Quand les seniors affûtent leur conduite

Bien que le mauvais temps tarde à s’installer, l’hiver et ses conditions de conduite peu évidentes frappent à la portière des conducteurs. Par ailleurs, les jours raccourcissent – nous ne bénéficions que d’un peu plus de huit heures de clarté aujourd’hui – et l’obscurité augmente encore la difficulté du pilotage automobile. Pourtant, le nombre d’accidents diminue fortement en conditions hivernales. « Lorsqu’il y a de la neige, les gens se montrent plus prudents, explique Benoît Godart, porte-parole de l’Institut belge pour la sécurité routière (IBSR). Certains conducteurs ne sortent plus du tout de chez eux. Quant à l’obscurité, elle représente principalement un danger pour les usagers faibles. »

Parmi celles et ceux qui prennent le volant malgré les inconvénients de saisons, figurent les seniors qu’on pense encore plus fragilisés sur route que d’ordinaire. La vérité, c’est que la majorité des personnes âgées sont conscientes de leurs limites et compensent par un surplus de prudence, ou décident de laisser l’auto au garage. « Les seniors n’ont pas le besoin de sortir dans les conditions difficiles, analyse Benoît Godart. Ils peuvent faire leurs courses quand il fait jour, par exemple. »

Des stagiaires contents d’apprendre en s’amusant

Afin d’aider les seniors à s’armer contre les dangers de la route, et notamment à retrouver la confiance sur les routes glissantes, la RACB (Royal Automobile Club Belgium) organise des stages de conduite spécialement pensés pour eux. A Nivelles, durant une journée entière, les participants apprennent à bien réagir à des situations dangereuses, en théorie et en pratique. Nous y avons rencontré des stagiaires contents d’apprendre en s’amusant.

Et qu’on ne leur dise pas qu’ils sont là parce qu’ils ne savent pas – ou plus – conduire ! « Je n’ai pas eu d’accidents depuis de nombreuses années, assure Anne-Marie, élève d’un jour. J’ai juste peur de rouler sur du verglas, et c’est principalement pour cela que je suis venue. »

André, 69 ans, admet, lui, avoir reçu une formation de départ moins complète que celle apportée aux jeunes actuellement. « J’ai appris à conduire sur un camion lors de mon service militaire, sur un circuit fermé. Mon permis a ensuite été transposé au civil, sans qu’il ne soit réellement vérifié que je savais conduire une voiture dans la circulation. Je trouvais donc intéressant de pouvoir suivre un stage de ce type. »

Marie-Pierre, 70 ans, se montre plus enthousiaste encore : « Il faut bien se faire plaisir de temps en temps », lance-t-elle. Loin de l’image raisonnable que l’on pourrait avoir d’une dame âgée, elle se lance sans hésitation et avec plaisir dans les exercices de conduite sur la piste de maîtrise. Freinage d’urgence avec évitement d’un obstacle, contrôle du véhicule sur une plaque de verglas (tête-à-queue assuré !), tout y passe.

Précisons que la province du Brabant wallon prend en charge une grande part du coût de cette formation (200 € sur un total de 265 €). Du coup, les quatre participants du jour, tous brabançons, ont sauté sur l’occasion. « Cela faisait longtemps que j’en avais envie, et lorsque je suis tombée sur cette annonce, je me suis décidée à venir », précise Marie-Pierre.

« Ils apprennent beaucoup mieux que certains jeunes »

Deux instructeurs expérimentés instruisent la petite bande. Didier Demarbre, l’un d’eux, donne des stages de conduites pour le compte de la RACB depuis plus de 25 ans. Entre les moments d’exercices pratiques au volant des véhicules mis à disposition, il explore de nombreuses facettes de la conduite : attitude du regard, passage en revue des accidents fréquents, trucs et astuces pour une conduite plus agréable et en toute sécurité… Tout ce qui peut améliorer la vie des seniors sur la route est abordé de façon interactive. Les stagiaires réfléchissent aux situations présentées et participent volontiers, alors que l’instructeur reste à l’écoute de ce qui les intéresse ou les tracasse. Images animées à l’appui, l’apprentissage est intuitif, même lorsqu’il s’agit d’expliquer le fonctionnement des systèmes d’assistance automatique ou des différents types de pneu.

La méthode est-elle efficace ? « Les seniors apprennent beaucoup mieux que certains jeunes, assure Didier Demarbre. Ils s’intéressent à tout, et sont attentifs à ce qu’on leur apprend sur la piste ou durant les explications théoriques. » Quant au danger qu’ils représentent sur la route, l’instructeur en est convaincu : « Ceux qui se présentent à ce stage sont prudents et ont du vécu. La différence avec les novices est qu’ils réfléchissent avant d’agir. Du moment qu’ils font attention à leur vue, les seniors sont en général de bons conducteurs. » De quoi classer bien des clichés sur les personnes âgées au volant. Même si, concède l’instructeur, « les personnes âgées qui auraient vraiment besoin de ce stage parce qu’ils représentent un danger sont malheureusement peu nombreuses à y participer. »

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