Les Chasseurs ardennais résistent et mordent!

Toujours prêts à servir leur pays, les Chasseurs ardennais ont été parmi les premiers militaires déployés dans les rues de Bruxelles dès janvier dernier pour y assurer la sécurité en ces temps troublés. Avec leur large béret vert et leur insigne reconnaissable entre tous, une tête de sanglier, on les a vus notamment en faction dans le quartier européen, devant le 16 rue de la Loi ou l’ambassade américaine. Le bataillon des Chasseurs ardennais, basé à Marche-en-Famenne, compte 450 militaires. Ce ne sont pas les seuls soldats déployés dans les villes : différentes unités envoient à tour de rôle des hommes (et des femmes), comme le 13 e Bataillon de Lanciers de Marche-en-Famenne, le 12-13 e de Ligne de Spa, ou des unités commandos et paracommandos de Flawinne ou Tielen.

Histoire militaire

Les éditions Weyrich proposent de se plonger dans l’histoire des Chasseurs ardennais avec un ouvrage (qui vient d’être réédité) centré sur la création de cette unité dans les années 30 et sur son principal fait d’armes, la campagne des 18 jours en mai 1940. Le comportement de ces soldats face à l’invasion allemande a été héroïque. Et c’est là que la devise des Chasseurs ardennais est entrée dans la légende militaire nationale : «Résiste et mords». Jean-Claude Delhez, journaliste et auteur du livre, explique: «Mai 1940 est le moment le plus important dans l’histoire des Chasseurs ardennais. C’est ce qui va fonder leur mythe. Les Chasseurs ardennais sont créés en 1933-1934 par le ministre de la Défense de l’époque, Albert Devèze. Ils reçoivent alors une mission précise, qui s’inscrit dans la ligne de la position de la Belgique à l’époque, alliée de la France. Les soldats doivent défendre la frontière belge à l’est, contre l’Allemagne. En cas d’attaque, l’idée est de tenir jusqu’à l’arrivée des troupes françaises en renfort. Mais, en 1936, tout change. La Belgique devient neutre, alors pourtant qu’à cette date on sait déjà de quoi l’Allemagne est capable… En mai 1940, c’est l’invasion.» Pour l’auteur, la neutralité belge a été une catastrophe pour la stratégie française. Les Chasseurs ardennais, qui ont reçu d’autres missions que de défendre la frontière, vont devoir se battre loin de l’Ardenne, leur terrain de prédilection. Le livre retrace les principaux moments de la résistance héroïque des Chasseurs ardennais, qui vont retarder l’avancée allemande. Ils ont sauvé l’honneur de l’armée belge, qui subit une débâcle sans précédent, balayée en 18 jours. Les Chasseurs ardennais résistent aux divisions blindées à Bodange et Chabrehez, protègent la retraite de l’armée sur la Dendre et l’Escaut, livrent une ultime bataille sur la Lys, défendant Gottem, Deinze et Vinkt. Et la défaite sera amère. Les témoignages des Chasseurs ardennais cités dans le livre démontrent à quel point les soldats ont mal vécu la retraite imposée par l’état-major. Haroun Tazieff, futur vulcanologue, est alors tout jeune Chasseur ardennais. Il raconte : «Nous avons mal vécu, tout du long, les ordres de repli qui, jour après jour, nous furent adressés par le haut commandement. L’avance quotidienne des “Chleuhs ”, que notre retraite chaque jour facilitait, nous l’avions chaque jour stoppée, chaque jour espérant vainement instructions et ordres pour contre-attaquer. Mais les seules instructions qui nous arrivaient étaient de battre en retraite… » D’autres unités belges ont été bien moins vaillantes que les Chasseurs ardennais, qui s’en plaignent durement. Le comportement d’unités flamandes, en particulier, fait mal aux Chasseurs ardennais, comme l’indique cet officier de la première compagnie: «Nous apprenons avec stupeur que des pourparlers sont engagés en vue d’une capitulation. Un sentiment de colère agite mes Chasseurs ardennais; ils sont écœurés de voir des militaires d’unités flamandes se réjouir bruyamment et danser un entrechat sur la route. Je dois intervenir pour éviter une bagarre. Des Chasseurs ardennais pleuraient dans les rangs de la 1re et 2 e compagnie. Ce fut la plus triste heure de cette courte campagne.» Comment expliquer cette démobilisation d’unités flamandes ? Il y avait une volonté politique de ne pas se battre, volonté stimulée par l’extrême droite flamande germanophile, écrit Jean-Claude Delhez. Des unités flamandes étaient infiltrées par le VNV, l’extrême droite nationaliste, qui avait déjà poussé à la neutralité du pays, dit-il. «Il est un fait que le principal moteur de la neutralité de 1936, c’est-à-dire la peur, imprègne de bout en bout la campagne de mai 1940. Et que celui qui sape le mieux l’action de l’armée en campagne, c’est-à-dire le VNV, est aussi celui qui avait fait campagne en 1936 contre l’accord militaire franco-belge, soutenu en sous-main par Berlin, qui finance ses activités. Les consignes données par le VNV à ses militants sous l’uniforme étaient de ne pas tirer sur les Allemands, de ne pas se battre pour les Français et les Britanniques. » Abandonnés en plein combat, les Chasseurs ardennais, eux, se sont battus avec honneur. Et 75 ans après, personne ne les a oubliés.

Les Chasseurs ardennais, debout sur la frontière, fidèles et courageux ”, par Jean-Claude Delhez, éd. Weyrich, 264 p., 32 euros.