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La longue quête des femmes pour l’égalité

Pendant 15 semaines, Le Soir, en partenariat avec Îles de Paix, va balayer une série de thèmes d’actualité pour comprendre les enjeux de la planète et imaginer comment nous pourrions agir pour améliorer certaines situations.

Journaliste web

Par Camille Wernaers

Temps de lecture: 10 min

Chaque seconde, quatre enfants naissent dans le monde. Le temps de lire cet article, pas moins de 720 nouveaux bébés seront donc nés. Parmi eux, de nombreuses petites filles qui ne seront pas traitées de la même manière que leurs camarades masculins, et ce du début à la fin de leur vie.

Ça avait pourtant bien commencé. Ces petites filles sont nées en 2015, l’année où l’Algérie criminalise la violence faites aux femmes, l’année où la France diminue la taxe sur le tampon, l’année où Zaina Erhaim, une journaliste syrienne, est primée pour son travail par Reporters sans Frontières.

En 2015, une femme (handicapée physique de surcroît) a mis une sacrée raclée aux hommes qui la poursuivent dans un film hollywoodien à grand budget. Dans un autre film du même acabit, une femme munie d’un sabre laser s’est défendue à armes égales contre les méchants qui étaient du côté obscur de la Force.

Égales nulle part

Et pourtant, nul besoin d’aller chercher bien loin pour trouver des aspects effectivement plus obscurs au sujet de l’égalité homme-femme. Si l’on pointe généralement trois grandes régions pour leurs atteintes aux droits des femmes (l’Afrique subsaharienne, le Moyen Orient et l’Asie du sud), le reste du monde n’a pas vraiment de leçons à donner. C’est d’ailleurs le constat alarmant de Viviane Teitelbaum, directrice du Lobby Européen des Femmes et députée MR au parlement bruxellois. « C’est simple. Une femme n’est l’égale d’un homme nulle part sur cette planète. L es femmes constituent la majorité de la population mais elles restent dans l’ensemble traitées comme une minorité politique, économique et sexuelle ».

Et de continuer : « I l y a des endroits où la situation s’est considérablement « améliorée », notamment en Europe et en Amérique du Nord . Si on s’intéresse à ce qu’il s’est passé le siècle dernier dans ce qu’on appelle « le monde industrialisé », on peut constater que les femmes ont obtenu une certaine indépendance, notamment en termes de droit de vote, de droit à la libre disposition de leurs corps, d’accès à l’éducation et au marché du travail. Cependant, les femmes sont encore trop souvent aujourd’hui victimes des traditions, des modes de vie et des systèmes d’exploitation qui les placent en situation de vulnérabilité. »

Peu importe dans quel pays sont nées ces petites filles, peu importe la couleur de leur peau, de leurs cheveux, de leurs yeux, peu importe leur taille et leur poids, peu importe qui seront leurs ami(e)s et leurs amant(e)s… le patriarcat est un phénomène mondial.

Une violence aux multiples visages

Les statistiques à ce titre sont en effet éloquentes. Une femme sur trois dans le monde sera victime de violence au moins une fois durant sa vie, tant dans la sphère publique que privée. Les violences domestiques sont d’ailleurs la première cause de mortalité des femmes sur la planète, devant la guerre, les cancers ou les accidents de la route. Au sein de l’Union Européenne, 45 % à 55 % des femmes déclarent avoir subi du harcèlement sexuel. Sur notre planète, un tiers des femmes indiquent que leur première expérience sexuelle leur a été imposée.

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« 1 femme sur 7 sera violée au sein de l’Union Européenne. En Belgique, sur 100 viols, seuls 10 % seront dénoncés et 4 % seront effectivement condamnés », poursuit la directrice. « Et ça n’intéresse pas du tout l’Europe qui ne se penche pas sur ce dossier.  »

Les dernières actualités en la matière ne risquent pas d’encourager les femmes à dénoncer leurs agresseurs. D’un côté, Jacqueline Sauvage, qui a tué son mari après des années de mauvais traitements et de viols sur ses filles. De l’autre, cette phrase prononcée par un riche homme d’affaire accusé de viol à Londres : « J’ai trébuché et je l’ai pénétrée par accident ». La première a pris 10 ans de prison (la légitime défense n’étant pas reconnue), le second est… acquitté.

