique pro-nazie ne peut bénéficier de la protection de l’article 10 de la convention. »

Condamné à une amende de 10.000 euros par l’État français à la suite de propos tenus lors d’un spectacle, Dieudonné M’Bala M’Bala s’était tourné vers la cour europénne des droits de l’Homme. Celle-ci avait rendu son arrêt le 10 novembre dernier, et un paragraphe de celui-ci figure dans le jugement prononcé ce mercredi : « une prise de position haineuse et antisémite caractérisée, travestie sous l’apparence d’une production artistique, est aussi dangereuse qu’une attaque frontale et abrupte », avait conclu la CEDH.

Les constitutions de parties civiles du centre interfédéral pour l’égalité des chances, du Foyer culturel juif de Liège et du Comité de coordination des organisations juives de Belgique sont déclarées fondées et elles obtiennent chacune un euro définitif d’indemnité. Leurs conseils, Me Berbuto et Me Lemmens, se sont dit « très satisfaits face à ce jugement particulièrement bien étayé ».

S’il n’est pas d’accord avec cette sanction, le polémiste peut faire opposition et être rejugé par la même chambre, devant le même juge.