L’émancipation féminine n’a rien de sentimental

Quelque 29 % des femmes pensent que leur identité sexuelle a eu une influence négative sur leur carrière. Et 33 % des hommes estiment au contraire qu’être un homme sert positivement leur parcours professionnel. Ces pourcentages varient selon les Régions.

Ces chiffres sont extraits du « Baromètre de l’émancipation » réalisé par Amazone, une association bruxelloise qui se consacre à la défense des droits de la femme et à l’égalité des genres. Ils donnent la mesure d’un sentiment, d’une perception. En somme, il reste énormément à faire pour que la femme se sente égale à l’homme face à l’emploi, mais aussi, comme nous le verrons dans les prochains jours, face au partage des tâches ménagères ou au choix d’avoir un enfant.

Soixante-six ans après la parution du Deuxième Sexe  de Simone de Beauvoir, l’égalité des genres reste à inventer dans les têtes et plus encore dans la réalité. Si certaines femmes pensent être défavorisées sur le plan professionnel, c’est en grande partie parce que le monde de l’entreprise reste taillé sur mesure pour l’homme. Le « plafond de verre » sur lequel sont venues s’écraser nombre de carrières féminines n’est pas qu’une image. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un œil sur le conseil d’administration de nos grandes entreprises : les plus hautes fonctions dirigeantes y sont rarement occupées par des femmes.

Ces constats – et les revendications qui les accompagnent – peuvent apparaître hors du temps. « En Occident, les femmes ont obtenu tout ce qu’elles demandaient », entend-on fréquemment. La pilule contraceptive, la liberté affective et sexuelle, l’instruction, etc. peuvent laisser penser que le but des féministes a été atteint. C’est vrai. Mais en partie seulement. Aujourd’hui, faire un enfant, c’est encore pour une femme prendre un risque professionnel puisqu’il lui faudra revoir la répartition de son temps et de son énergie entre le bébé et le boulot. Certains employeurs n’hésitent d’ailleurs pas à poser la question du désir de grossesse au moment de l’entretien d’embauche, formulant ainsi à mots couverts une clause d’exclusion.

S’agissant de l’émancipation de la femme, de telles injustices confirment que des progrès doivent encore être réalisés. Quelque part le train de l’émancipation féminine s’est arrêté au milieu de la voie. Faut-il nécessairement en appeler à un autre « combat féministe » avec la connotation belliqueuse que l’expression peut parfois impliquer ? Pas nécessairement, si l’homme consent à collaborer à une évolution qui servira son propre intérêt.

Si combat il doit y avoir, il passe par la mise à mort des préjugés. Donc par l’éducation.

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