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La conquête des droits politiques

Une explication au peu d’intérêt pour de tels sujets au sein des assemblées politiques est peut-être à chercher dans le manque de représentation féminine. Au Parlement européen, 35 % des politiques sont des femmes. En Belgique, selon les assemblées, ce taux oscille entre 35 % et 40 % . « Ça avance très lentement, cela devrait être 50-50 ! L ’accès des femmes à la prise de décision politique est très compliqué. Les femmes restent plus que jamais une minorité politique, peu importe les assemblées. », déplore encore Viviane Teitelbaum.

Le tout alors que la fameuse question des quotas continue de faire débat. « Dans nos régions, cette arrivée des femmes dans la vie politique n’a pas été possible sans recourir à des quotas. On nous rétorque toujours que cela amène des femmes incompétentes à être élues. Comme si aujourd’hui, ce n’était pas des hommes incompétents qui l’étaient, sans que cela ne dérange personne (Rires). Soyons clairs : il existe des hommes et des femmes incompétents mais si on veut que des femmes compétentes soient élues, on a malheureusement besoin des quotas. Il faut permettre à chacun d’avoir une chance égale d’arriver dans les assemblées, et sans quotas, les femmes n’ont pas cette chance »

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La conquête des droits économiques

Quand les femmes ont la chance d’accéder malgré tout aux mêmes emplois et aux mêmes positions que celles de leurs collègues masculins, voici venu l’amer constat de l’inégalité salariale. « Une femme est payée comme un homme nulle part en Europe. Nulle part. L’Europe a légiféré et l’écart s’est réduit mais on observe toujours une différence de 16 % à 23 % entre le salaire féminin et masculin selon les pays,. »

Même pas la peine de rêver à sa future vie de pensionnée pour se donner un peu de courage : l’écart entre la pension d’une femme et celle d’un homme est en moyenne de 39 % dans l’Union européenne. « La faute aux mi-temps, aux accouchements, aux manques de crèches, autant de facteurs qui continuent à peser sur les femmes », continue la députée MR.

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Face à ces chiffres abstraits, des conséquences bien concrètes. Les femmes font partie des couches les plus pauvres de la population. Dans certains pays africains, le taux de femmes parmi les plus pauvres est de 70 %. « C’est d’autant plus énervant de constater que lors de sommets importants comme la COP21, les femmes sont minoritaires. On ne leur donne pas la parole, ni la possibilité de prendre des décisions. Si on regarde encore les pays d’Afrique, ce sont les femmes qui sont les plus touchées par les catastrophes naturelles, elles constituent la majorité des réfugié(e)s climatiques. D’abord parce qu’elles vivent déjà dans des conditions de pauvreté, mais aussi parce qu’ayant moins d’argent, elles ne peuvent pas se remettre facilement quand une catastrophe leur arrive ». C’est ici que le concept d’intersectionnalité intervient, quand une couche de domination se superpose à une autre.

Et Viviane Teitelbaum de poursuivre. « Les femmes ne sont presque jamais associées aux négociations de paix non plus alors qu’elles sont les plus touchées par tous les crimes de guerre. Regardez les G8 et autres G20. Elles y sont minoritaires. » La résolution 1325 de l’ONU, votée par la Belgique, consacre pourtant le rôle actif des femmes dans le maintien de la paix.

« En fait, c ’est très clair. Peu importe le système politique, les femmes sont directement affectées. Elles souffrent du capitalisme comme elles ont souffert du communisme ou du nazisme », précise la chercheuse. « Toutefois, il est vrai que plus un régime est conservateur, moins il prend de mesures pour l’égalité hommes-femmes. À ce titre, le basculement vers des partis d’extrême droite constaté en Europe n’est pas bon. En Hongrie notamment, le parti au pouvoir a voulu modifier la Constitution pour limiter le droit à l’avortement. » En France, lors de la campagne pour les élections régionales, Marion Maréchal-Le Pen, candidate FN, s’en est violemment prise aux centres de planning familiaux qui aident chaque année des femmes en situation de grande détresse, que ce soit pour un avortement ou pour le choix et l’usage du contraceptif approprié pour elles.

