Le nouveau mot de l’année? Attention, spoiler!

M on fils s’est fait spoiler la fin de Star Wars dans la cour de récré, il était furieux ! » Vous avez sans doute déjà lu ce verbe, « spoiler », ou son substantif « un spoiler », sur un site d’actualité ou l’avez-vous peut-être entendu dans la bouche d’une connaissance. Il est entré dans le langage courant. Il a d’ailleurs été élu « mot de l’année » par les lecteurs de notre site internet.

Début novembre, Le Soir appelait ses internautes à proposer les mots qui ont émergé dans le langage courant en 2015. Plus de 550 propositions ont été envoyées. Un jury en a retenu dix. Entre le 10 et le 20 décembre, plus de 2.500 votants les ont départagés. C’est le verbe « spoiler » (dites « spoïler ») qui est arrivé en tête. Petite précision : rien à voir avec « se poiler », expression tombée quelque peu en désuétude, synonyme de « se marrer ».

Spoiler ? Cela vient de l’anglais « to spoil », qui signifie gâcher, gâter dans le sens de rendre moins intéressant. Les francophones ont intégré depuis plusieurs années le substantif « un spoiler », copie-conforme de son équivalent anglais, dans le langage courant à la faveur de la prolifération d’articles web rendant compte de la toute fraîche sortie d’un film ou d’une série et en dévoilant le dénouement.

Le néologisme, c’est le verbe, l’action de « spoiler », comme l’explique le linguiste Michel Francard ci-contre. Les Québécois ont francisé « spoiler » : ils ont créé le mot-valise « divulgâcher ». D’autres proposent « coupe-fin ».

« Spoiler », c’est devenu un phénomène, presque un sport international, dès qu’un film ou un épisode très attendu d’une série événement sort. Les médias en sont friands. C’est d’ailleurs devenu une convention : les mentions « Attention, spoiler » ou « Cet article contient tous les spoilers du film » doivent précéder tout article qui contient des spoilers, sans quoi son auteur et le média pour lequel il travaille s’expose à essuyer l’ire des lecteurs qui estiment leur plaisir gâché. Des programmes informatiques spécifiques ont été développés pour éviter les sites contenant des spoilers. Si certains détestent qu’on leur raconte la fin d’un film avant de l’avoir vu, d’autres aiment ça : pour eux, il existe des sites dont la spécialité est de spoiler.

Mais attention, Spoiler est sabre laser à double tranchant pour ceux qui s’y risquent sans prévenir. On ne rigole pas avec ça. L’utilisateur de Twitter @LANDEYves en a fait l’expérience ce mardi. Habitué des tweets farceurs, amateur de la provoc, et suivi par une importante communauté de plus de 140.000 personnes, il a spoilé la fin de l’épisode 7 de Star Wars…

« Demain c’est lundi. Moi je bosse. Mais si t’es en vacances et que tu vas en profiter pour voir Star Wars 7 :… »(on coupe là où il spoile la fin du Réveil de la force).

De nombreux fans de la série, offusqués, l’ont dénoncé à Twitter, qui a suspendu le compte de l’audacieux. « Sur Twitter, spoiler Star Wars tu ne feras pas ? », s’interrogeait notamment le site de Ouest France. Une utilisation de plus du néologisme désigné par nos lecteurs comme le mot de l’année 2015.