Bastogne: les yeux doux au Liaoning chinois

Durant deux jours, une délégation politico-économique chinoise, venant de la province du Liaoning (nord-est), est venue en Wallonie. Vendredi, elle est passée à Bastogne chez Veviba et à la station de recherche de la pomme de terre à Libramont, avant de se rendre à l’Association wallonne de l’élevage à Ciney et chez Progenus à Gembloux.

Une province qui a signé un accord de coopération avec la Région wallonne en juin, afin de multiplier les synergies et les relations commerciales à divers niveaux. Le ministre René Collin s’est dans la foulée rendu à Pékin en septembre en mission touristique, avec des opérateurs touristiques wallons, avec un objectif : consolider les relations avec l’aéroport de Liège-Bierset, puisqu’il existe trois vols semaine Chine-Bierset. « Il faut amplifier ce flux pour avoir un vol quotidien en 2016. »

Pour René Collin, il faut par ailleurs augmenter les retombées wallonnes des touristes chinois qui se déplacent en Europe via des tours operators qui les expédient dans 4-5 pays limitrophes. « La Wallonie touristique ne demande qu’à être visitée. Vingt opérateurs wallons ont notamment rencontré les responsables du Liaoning pour les volets touristico-économiques. La Chine sera rapidement le contingent de touristes le plus important potentiellement au monde. Et pas seulement dans le cadre de visites groupées. Dans les visiteurs qui arrivent à Bierset, 20 % d’entre eux sont en visite individuelle ou familiale. Je retournerai en 2016 en Chine, en pointant le Nord-Est, c’est-à-dire le Liaoning et le Heilongjang (Harbin) qui est jumelé avec la province de Luxembourg, car ce sont les provinces de provenance de la majorité des touristes qui viennent à Liège. Les contacts réguliers sont en tout cas primordiaux pour espérer des retombées un jour. »

Quant aux transactions avec le secteur agro-alimentaire, tout est à créer, et on espère que cela ne se limitera pas au seul « know-how », puisqu’il n’existe pas d’accords commerciaux permettant de vendre de la viande en Chine. Des démarches sont en cours et l’Etat belge a reçu un questionnaire chinois précis au niveau sanitaire et maladies, dossier que l’Afsca doit remplir pour espérer avoir un aval positif dans la foulée…

Veviba : du bœuf sur pied à la barquette consommable

Veviba, comme Verbist Viande Bastogne. Un outil hyper structuré et complètement intégré, qui travaille presqu’uniquement les bovins (15-20 agneaux/semaine s’y ajoutent), de la salle d’abattage à la barquette prête à l’achat en grande surface. L’unité bastognarde fait partie d’une trilogie familiale à dimension industrielle, qui possède des fermes d’élevage en Flandre et a des accords spécifiques en Ardenne avec 620 éleveurs qui doivent respecter un cahier de charges précis pour vendre leurs vaches BBB sous le label « Ardenne Beef », une marque de Veviba.

L’entreprise emploie 520 personnes –environ 220 à Bastogne- , a abattu 75.000 bovins en 2014 et réalisé un chiffre d’affaires de 190 millions d’euros. A Bastogne, 31.600 tonnes de viande ont été traitées, mais les installations pourraient avaler un tonnage double. L’unité bastognarde a toutefois augmenté sa production de 8% cette année.

De façon plus modeste, notons que la famille Verbist possède aussi sur le zoning de Bastogne deux autres sociétés : « Gibier d’Ardenne », qui travaille 3-4 mois en automne dans ce secteur où elle emploie alors une centaine de saisonniers, et « Poulets d’Ardenne », qui emploie 15 personnes. Et pour être complet, elle a racheté en 2014 l’abattoir de Rochefort.

A Bastogne, dans ces locaux qui s’étendent sur 15 ha et qui intègrent l’ancien marché couvert fermé en 2012, on ne lésine pas sur l’hygiène, c’est presque obsessionnel. Tout comme la traçabilité. Chaque bête porte un numéro d’identification qui le suit de la naissance jusqu’au consommateur.

Dès 4-5 heures du matin, les bovins sont abattus avant d’être débités, soit une moyenne hebdomadaire de 600-700 animaux, dont 70% de Blanc Bleu, 20% de races laitières et 10% de races rustiques. Ils proviennent d’élevages wallons (pour 75%, dont 50% de fermes luxembourgeoises et namuroises, le reste venant de Flandre et un petit peu du Grand-Duché.)

Sa clientèle est constituée essentiellement des grandes enseignes de la distribution belge qui commandent tous les jours en fin de matinée, avec obligation de livrer ce jour-là. Veviba livre les centrales de distribution qui redispatche ensuite les produits. Mais Veviba joue aussi la carte de l’exportation à raison de 30%, vers les Pays-Bas, la Grèce, la France, l’Angleterre, l’Espagne, l’Allemagne, le Portugal, le Danemark, la Roumanie et la Côte d’Ivoire.

« Nous avons d’autres projets pour 2016, note Diederik Verbist, le boss bastognard, à savoir une centrale de biométhanisation, conçue en partenariat avec la Ville, Idélux et CER et la Région. Un investissement de 4,5 millions d’euros qui s’inscrit dans le cadre du développement durable. Jusqu’à présent, nos tonnes de déchets sont expédiées en Flandre pour être détruits. Nous allons les valoriser sur place en produisant de la chaleur et de l’électricité. 85% de cette énergie sera utilisée sur place. Pour la chaleur, nous négocions avec la Ville pour lui trouver une utilisation la plus adaptée. On parle de la caserne des pompiers. Enfin, nous espérons concrétiser la redynamisation du marché couvert. Nous travaillons sur un avant-projet avec un groupement d’éleveurs qui viserait à engraisser ici leurs bovins, une phase pas assez exploitée en Ardenne. Nous en sommes aux premiers contacts. »

Enfin, Veviba va investir dans une zone « high-care » pour optimiser l’hygiène de ses produits comme les salades de viande, le filet américain, le carpaccio. In fine, toute la production en produits finis sera traitée de cette manière pour une qualité optimale. « C’est une garantie de sécurité alimentaire supplémentaire. On prend les devants. »