Moins d’enfants au travail, plus sur les bancs de l’école (infographies et vidéos)

Un enfant sur 10. C’est le triste constat que l’Organisation internationale du travail (OIT) a fait concernant le nombre d’enfants astreints au travail dans le monde. Ce chiffre reste énorme, bien qu’il ait considérablement diminué depuis une dizaine d’années : de 246 millions en 2000, il est passé à environ 168 millions en 2013 selon un rapport du Programme international pour l'abolition du travail des enfants (IPEC).

Les régions du monde les plus touchées par le phénomène sont l’Asie-Pacifique, l’Afrique subsaharienne et l’Amérique latine, même si cette partie du globe se distingue par les progrès effectués en la matière depuis le début des années 2000.

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En termes absolus, le nombre d’enfants travailleurs est plus important dans les pays à moyen revenu. La lutte contre ce phénomène ne se limite donc pas aux pays les plus pauvres.

Mais le travail des enfants est difficile à chiffrer et les statistiques qui en résultent restent approximatives. Si 7 % des enfants dans le monde sont employés par les manufactures, près de 60 % d’entre eux travaillent dans le secteur agricole, dont les terres à labourer appartiennent souvent… à la famille.

Bon nombre d’enfants sont ainsi exploités dans l’invisibilité puisque leur travail se fond parmi les activités familiales. « Le caractère peu réglementé du secteur agricole et le caractère privé (et donc « intouchable ») de la sphère familiale les rendent d’autant plus vulnérables », résume l’historienne Aurélie Leroy dans son livre « Contre le travail des enfants ? ».

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La pauvreté, cause principale

On retrouve plusieurs causes à l’origine du développement (et du maintien) du travail des enfants. Dans son viseur, l’Unicef met principalement en exergue :

► La scolarité  : dans certains pays du monde, l’école reste fort chère par rapport au revenu familial ou est de piètre qualité. Les parents préfèrent donc que leurs enfants travaillent à la maison plutôt que de passer quelques heures sur les bancs de l’école.

Parmi les centaines de milliers d’enfants réfugiés syriens, Rafah, Hanaa et Ghazi ne peuvent pas aller à l’école. Dans un reportage vidéo, l’Unicef explique la solution apportée à ces jeunes enfants pour qu’ils continuent de s’instruire.

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► Les guerres et maladies  : certains enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes en raison des guerres qui ravagent leur région. De nombreuses maladies les rendent également orphelins, comme le sida, où 95 % des personnes affectées par le virus vivent dans les pays en développement. L’Afrique concentre à elle seule plus de 80 % de tous les décès liés au Sida et la maladie a fait dix fois plus de victimes que la guerre.

► Les caractéristiques des enfants  : ils sont petits, plus souples que les adultes et peuvent se glisser facilement dans des endroits étroits. Ils représentent donc une bonne main-d’œuvre pour travailler dans des mines. En outre, les enfants sont des employés bon marché.

► La pauvreté  : Enfin, la pauvreté est un facteur qui explique dans la majorité des cas le travail des enfants, car elle se décline en de multiples facettes : pauvreté de la région voire du pays, des ménages, des politiques sociales et de l’éducation.

Ces lois qui protègent les enfants…

Au niveau légal, plusieurs conventions internationales régissent le travail des enfants, dont les principales sont la convention internationale relative aux droits de l’enfant adoptée en 1989 et les conventions 138 et 182 de l’OIT.

La première concerne l’âge minimum à l’emploi et la deuxième se focalise sur les pires formes du travail.

… et leurs limites

Cependant, plusieurs limites viennent interférer le cadre législatif de ces conventions. Si l’âge minimum du travail des enfants ne peut être inférieur à 15 ans (voire à l’âge de la fin de la scolarité obligatoire pour certains Etats), les pays en voie de développement peuvent néanmoins diminuer l’âge minimum obligatoire à 14 ans.

Ensuite, il existe plusieurs conceptions du travail, qui dépendent des caractères sociaux, culturels, politiques et économiques de chaque pays. Le fait d’établir un cadre légal unique et international – qui plus est basé sur des critères occidentaux – n’aurait donc que peu d’impact sur certaines parties du monde, qui n’en comprendraient parfois pas le sens.

Par exemple, les « pires formes du travail » reprises dans la convention 182 de l’OIT laissent le libre choix aux nations de définir leurs formes dangereuses du travail. Chaque pays peut avoir sa propre interprétation de la convention… et, par extension, de ses sanctions.

Éradiquer les pires formes de travail d’ici 2016

Pour lutter contre le phénomène, l’OIT s’est fixé comme objectif d’éradiquer les pires formes du travail des enfants d’ici 2016. Un objectif noble, ambitieux… Peut-être même un peu trop. Car on le sait aujourd’hui : il ne sera pas atteint.