La conquête des droits sexuels et reproductifs

Le droit d’avortement est certainement celui qui cristallise le plus de tensions et est devenu le plus symbolique des droits sexuels et reproductifs. «  Quand on parle de droit à l’avortement, on parle simplement du droit d’avoir le choix ! C e droit au choix est souvent remis en cause, on l’a vu en Espagne, quand il n’est pas tout simplement interdit comme en Pologne ou en Irlande. Nous ne sommes toujours pas à l’abri. »

L’Irlande est le seul pays européen (à l’exception de l’Andorre, de Malte et de Saint-Marin) à interdire l'avortement même en cas de viol, de malformation grave ou mortelle du fœtus ou de risque pour la santé de la femme.

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En termes de droits des femmes, la Conférence de Pékin de 1995 fut un moment charnière. Lors de cette conférence, tous les pays du monde se mettent d’accord sur qu’ils feront pour défendre ces droits. « 20 ans plus tard, les associations féminines demandent à ne surtout pas rouvrir les textes de Pékin pour les modifier car les situations politiques ou religieuses dans certains pays ont tellement changé qu’elles craignent que l’on touche à ces textes. », explique Viviane Teitelbaum. C’est ce qu’on appelle le backlash, ou « retour en arrière ». « Chaque droit acquis peut être remis en question s’il ne l’est pas suffisamment. », acquiesce-t-elle. Il en va ainsi de beaucoup de combats pour des droits dits « progressistes ». Chaque vague d’avancées est suivie de ressacs, exactement comme pour la marée. Dans le combat féministe, on identifie pour l’instant trois grandes vagues d’avancées, accompagnées, entre chacune d’entre elles, de violents retours en arrière.

Être en bons termes

Les mots et les représentations ont certainement un rôle à jouer dans la place que les femmes pourront prendre dans nos sociétés. Certains termes provoquent pourtant des controverses ou des incompréhensions. « Pas simple d’utiliser certains mots comme « patriarcat » ou « féministe ». Cela crispe certaines personnes. Des femmes me racontent qu’elles lorsqu’elles se sont définies comme féministes, les hommes autour d’elles ont commencé à se comporter différemment avec elles ou à les taxer d’hystériques par exemple. », renchérit la directrice. « ‘ A mal nommer les choses, on rajoute du malheur au monde’, a dit Camus. Je suis d’accord. Il faudrait réussir à faire comprendre que l’égalité homme-femme est une chose positive pour tout le monde. Cela veut simplement dire que chacun(e) trouve sa place dans nos sociétés, que chacun(e) est maître de sa vie. Il n’y a pas de quoi avoir peur ! Je pense que tout ça, c’est une question de lutte de pouvoir. »

Les représentations, notamment médiatiques, sont encore souvent problématiques et ont déjà été épinglées par le Global Media Monitoring Project. Outre les conclusions sur la présence trop faible de femmes et de minorités dans les rédactions, la manière dont les femmes sont interrogées est à mettre en question. « Les femmes ne sont pas souvent interrogées en tant qu’expertes. Si on doit interroger un médecin, ce sera un homme et si n cherche une infirmière, ce sera une femme. Cela participe à la construction d’un certain monde médiatique. Changer les mentalités, selon moi, cela passe aussi par l’éducation, par le fait de casser les stéréotypes. »

« J’aime beaucoup la réponse du Premier ministre canadien alors qu’il prenait ses nouvelles fonctions et qu’on lui demandait pourquoi l’égalité homme-femme était un sujet important pour lui. Il a simplement répondu : «  Parce que nous sommes en 2015   ». Une réponse plus que jamais d’actualité alors que l’arrivée de l’année 2016 sera célébrée dans quelques jours à peine.

 

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