Arnaud Pinxteren: «Pour garder la classe moyenne, il faut un mobility shift»

Arnaud Pinxteren est député Ecolo au Parlement régional. Alors qu’un gros volet du « tax shift » (réforme fiscale) vient d’être adopté en commission, il tient à attirer l’attention sur la qualité de vie des Bruxellois et invite à la réflexion. Car, selon lui, l’urgence est ailleurs…

« L’objectif annoncé de ce tax shift est de maintenir la classe moyenne à Bruxelles. Ce n’est pas avec quelques cadeaux fiscaux, certes appréciables, qu’on va résoudre tous les problèmes des Bruxellois ! Pour Ecolo, il faut davantage travailler sur le cadre de vie. J’ai compilé une série de chiffres qui en disent long, sur le bruit, la qualité de l’air et la mobilité.

Qu’est-ce que ça donne ?

Selon l’enquête de santé 2013 de l’Institut scientifique de Santé publique, 20 % de la population belge souffre des nuisances liées au bruit. En Région bruxelloise, le pourcentage grimpe à 42 % et le trafic routier est pointé du doigt par 25 % des répondants. Le trafic est aussi impliqué dans la pollution de l’air, qui gêne 16 % des Bruxellois, selon la même enquête.

La ministre Céline Fremault a récemment proposé un système de pastilles. Bonne idée ?

Pourquoi pas, mais cette proposition implique un questionnement sur sa faisabilité opérationnelle. Il faudrait commencer par rendre effectives les mesures du plan Air-Climat-Energie… Ce dernier est d’ailleurs critiquable : pas d’échéance, trop peu de chiffres sur le budget, manque de concret…

Quid de la mobilité ?

La part modale de la voiture dans les déplacements bruxellois reste très importante et plus de 65 % de l’espace public reste dédié à ce mode de fonctionnement. Ce chiffre doit être diminué par deux ! Il est urgent que la Région opère, aux côtés du tax shift, un véritable « mobility shift ». Pour Ecolo, il faut doubler la part modale combinée des transports publics et de la marche et réaliser l’objectif de 20 % de part modale cycliste comme prévu dans le plan vélo 2010-2015… On en est loin !

Comment procéder ?

Nous sommes en faveur d’une redevance zonale sur l’ensemble de Bruxelles, qui deviendrait une grande zone de basse émission. Tout conducteur devrait la payer. Les revenus seraient affectés au renforcement de l’offre de transports publics. Dans son budget, le gouvernement a prévu des investissements de 5,2 milliards sur dix ans pour la Stib. Cela couvre en grande partie le métro Nord (5 km de métro et 7 nouvelles stations). J’ai fait le calcul, pour cinq kilomètres de métro, la Région pourrait se doter de 100 à 500 kilomètres de sites propres de bus. C’est presque la totalité de son réseau ! Elle pourrait aussi installer de 15 à 50 kilomètres de sites propres de tram, soit augmenter d’un tiers le nombre de lignes. Avec ce montant, on pourrait équiper l’ensemble des voiries de Bruxelles de pistes cyclables ! Je ne dis pas que je suis contre le métro, mais l’exercice permet de se rendre compte des alternatives qui s’offrent à nous si on privilégie un modèle différent. Cela pourrait rapidement porter ses fruits sur la qualité de vie des Bruxellois.