Il ne faut toutefois pas minimiser les efforts réalisés depuis quelques années par une multiplicité d’acteurs, des gouvernements aux ONG en passant par les employeurs ou les syndicats.

De 2008 à 2012, par exemple, les résultats sont significatifs dans les trois régions du monde les plus touchées par la problématique (l’Asie-Pacifique, l’Afrique subsaharienne et l’Amérique latine). Et la tendance continue de diminuer.

GRAPHIQUE 3

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L’éducation pour vaincre le travail des enfants

Les difficultés économiques, locales ou globales, peuvent être des raisons suffisantes pour certaines familles d’envoyer leurs enfants vers le travail précoce plutôt qu’à l’école.

C’est pourquoi, dès les années 60, la scolarisation primaire universelle est préconisée. Peu à peu, l’école devient une des solutions principales pour sortir les enfants de cet engrenage. Un consensus mondial se crée sur base de cette priorité, incluant certains pays du Nord comme du Sud. Mais comment combler la « perte économique » que représente le retrait d’un enfant du marché du travail ?

Le Programme international pour l'abolition du travail des enfants (IPEC) propose de soutenir financièrement les familles qui enverraient leurs enfants s’instruire plutôt que travailler. Le Brésil a déjà montré l’exemple, notamment avec son « Bolsa Família », un programme social destiné à verser des aides aux ménages dont les enfants vont tout simplement à l’école. D’après une étude de l’IPEC, la scolarisation universelle serait rentable, puisque les bénéfices seraient 6 à 7 fois supérieurs aux coûts sur le long terme.

Si l’idée à de quoi séduire, la réalité est cependant moins rose sur le terrain. Un procédé spécifique comme la « Bolsa Família » augmente certes les fréquentations scolaires, mais il est démontré qu’il n’élimine pas forcément le travail des enfants.

De nouvelles stratégies d’actions

Outre les grandes instances internationales et humanitaires, il existe d’autres formes de lutte dont les principales sont apparues dès 1990. Parmi elles, des pétitions à portée mondiale, des labels de garanties, des clauses sociales ou encore des boycotts de certaines marques constituent les nouvelles stratégies d’actions.

La mobilisation des organisations internationales, de la population mais aussi un certain engagement du monde politique ont contribué aux nombreux progrès significatifs que connaît le secteur. De quoi confirmer que nous nous dirigeons dans la bonne direction.

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Lire le rapport de 2013 du Bureau international de travail (BIT) sur les progrès dans la lutte contre le travail des enfants

A Berlin, l’organisation Fashion Revolution a décidé de réveiller les consciences en installant en plein centre de la capitale allemande un distributeur pour acheter des T-shirts à seulement deux euros.

Mais lorsqu’on insère la monnaie, la machine nous propose d’abord de regarder un court film expliquant la fabrication de ces vêtements. Un visage d’enfant s’affiche soudainement sur la vitre. « Rencontrez Manisha. Elle fait partie des millions de personnes qui fabriquent vos vêtements, pour seulement 13 centimes de l’heure, sept jours sur sept, 16 heures par jour. Voulez-vous toujours acheter votre T-shirt à deux euros ? » Les Berlinois ont ensuite le choix entre acheter leur bien ou faire un don à l’association.

Une excellente opération de sensibilisation pour certains mais une manipulation scandaleuse pour d’autres, qui dénoncent un « racket » et une « culpabilisation inutile » pour les plus démunis, qui préféreraient choisir la première option.

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Enfin, il ne faut pas négliger le travail de nombreux acteurs de terrain. Certains en font leur métier, leur vocation… ou le combat de toute une vie. C’est le cas de Maggie Doyne, une jeune Américaine de 29 ans qui, au Népal, a adopté… une cinquantaine d’enfants, aujourd’hui âgés entre 1 et 20 ans.

Si elle n’est pas leur mère « légale », elle explique au New York Times avoir construit son orphelinat après avoir été confrontée à la pauvreté de petites Népalaises lors d’un voyage en sac à dos au pied de l’Himalaya. Elle avait alors 19 ans.

Aujourd’hui, elle continue son combat et tente d’offrir à ses « enfants », comme elle les appelle, un futur digne, rythmé par l’espoir d’une vie meilleure.

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Le Soir et Iles de Paix ont décidé de s’associer pour mettre en avant une valeur plus que jamais nécessaire : la citoyenneté solidaire. Et mondiale. En montrant que l’éducation, la pédagogie, mais aussi l’engagement citoyen, chacun à son niveau, sont des valeurs primordiales que nous voulons mettre en avant.

Les documents publiés par Iles de Paix sur le travail des enfants  :

> A quand l’école pour tous?

> Les défis de l’agriculture familiale

> Travailler est-il un jeu d’enfants?