Demotte: «Non à la régionalisation de l’enseignement et de la culture»

Les ultra-régionalistes poussent. Le ministre-président (PS) de la Communauté française refuse de céder. Arguments et flèches.

Des parlementaires (Collignon, Dermagne, Martin), le secrétaire général de la FGTB wallonne, Thierry Bodson, Jean-Claude Van Cauwenberghe… Ils disent en gros : tout aux Régions ! Et exit la Communauté française. Vous en pensez ?

Chez moi, l’attachement aux Régions est une évidence : jusqu’en 2014, j’ai opéré comme ministre-président wallon, en même temps que ministre-président de la Communauté, et en 2008, avec Charles Picqué, nous avions lancé la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui apportait une forme de reconnaissance supplémentaire du fait régional bruxellois… Pour le reste, je rappelle qu’il n’y a pas de contiguïté territoriale entre Bruxelles et la Wallonie, et on se souvient que cela avait fait l’objet de spéculations fantaisistes sur la création d’un « couloir », d’un « tunnel »… Au-delà de la fantaisie, cela traduisait la crainte de voir Bruxelles mise dans une position insulaire. Cela vaut aussi au plan institutionnel. On ne sait pas ce qu’il adviendra de la Belgique demain. Je veux mettre la Fédération au service des Régions, et préserver un lien permanent de coordination. Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Avons-nous intérêt à faire disparaître une institution pour reconstruire des liens uniquement via des accords de coopération, comme certains le souhaitent, alors que les Flamands, eux, ne font pas la même chose de leur côté ? Vont-ils renoncer à la fusion Communauté-Région pour se replacer, eux aussi, dans l’option du tout aux Régions ? Faire cela seuls de notre côté, ce serait un recul, nous affaiblir.

C’est un raisonnement défensif.

Offensif ! La défense, c’est de se recroqueviller, l’attaque, c’est d’avoir une stratégie de moyen et long terme. Je suis dans une démarche dynamique, je n’exclus pas des aménagements, mais il faut garder un pont, je veux dire une coordination structurée et stratégique. Nous n’avons pas de lien territorial, alors, ne nous affaiblissons pas, c’est stratégique.

Les régionalistes ultras soutiennent que sans enseignement et sans culture, une entité politique ne connaît pas d’essor.

Si l’on prend le raisonnement sur l’enseignement, ils disent qu’il faut le rapprocher des bassins scolaires, plus proches des réalités socio-économiques… Qui a conçu les bassins ? Qui a créé le premier bassin d’enseignement technique ? Qui a ouvert la collaboration entre formation et enseignement ? Votre serviteur. En fait, le raisonnement concerne avant tout l’enseignement technique et professionnel… Qui est entre les mains de qui ? Essentiellement des provinces. L’argument de la proximité territoriale est donc déjà rencontré. Il faut distinguer ces questions de fonctionnement, de pouvoirs organisateurs, de celles relatives au « normatif », s’agissant ici des statuts des profs, des programmes scolaires, de l’inspection, du pilotage pédagogique… Faudrait-il s’orienter vers des statuts différents pour les enseignants à Bruxelles et en Walllonie ? Ou des programmes d’enseignement général différents ? Avec les mathématiques bruxelloises et les maths wallonnes ? Le cours de français bruxellois et le français wallon ? Qui soutient cela sérieusement ?

J’ajoute : si l’on va jusqu’à remettre en cause le normatif, alors on pourra tenir le même raisonnement par rapport à d’autres secteurs, je pense à la sécurité sociale, et ce n’est pas précisément dans l’ADN socialiste, me semble-t-il.

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