Menace terroriste: nous sommes passés dans une nouvelle ère

Vendredi dernier, on ne savait rien de ces niveaux et des conséquences lourdes liées aux chiffres – 3 ou 4 – qui sortent du « tambour ». On nous aurait dit il y a une semaine que des militaires quadrilleraient la Grand-Place et que nous allions rester terrés chez nous, on aurait crié au fou. Pourtant, tout cela s’est produit. Et si aujourd’hui, on rit de nouveau, c’est une manière déguisée de constater que nous sommes toujours en vie.

Et pourtant, il ne faut pas être dupes : nous sommes passés dans une ère nouvelle, qui postule que nous allons côtoyer le danger qui peut survenir à tout moment dans notre quotidien. Il faudra donc vivre comme si de rien n’était, tout en sachant que le pire est possible, et accepter une série de mesures et de contrôles qui encadreront nos mouvements.

Cette nouvelle ère est marquée par quelques enseignements :

1)  nous avons commis des erreurs dans le passé par naïveté, d’une part sur l’intégration – extrêmement négligée – et d’autre part sur la lutte contre l’islamisme radical, que nous payons aujourd’hui ;

2) la Belgique est « un des » mais pas « le » maillon faible du renseignement en Europe. Trop facile pour les pays européens et la France en particulier de désigner un coupable alors que ce sont tous les Etats membres qui ont fauté. Ils n’ont pas mis en application les mesures prises depuis Charlie Hebdo, continuent à ne pas échanger leurs renseignements et sont en train par mauvaise foi de faire sauter Schengen qui n’est pas leur problème, mais leur atout ;

3)  une peur intime s’est insinuée cette semaine en nous : il faudra autre chose que des militaires pour la « consoler » ;

4) nombre de Belges d’origine étrangère se sont sentis regardés, surveillés, soupçonnés ces derniers jours : il va falloir réparer ces humiliations, dangereuses car elles s’ajoutent à d’autres ;

5)  Bruxelles a eu le sentiment d’être punie cette semaine. Ce n’est qu’en associant Flamands et francophones qu’on arrivera à la redéployer, dans l’intérêt de tous ;

6) les autorités politiques belges ? Elles aussi ont basculé dans un nouveau monde et ce n’est pas facile à gérer.

Le dernier enseignement détermine tous les autres : ce n’est pas une guerre de religion qui est à l’œuvre, mais la lutte contre une barbarie qui manipule une religion et la crise d’identité et d’adolescence de jeunes gens perdus, au service des desseins de Daesh plus terre à terre (argent, pouvoir) que spirituels.

Si le dispositif sécuritaire est indispensable à court terme, c’est le champ de l’espoir (emploi, épanouissement, respect) offert par nos sociétés que nous devons retravailler.